BINESSE Maurice

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Adjudant Chef Binesse Maurice. Biographie. Récit de son engagement pendant la Seconde Guerre Mondiale et de son ralliement aux Forces Françaises Libres. ''La guerre n'est point une aventure véritable, elle n'est qu'un ersatz d'aventure... La guerre est une maladie''. Saint-Exupéry.

Dont on ne guérit jamais véritablement,il reste toujours des cicatrices, qui font mes tristes souvenirs lorsque je pense à tous mes amis qui ne sont pas revenus , ainsi que mes souvenirs heureux qui me permettent de me remémorer avec plaisir ces Moments inoubliables de ma vie. L’adjudant chef Binesse est né le 7 février 1914 à Piré sur Seiche Ille et Vilaine, il poursuit sa scolarité à l'école libre des garçons. Il fréquente cette école une dizaine d'années, avec ses copains, Louis Blin, Roger Rozé, Désiré Garnier, Francis Rivet, René Allard, Henri Natu. Vers 12 ans ,il part au pensionnat à Rennes au Collège Saint Étienne pendant deux ans et demi. Ensuite, il revient à Piré pour travailler au garage avec son père Pierre. Il apprend à réparer les vélos, les motos et les autos. Les premières autos du village qui appartiennent bien sûr à des notables , madame la Comtesse, le Docteur etc...

 

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A gauche le garage de mécanique Binesse, rue Neuve

 

A 21 ans en 1935, il est affecté dans l'aviation pour y effectuer son service militaire au Bourget et à Villacoublay. 18 mois de service à la base 104 comme aide -mécanicien. Libéré des obligations militaires fin 1936. Il rentre ensuite au garage paternel pendant 2 ans et demi, puis est embauché à l'usine Renault de Rennes pendant 3 mois.

 

LE BOURGET 1935-1936
 

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Terrain du Bourget
 

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Nieuport Delage
Morane 230

 

Il est mobilisé en septembre 1939 à Saint Jacques de la Lande dans l'aviation. Arrive la déclaration de guerre le 6 juin 1940. Invasion Allemande dans le Nord de la France. Arrivée des Allemands à Laval. Bombardement de Rennes. Aucun ordre. Pagaille complète. Bousculades. Il prit la décision de fuir devant l'arrivée des Allemands et de descendre plus bas, vers Bordeaux en premier lieu, ensuite advienne que pourra ! On verra bien …. Partir à l'aventure ! Les Français ont peur. Les Allemands ont déferlé sur le Nord Paris a été bombardé. Dans les rues,c'est la panique complète. Tout le monde veut partir. C'est la débâcle. Il n'y aura pas de résistance face aux Allemands, pas maintenant. Les routes sont encombrées par une foule ininterrompue de gens qui fuient à pied,à cheval, en vélo,à moto,en voiture.

Le 17 juin. Pétain a parlé à la radio, il faut cesser le combat ! a t'il dit. Eh bien, non, moi, je ne resterai pas la, je pars ! Le 18 juin 1940, sur radio Londres appel du Général de Gaulle aux FRANÇAIS ''Qu'ils résistent ou qu'ils rejoignent l'Angleterre''. Mardi matin 00 heure 30. Réveil en sursaut par un homme de garde, avec ordre de partir avec le minimum de bagage et par nos propres moyens. J'ai pris ma moto et suis parti vers Chavagne afin de prévenir un sous-officier qui n'était pas là d'ailleurs et pour cause, il n'y avait plus aucun officier, rien ne marchait plus. L'armée ne savait plus quoi faire... J'ai fais le parcours sans éclairage pour ne pas être repéré, il faisait très noir. En entrant au cantonnement, il n'y avait plus personne dans les rues de Saint Jacques. Les copains partaient déjà à pied ou en vélo, ou dans un camion qui datait de la guerre de 14-18. Gicquel qui partait en vélo, me demande de le conduire chercher sa moto. Nous sommes donc partis ensembles, avec aussi Meiniel sur mon siège arrière. Au passage Gicquel à pris Leroy. En moto nous sommes allés jusque Pont Réan ou nous avons retrouvé d'autres copains. Gicquel est reparti seul voir sa femme. On nous avait dit de prendre la direction de Vannes, alors on s'est dirigé vers Guer.

En route j'ai aperçu un vélomoteur sur le fossé, c'était celui de Maurice Gousset qui s’apprêtait à dormir un peu. Il avait reconnu ma moto au son (bonne oreille !). J'avais Leroy sur mon siège arrière à ce moment là. Nous sommes donc reparti avec Maurice Gousset jusque chez Gicquel pour le rechercher. Nous avons mangé chez Gicquel. Leroy a pris place dans une voiture avec d'autres copains. J'ai donné ma valise à Leroy pour être moins chargé sur ma moto. Je pensais bien le revoir à Guer ou à Vannes, mais comme il y a eut un contre ordre, je n'ai jamais revu ma valise. On a roulé jusqu'à Monteneuf et ensuite nous avons fait demi tour. A Guer et à Redon, j'avais eu sur mon siège arrière Bihan de Corps Nuds. Il m'a quitté en traversant Redon. Et la je suis tombé sur un Sous Officier très fatigué que j'ai monté sur ma moto. L'entraide entre les gens qui étaient épuisés, abattus, était très grande. Environ à 20 kilomètres de Redon, nous roulions tous les trois ensembles et en montant une grande côte à la hauteur du Bourg de Fregeac, la chaîne de ma moto a sauté, ma roue entière s'est tournée de côté entraînant la casse de l'axe du moyeu, mon seul moyen de locomotion rendait l'âme. J'ai essayé de trouver un axe au bourg de Fregeac mais impossible d'en trouver un. Tous les trois fatigués, nous sommes rentrés au café boire un pot et on a essayé de trouver un camion pour transporter ma moto à Nantes. La chose était quasiment impossible, les camions qui passaient étaient tous en surcharge. Comme nous attendions sur la route, Faguet passant en camion s’arrêta, il m'avait reconnu. Il avait cru que je pouvais le prendre sur ma moto. Pas de veine. On est restés là, plantés pendant une bonne heure, Gousset Faguet et moi. J'avais dit à Gicquel de ne pas s'attarder avec nous, il n'y avait plus rien à espérer pour repartir ensembles. J'avais décidé d'abandonner ma moto. Un premier camion s’arrêta. Faguet s'y hissa. Gousset me dit ''le prochain il est pour toi, monte dedans. Je vais garer ta moto au café. J'étais tellement désolé que j'ai sauté dans un camion en oubliant de prendre ma musette, mon casque, ma couverture, mon bidon de 2. Je n'avais plus rien. Gousset à suivi notre camion jusqu’à environ 10 kilomètres de Nantes.

En arrivant à Nantes, je suis descendu du camion pour attendre Gousset qui s'était attardé. Ne le voyant pas arriver, je repartais quand je suis tombé sur Bihan. On est repartis tous les deux à pied, rapidement, car la rumeur disait que les ponts de la Loire allaient sauter. On a trouvé une camionnette, le chauffeur nous a fait traverser la ville. Après avoir traversé les ponts, on s'est arrêté pour boire un pot et manger. Là, on a retrouvé un troisième copain. La foule était de plus en plus dense,encombrant les rues, les trottoirs. Les enfants pleuraient, les femmes portaient des valises, et tenaient la main des enfants hébétés. Plus rien n'avait d'importance sinon de fuir. On s'est remis en route à pied tous les trois. Un homme nous interpelle pour nous donner à boire chez lui, on se repose un peu bien volontiers. Ces personnes là nous ont offert de rester manger avec eux. Un peu hésitants devant cette gentillesse, nous avons accepté. Cela nous a permis de nous laver et de manger à notre faim. Nous avons assez bien dormi, couchés sur des matelas par terre. Cet homme était inspecteur d'usine, il commençait son travail à 5 heures du matin, on lui demanda de nous réveiller à 4 heures 30. On se réveilla avec une bonne odeur de café. Trois bols nous attendaient. Nous sommes repartis en remerciant bien chaleureusement ces gens à qui nous avons demandé leur adresse afin de les remercier un jour... Peut être ? Monsieur et Madame Paulus 40 rue Chipié Pont Rousseau à Rézé en Loire Atlantique.

Mercredi 19 juin. 4h30-5h. Nous avons pris la direction de la Rochelle. On essaye d’arrêter des voitures ou des camions, car la marche à pied c'est fatiguant ! Une traction 11 cv normale s’arrête, à bord un militaire seul qui s'était échappé du camp de Meucon (chars d'assauts) et qui était bien content de trouver de la compagnie. Nous aussi il faut dire, de plus la voiture était confortable. Nous avons roulé jusque Pont Labbé dans les Charentes Maritimes. Là, on s'est arrêté dans une ferme assez retirée dans les terres. Les fermiers très gentils nous ont accueillis et préparé une omelette, du vin et des cerises. On a dormi sur l'herbe un peu. Ensuite, nous avons d'un commun accord décidé de jeter nos fusils (sans munitions... !). nos fusils dataient de la guerre 14-18 … et on ne nous avais pas donné de munitions, Qu'elle pitié !

On les planques dans un fossé rempli de buissons (on a su après guerre que le fermier les avait retrouvés. Nous sommes repartis vers 18 heures. En traversant Pont Labbé, une roue de la traction a crevé, décidément la chance ne nous souriait pas beaucoup... On s'est arrêté dans un garage en ville. Il n'y avait qu'une dame qui nous a permis de réparer notre roue, elle n'a pas voulu d'argent, et nous a offert une bouteille de vin blanc qu'elle avait gardé précieusement pour fêter son anniversaire de mariage avec son mari. Mais il avait été mobilisé, alors elle nous l'a offerte bien gentiment sans regret. On se remit en route, mais vu l'affluence de la population dans les rues et sur les routes, on ne pouvait plus avancer. On décida donc de s’arrêter en campagne pour dormir. Deux gars dormaient dans la voiture, un copain et moi avons dormi dehors sous des couvertures, nous nous sommes cachés car il y avait des avions allemands à survoler la région. La D.C.A tirait. C'était Bordeaux qui était bombardé. Nous sommes repartis à 4 heures du matin.

Jeudi 20 juin 1940. Direction Libourne, ensuite Saintes et Bordeaux. Tout au long de la route, il y avait des convois. Il semblait que toute l'armée en déroute s'y trouvait. Des civils qui évacuaient des voitures en panne ou accidentées ou nous nous ravitaillions en essence car certaines étaient abandonnées. Nous avons récupéré une roue de secours et de l'outillage sur une d’entre elles. A quelques kilomètres de Bordeaux nous étions arrêtés sur le bas côté de la route à côté d'un motocycliste. Nous avons mangé. Le gars de la moto nous a demandé à boire. Ensuite il a décidé de venir avec nous en voiture abandonnant sa moto dans une ferme. Il avait l'air très bien et avait sur lui la somme de 14 000 francs. Nous avons trouvé la chose pas trop mauvaise. Nous sommes repartis ensembles, c'est à dire à 5. A Bordeaux, voyant que nous manquions d'essence, nous sommes allés nous ravitailler au terrain d'aviation, mais ne trouvant personne, nous sommes repartis. Le nombre d'appareils sur le terrain était incroyable. Tout était désarmé. C'était une honte. A quelques kilomètres du terrain, nous trouvons deux voitures accidentées et abandonnées,une traction et une Dodge. Nous avons réussi à pomper 20 litres d'essence plus un bidon de secours. Nous sommes allés jusque Bayonne, où nous avons été surpris de voir que les gens ne se rendaient pas compte de la situation grave qui nous attendait. Même les militaires qui avaient préparé un renfort de 3000 hommes. On se demandait bien où ils seraient allés et les gradés qui trouvaient que nous n'avions rien de réglementaire vu nos tenues débrayées, sans armes et sans casques. Nous leur avons expliqué ce qui se passait dans le nord de la France. Ensuite nous nous sommes rendus dans une ferme où nous avons dormi dans le foin. Nous avons été bien reçu, il faisait bon. Le lendemain nous sommes repartis pour Bayonne vers 8 heures. Vendredi 21 juin 1940. Nous sommes allés au bureau militaire de la place pour prendre des renseignements. On a même pas voulu s'occuper de nous. Nous sommes repartis pour Biarritz et ensuite Saint Jean de Luz où nous avons trouvé des soldats du 118ème bataillon de l'air dont un lieutenant, ils étaient là de la veille. Ils étaient cantonnés dans une école et attendaient sans prendre de décision. Nous sommes allés rue de la baleine ou il y avait un bar ''Le bar de la baleine''. Nous avons tous mangé ensemble et c'est là que j'ai retrouvé Cramoux (un gars qui travaillait au garage Pelé à Rennes). Je ne pensais pas le rencontrer dans cet endroit. Il était à Saint Jean de Luz depuis la veille aussi. Il a décidé de quitter son groupe pour rejoindre le nôtre car nous deux nous étions copains et coéquipiers à Saint Jacques. Nous avons bien mangé ! Le patron, un pécheur, n'a pas voulu que nous le payions, il nous a même donné des cigarettes. Là, dans ce bar nous avons entendu parler de l'appel du Général De Gaulle à Londres, il incitait les Français désireux de continuer le combat à le rejoindre en Angleterre. Ensembles unanimement notre groupe a décidé de rejoindre le Général. Le patron du bar, voyant nos décisions nous proposa de nous accompagner avec sa barque de pêche vers un paquebot Polonais qui était ancré en rade. Nous sommes allés faire un tour vers le port pour voir le lieu d'embarquement. Nous sommes revenus vers le patron du bar pour le prévenir que nous étions décidés à partir. L'heure fut fixée. Ensuite, nous avons donné la traction et les papiers à un homme d'un certain âge qui passait dans cette rue car nous étions désolés de voir plusieurs personnes pousser les voitures dans le port avant de fuir. Nous sommes revenus au quai d'embarquement à l'heure fixée par notre passeur, mais un sous officier Français avait été mis en poste à cette place pour empêcher les Français d'embarquer. Nous sommes sortis du quai d'embarquement et nous avons trouvé un détachement de Polonais qui devait rejoindre le paquebot. Certains nous donnèrent leur capote. Ainsi habillés nous sommes passés inaperçus et nous avons pût rejoindre la barque du patron de bar qui nous attendait car il avait déjà fait plusieurs navettes entre le quai et ce paquebot Polonais. Nous sommes montés à bord, mais deux copains du groupe aviation ont hésité à embarquer, dont Le Bihan de Corps Nuds à qui j'avais demandé de prévenir mes parents de mon départ.

Le paquebot a appareillé à 16 heures. Il s'appelait le Sobieski et était du port de Gdynia. Nous étions plus de 3000 hommes à bord. Personne ne connaissait la direction ou nous allions. Vers 17 heures quand les côtes Françaises disparaissaient,nous avons chanté La Marseillaise. A 17 heures 30 un repas nous a été servi. Tapioca, viande au jus de pommes de terre, thé. Le soir nous avons dormi sur le pont. Il faisait bon.

 

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Le HMS Sobiesky, le 22 juin 1940 en rade de Plymouth

 

Samedi 22 juin 1940. A 9 heures, nous avons mangé puis vers 11 heures, nous avons pris une bonne douche et dormi. La mer était très mauvaise. Le soir, vers 7 heures nous avons eus une alerte d'une demi heure, tout le monde était sur le pont avec une bouée de sauvetage, car des sous-marins Allemands étaient signalés. Après l'alerte nous sommes rentrés dormir à l'intérieur car le temps était vraiment mauvais. Nous avons dormi jusqu'au petit matin.

Dimanche 23 juin 1940. A 7 heures 30 nous avons eus un très bon petit déjeuner. Vers 9 heures, nous avons aperçu les Côtes Anglaises puis à 11 heures le paquebot rentrait dans le Port de Plymouth. Cela nous faisait 43 heures de traversée. Tout le monde se préparait à débarquer mais aucun ordre n'avait été donné pour notre arrivée. Nous sommes donc restés à bord ou nous avons mangé et dormi.

 

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Lundi 24 juin 1940. Nous nous sommes levés vers 7 heures 30 après le petit déjeuner, toujours pas de nouvelles pour notre débarquement. A 11 heures le paquebot à accosté et nous avons dû nous préparer à descendre mais les Polonais d'abord, ensuite les Belges. Pour nous les français on nous a dit que nous devrions encore rester à bord pendant un certain temps. Nous avons occupé les cabines de première classe ou toute sortes d'objets avaient été abandonnés. J'ai trouvé un pyjama et quelques objets de toilette. Le lendemain, après avoir bien dormi et déjeuné, vers 10 heures nous avons commencé à débarquer. Pour ma part, j'ai quitté le paquebot vers 11 heures bien heureux et doublement content tout d'abord d'être en Angleterre et ensuite de savoir que nous allions tous rencontrer le Général De Gaulle, car tous nous étions décidés à continuer le combat. Ensuite on nous a dirigé vers la gare de Plymouth pour y laisser nos bagages dans un centre d'accueil où la encore nous avons très bien mangé. Après quelques heures d'attente nous sommes montés dans un train pour une destination inconnue. Il était 18 heures 45 quand le train est parti.

Mercredi 26 juin 1940. Nous sommes arrivés à 8 heures 30, après avoir voyagé toute la nuit, à Antre, au champ de course de Liverpool qui avait été transformé en camp militaire. Il y avait des milliers de tentes installées pour recevoir des militaires de tous les pays. Il y avait 11 000 marins Français qui se regroupaient et ne voulaient pas rester au côté des Anglais. Nous avons pris notre premier repas au camp. J'ai rencontré un marin de Jans et un autre de Rennes, La Salmonidé. Nous avons été formés par groupe et sans pouvoir rencontrer les copains de route,nous sommes partis, la section aviation vers Liverpool, bien contents de quitter cette ambiance de marine... Nous avons traversé Liverpool pour reprendre le train et nous diriger vers Cosford au camp de la Royal Air Force ou nous avons été très biens reçus. On nous a tous placés ensemble dans un grand dortoir. Les Anglais nous ont offert des cigarettes. Nous avons pris une douche et après nous sommes allés nous coucher car la fatigue nous gagnait après un si long voyage.

 

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Chambrée à Cosford

 

Jeudi 27 juin 1940. Nous sommes allés au bureau, où nous avons touché 10 shillings et signé nos papiers de contrôle et d'engagement. A côté j'ai acheté gants de toilette, rasoir, savon, blaireau et aussi un coda car je n'avais plus rien. J'ai acheté aussi un petit dictionnaire pour apprendre l'Anglais. Un copain m'a donné une chemise et une paire de souliers car les miens étaient complètement usés. Nous sommes restés dans ce camp jusqu'au jeudi matin.

Jeudi 4 juillet 1940 . Dans ce camp nous sommes restés 8 jours, pendant lesquels nous étions très bien. Nous sommes allés plusieurs fois a Wolverhampton, ville très chic et nous nous sommes bien amusés. Nous sommes donc partis à 8 heures 30 le jeudi matin à la gare d'Albrigton destination Cardiff où nous sommes arrivés l’après midi vers 16 heures 30 au camp d'aviation de Saint Athan. La nous sommes allés au bureau où l'on a été questionné sur notre spécialité.

Lundi 8 juillet 1940. Nous avons été tous rassemblés pour la visite du Général de Gaulle chef de la France Libre, qui nous a parlé de notre affectation et, il a été décidé que tout personnel non employable de suite allait être embarqué pour le canada afin d'améliorer les connaissances professionnelles. Nous sommes restés toute la semaine sans travailler et sans avoir de nouvelles.

Dimanche 14 juillet 1940. Nous sommes allés visiter Cardiff. Le port puis le quartier indigène. C'était intéressant. Ensuite nous sommes revenus sur Barry où nous avons été à la plage puis ensuite sur la foire. Le soir il y a eut une alerte et en arrivant au camp nous voyions bien les tirs de D.C.A qui tiraient sur un avion allemand. L'avion était suivi par les projecteurs. Le lendemain, lundi en cours d’après midi vers 16 heures, nouvelle alerte, les avions anglais ont décollé et sont allés attaquer l'avion allemand. L'alerte a duré plus d'une heure. L'avion allemand s'est écrasé près du camp. Cet appareil avait largué 4 bombes à retardement qui n'ont explosé que le lendemain sans faire de dégât. Le mardi nous sommes parti en voiture à Barry.

 

Jeudi 18 juillet 1940. Comme nous étions au travail, un appareil passe au dessus du terrain et lâche 4 bombes qui ont fait de gros dégâts sur les baraquements. C'était un appareil ''Anglais'' que les Allemands avaient récupéré en France. C'est pour cela que nous n'avions pas eus d'alerte. Ensuite nous avons été affectés à la réparation auto, nous y étions très bien, mais toutes les nuits il y avait une alerte de quelques heures. Nous sommes restés au camp de Saint Athan jusqu'au 3 août au matin ou une cinquantaine d'entre nous sommes partis en train pour un terrain d'aviation près de Londres. Dans ce camp, il y avait beaucoup de Canadiens. Nous pouvions converser avec eux. C'était le camp de Odiham. Ensuite nous avons été affectés en escadrille, car plusieurs avaient été formées. Nous travaillions au démontage de certains appareils mais entre temps je participais au ravitaillement des avions en carburant. Le premier dimanche accompagné d'un copain nommé Cramoux nos sommes allés en auto stop à Basington. Les gens qui nous ont pris à bord de leur voiture étaient très aimables. La dame parlait bien le français et avant de descendre, elle nous donna un paquet de 100 cigarettes Turques. Le soir nous sommes revenus en autocar. Le jeudi matin suivant nous avons été prévenus qu'immédiatement 7 soldats allaient partir pour Sealand Liverpool. Ils seront affectés au démontage d'avions Français. Vers 10 h 30, nous décollions à bord d'un avion bimoteur Goéland. Nous étions 5 à bord. Le voyage était très agréable. Nous étions 3 avions ensembles. Nous nous sommes posés les premiers vers 12 h après un trajet d'une heure trente. Le second appareil ne pût se poser car son train atterrissage ne sortait plus. Il a fait plusieurs passages et a été autorisé à se poser malgré son problème. L'appareil a été endommagé mais les occupants sont sortis indemnes. Nous y sommes restés du 15 au 20 août 1940.

Jeudi 15 août 1940. Nous avons démonté deux appareils pour les emballer. Nous avons été très biens reçus. Le soir, il y avait souvent des bombardements. Nous sommes repartis pour Odiham au soir du mardi 20 août par le train, nous étions 5 dont un gars de Saint Nazaire un nommé Le Scornec. Le voyage a été long. Le soir vers 8 heures nous étions à la gare à Londres où nous avons repris le train pour notre camp ou nous sommes arrivés vers 23 h30.

Mercredi 27 août 1940. On nous a tous rassemblés pour nous annoncer que nous allions tous partir pour les colonies. A l'infirmerie nous avons reçu nos vaccins. Ensuite nous avons touché une tenue coloniale complète. Nous devions avoir nos affaires personnelles dans nos sacs prêts. Nous avons attendu quelques jours l'ordre de départ. Nous étions plusieurs bons copains à partir ensemble. Il y avait Plaut, Massouty, De Marnier, Ezanno, Denis, Frerant, Preciosi, Podzansky, Lefèvre, Carmet, Becherek, Kersao, Kerandel, Kervellat, Dumont, Tirfouin (dit Ptit Tête), Lassuliére, Chik, Cramoux, Baulieu, Goudon, Rozen, Robinet, Pernod, Leloup, Litoff, De la Poipe, Lagatu, Thomas, Kessing. Pendant toute cette attente je suis allé en après midi visiter Londres. Nous y sommes restés deux jours mais les bombardements étaient fréquents. On est allé au quartier Français et au château de Westminster.

 

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Baulieu, Duriez, Bousselaire et Schmitt/Duriez

 

Jeudi 29 août 1940. Nous avons été rassemblés pour nous annoncer que nous partions le lendemain.

Vendredi 30 août 1940. Réveil à 4 h. Nous avons quitté le camp à 6 h puis conduits à la gare de Hook. Nous avons pris le train pour Liverpool, où nous sommes arrivés à 17 h au quai d'embarquement des navires. Il y avait plusieurs grands paquebots. L'aviation a embarqué en premier ensuite la légion étrangère puis les chasseurs et les chars d'assaut. J'ai retrouvé le copain qui m'avait emmené en voiture à St Jean de Luz, il s’appelait Gaubert. Il était dans les chars. Le paquebot était de nationalité Hollandaise et s'appelait le Pennland. Nous étions très nombreux à bord. Le soir nous sommes allés sur le port. Il y avait des avions Allemands qui bombardaient Liverpool. La D.C.A tirait très fort. Je me suis couché vers 9 h dans un hamac. J'ai bien dormi. Le bateau a quitté le quai dés le lendemain matin.

Samedi 31 août 1940. Vers 7 h ensuite nous sommes partis vers le Nord entre l’Irlande et l'Angleterre ceci pendant 2 jours. A bord nous étions bien couchés et la nourriture était bonne. Nous étions dans un convoi de 7 bateaux, 2 convoyeurs et un torpilleur. Parmi les bateaux de commerce il y avait des bateaux hollandais, belges et aussi deux polonais dont de nouveau le Sobiezky. Notre convoi s'appelait le ''Jam squadron'' ou l'escadron confiture. Nous partions pour une tentative de débarquement à Dakar pour le ralliement aux Forces Françaises Libres. Les premiers jours de navigation furent rudes. La mer était forte mais sans tempête. Le matin nous nous levions vers 7 h puis ensuite nous déjeunions. A bord il y avait une cantine où on trouvait tout le nécessaire. Au bout de 10 jours de traversée nous étions en vue des côtes Africaines. Il commençait à faire chaud. Nous nous étions équipés de nos tenues coloniales, chemisette, short et casque colonial. Nous nous sommes vite habitués. Ce dont je me souviens ce sont ces poissons volants autour du bateau. Le treizième jour, les bagages sont sortis des cales. On nous a dit que l'arrivée était proche. Nous étions près des côtes du Sénégal. Chaque jour nous faisions des exercices d'abandon du navire en cas ou nous serions torpillés. Nous étions chacun à notre tour en surveillance pour voir si des sous-marins ennemis ne rodaient pas dans les parages.

 

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Le Pennland

 

Le 14 septembre 1940 après 15 jours de mer, nous sommes rentrés dans le golfe de Freetown en Sierra Leone qui était une colonie Anglaise. C'était vraiment une belle ville entourée de montagnes. Nous pensions être arrivés quand on nous indiqua que des pourparlers se faisaient avec les colonies Françaises en vue de débarquer. Nous sommes restés 7 jours à bord sans débarquer. C'était curieux de voir les hommes noirs venir en pirogue autour de notre navire. Certains plongeait récupérer des pièces de monnaie que nous lancions dans la mer, d'autres pour nous vendre des fruits. Cela paraît curieux de nos jours de les appeler ''hommes noirs'' mais 50 ans nous séparent de cette aventure et les noirs, on n'avait pas l'habitude d'en rencontrer en Bretagne. Tous les jours je mangeais une assez grande quantité de bananes, car elles n'étaient pas chères à condition de discuter du prix. Nous sommes donc restés 7 jours dans ce port. Cela commençait à faire long...

Vendredi 20 septembre 1940. Le Général de Gaulle est venu à bord de notre bateau et nous a annoncé que nous repartions le lendemain. Il nous fait un discours.

Samedi 21 septembre 1940. A 6h30, nous quittions le port de Freetown accompagnés de bateaux de guerre Français et Anglais. Nous avons voyagé dans la brume pendant 2 jours.

Lundi 23 septembre 1940. Nous arrivions au large de Dakar, les bateaux de transport ont stoppé au large et les bateaux de guerre sont partis vers le port. Dans ces bateaux de guerre il y avait une délégation qui devait rencontrer les autorités du pays. Arrivés à 500 mètres ces autorités sont montées à bord d'une vedette et sont allées à quai. Descendus à terre, ils ont rencontré beaucoup de marins Français et diverses troupes. On les a arrêtés. Ils ont expliqué ce qu'ils voulaient et ont demandé à être conduits chez le gouverneur Boisson. Les gardes ont téléphoné au siège et le gouverneur a refusé tous pourparlers avec ces hommes de la France Libre. Ils ont discuté avec les marins et voyant qu'il ne fallait pas insister ils ont décidé de regagner leur bateau en empruntant la vedette qui les avait conduits à quai. 200 mètres après avoir quitté ce quai, un officier et des soldats de l'armée de Vichy ont ouvert le feu sur la vedette. Un vapeur vint se placer près de la vedette. Certains membres d'équipage ont voulu se servir de la mitrailleuse de bord mais d'autres marins les en ont empêché. Il y eut 3 blessés dont 2 capitaines. L'usage de la force n'avait pas été envisagé. Nos bateaux de guerre ont donc essayé de faire un débarquement par force, mais de violents coups de feu les ont reçus d'une part ainsi que les postes d'artillerie côtière et également des tirs provenant du Richelieu échoué près de la côte mais qui était utilisable pour la défense. Il y eut plusieurs tués et blessés. Pendant ce temps nous avons tourné en rond devant Dakar. Ce trafic a duré deux jours. Nous sommes repartis vers le nord avec l'espoir de débarquer à Rufix mais là aussi des coups de feu nous ont accueillis. Un avion Anglais est tombé en mer pas très loin de nous. Le lendemain, nous faisions route vers le sud car un bateau de guerre était venu nous dire qu'il était inutile d'insister. Le Général de Gaulle nous avait dit que nous n'aurions pas combattus d'autres Français. Nous sommes revenus à Freetown.

Vendredi 27 septembre 1940. Dans l'intervalle, une délégation de l'aviation Française dont faisait parti le Colonel De Marnier avait été désignée pour atteindre le camp de Dakar à bord d'un avion pour se poser sur cet aérodrome. Ils étaient 6 à bord : Le Lieutenant Ezanno, le lieutenant Soufflet, Préciosi, Poznansky, Moulen. Le colonel en poste à Dakar était ami avec notre colonel et ils devaient convenir entre eux de notre arrivée. Plusieurs de ces avions avaient été embarqués sur le Porte-avions Arck Royal au départ de l'Angleterre, avions Anglais et Français. Ils décollèrent du porte avion peu avant le Sénégal pour venir comme prévu se poser sur Dakar. Rien ne se passa comme prévu car des chasseurs Allemands passèrent à l'attaque et la tentative échoua. Notre convoi ''Jam Squadron'' a finalement débarqué à Freetown. La pour moi tout était nouveau. Avec des hommes noirs nous sommes allés sur la Montagne. Il faisait très chaud. Le deuxième jour, des avions Français de ''Type Glenn Martin'' sont venus au dessus du port sans doute pour repérer où nous étions malgré la D.C.A les a dispersés et ils ont disparu. Le lendemain, cela à recommencé puis pendant 3 jours. Dans le coin j'en ai profité pour visiter la Montagne. Le soir, nous sommes rentrés ver 20 h au bateau et nous avons appris que dans la journée il y avait eu plusieurs bagarres entre légionnaires. Dans la cale a côté de nous, des légionnaires jouaient aux cartes. Soudain nous avons entendu un coup de feu. L'un d'entre eux a été tué, sans doute à cause d'une querelle. Le général Koenig est descendu pour constater le décès. Il y eut aussi des blessés, cela provoqué par l'ivresse. Le lendemain il était interdit de descendre à terre.

Lundi 1er octobre 1940. Le corps du légionnaire a été débarqué et une délégation l'a accompagné pour l'enterrement.

Mardi 2 octobre 1940. Vers 3 heures, un avion est venu survoler le port. La D.C.A a tiré. Nous avons entendu dire que nous devions partir. En effet nous sommes partis en convoi vers le sud le soir même.

Lundi 7 octobre 1940. Nous sommes rentrés au port de Victoria au Nigeria. Nous ne sommes pas débarqués.

Mardi 8 octobre 1940. Le transbordement des marchandises ont commencé dans de grands cargos vapeurs. Ont nous donna l'ordre de passer sur un vapeur. Nous avons quitté le Pennland sur lequel nous étions depuis le 31 août. L'aviation seule devait être débarquée. Après un trajet de 5 heures, nous avons remonté l'estuaire du fleuve Le Voury. Nous voyions le Mont Cameroun sur notre droite. Nous sommes enfin arrivés de nuit au port de Douala. Nous avons été très bien reçus. Les rues étaient pavoisées de drapeaux Français Libres à croix de Lorraine, notre emblème. Des camions nous attendaient. Nous avons été logés dans une école professionnelle. Chacun avait une moustiquaire car dans ce pays les moustiques pullulent. C'était vraiment curieux dans ce pays tout à fait nouveau pour nous.

Mardi 9 octobre 1940. Il y avait un grand nombre de jeunes gens noirs qui venaient nous aider et d'autres venaient pour être embauchés comme ''boys''. Nous leur versions la somme de 70 francs par mois. Ils étaient heureux car dans ce pays, il n'y avait pas beaucoup d'emplois.

Mercredi 10 octobre 1940. Les bateaux arrivaient à Douala avec nos appareils tous emballés, ceux que nous avions préparés à Liverpool. A partir de ce moment, nous avons travaillé très dur pour monter tous ces avions, c'est à dire 6 avions bimoteur, 12 avions de reconnaissance et 2 chasseurs. Lorsqu'ils étaient montés, les pilotes les dirigeaient sur Kribi à 100 km de Douala. De là, ils partaient en reconnaissance sur Libreville au Gabon. Pendant ce temps nous avons perdu un Blenheim qui s'était écrasé en Guinée Espagnole. Le deuxième, un Lysander a été abattu par la D.C.A près de Libreville. Dans cette même ville les soldats de Vichy décidèrent de se rendre aux Forces Françaises Libres et début novembre nos forces occupèrent cette ville. Il y eut 7 morts avant cette reddition.

 

DOUALA - 1940
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Montage du Devoitine 520
Un Blenheim
 

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Un Lysander
Un Bloch 120
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Junker 52 "Deutsh", transport courrier Belge
Avion accidenté
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Le Bataillon de Marche du Cameroun, volontaire pour reprendre le combat, reçoit les insignes F.F.L. des mains du général de Gaulle, ainsi que la garde du drapeau tricolore de la France à Douala en 1940

 

Jeudi 11 novembre 1940. Un appareil Lysander pour commémorer ces victimes mortes au combat doit venir jeter des fleurs au dessus de la ville. Après le décollage l'avion s’écrase faisant 2 morts et un blessé grave.

Vendredi 18 novembre 1940. Un appareil de chasse est prêt. Le pilote Litoff fait des essais concluants. Le 19 novembre 1940, mon chef d'escadrille, le Lieutenant Feuillerat monte dans cet appareil un Dewoitine 520 et dans un exercice d'acrobatie où il fit 2 ou 3 looping s'écrase au sol. Le pilote trouve la mort dans son appareil pulvérisé. Grosse émotion pour nous tous. Ce pilote avait 21 ans.

 

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Le lieutenant Feuillerat

 

Le 10 décembre 1940. Nous avons remonté le deuxième Dewoitine, un lieutenant à fait les essais mais un problème cloua l'avion au hangar. Il fut à nouveau démonté. L'escadrille a été dissoute.

Le 7 février 1941. Nous sommes partis en train de Douala à Yaoundé soit 230 kilomètres. A la gare une voiture nous attendait. Nous avons été conduits au camp. Nous devions rester 2 jours dans cet endroit. Ensuite nous avons rejoint Bangui situé à une distance de 1200 km de Douala où nous avons été affectés au montage des avions.

Le 15 mars 1941. J'ai rejoins le groupe qui s'occupait du magasin technique. Hélas à Bangui nous avons perdus de bons copains dans un accident lorsqu'un Blenheim s'est écrasé.

Le 10 avril 1941. Nous avons reçu une circulaire nous indiquant que nous pouvions envoyer du courrier à nos proches via Brazzaville et Le Vatican. J'ai envoyé un message à mes parents, leur disant que j'allais bien.

Le 27 avril 1941. Le Général De Gaulle est venu visiter le camp de Bangui. Cela a été une grande fête. Nous étions heureux de voir le représentant de la France Libre. Les jours suivants nous avons eus beaucoup de travail car on nous a adressé tout le matériel de Fort-Lamy et de Douala. Le général Valin est passé nous voir et nous a dit que la Syrie ralliait notre cause et que chez nous il devrait y avoir du changement.

Le 2 septembre, je renvoyais un nouveau télégramme à mes parents car des copains avaient déjà reçu des réponses à leurs premiers courriers et moi rien. Nous avons perdu un Blenheim avec 4 hommes de notre groupe. L'avion est tombé en pleine brousse à 400 km de Bangui. L'appareil à perdu une hélice en vol. Déstabilisé, il s'est écrasé faisant 3 morts et un blessé. J'ai été désigné pour rejoindre l'épave de l'avion pour y récupérer des pièces. J'étais accompagné par des tirailleurs. Ce sont des Africains qui ont guidé la mission à travers la brousse. Préalablement un officier s'était rendu sur place avec quelques hommes pour enterrer les corps et s'occuper du blessé. Je suis rentré le 22 novembre de cette mission. Les jours suivants, j'ai fais une demande pour partir en Syrie. Le lendemain, j'ai appris qu'un camarade faisait de l'acrobatie avec un lieutenant à bord d'un Morane 230. L'avion s'est écrasé. Ils ont été tués tous les deux.

 

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Débris du Blenheim en brousse, 1 mois seul avec un africain pour récupérer les pièces.

 

 

Le 5 décembre 1941. Une dizaine d’entre nous ont été appelés au bureau. On nous a demandé si nous étions volontaires pour partir en Syrie... Nous avons répondu positivement, très contents de ce départ car cela faisait 10 mois que nous étions à Bangui.

 

BANGUI - 1941
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Base de Bangui

 

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Un Bloch sur le terrain de Bangui

Le 20 décembre 1941. Nous avons reçu notre affectation aux Forces du Levant. Nous avons quitté Bangui en avion.

Le 21 avec une trentaine de kilos de baguage chacun à bord d'un Farmann à destination de Damas. Nous avons fait le trajet Bangui Fort Lamy en 4 h 10. Il y avait beaucoup de brume. Nous avons décollé de Fort Lamy à 6 h pour Kartoum au Soudan ou nous sommes arrivés à 4 h 10 soit un vol de 9 h 10 sans escale. Nous avons couché dans un hôtel.

Le 23 décembre 1941. Nous avions décollé à 6 h 30 pour Le Caire. Le voyage était très beau. Nous avons survolé les pyramides d’Égypte et aussi Le Nil. Parti de Bangui avec une température de 50 degrés , nous nous retrouvions au Caire avec 15 degrés. Le décalage était vraiment trop rapide.

Le 24 décembre 1941. nous décollions du Caire pour Damas. Nous avons de nouveau survolé le Nil, puis le canal de Suez, la Mer Morte. Après avoir volé très bas, vers midi nous atterrissions à Damas. Nous avons pris un car qui nous a conduit à Rayak où était établie une grande base. Immédiatement nous avons été affectés à une escadrille de chasseurs. Nous avons retrouvé nos anciens supérieurs, le capitaine Ferrant, le lieutenant Litoff et l’adjudant chef Denis. Il faisait froid et la neige couvrait le sol. Nous étions en altitude et nos vêtements d'hiver ont été les bienvenus.

1er janvier 1942. Nous sommes partis en convoi à destination de l’Égypte, il y avait une dizaine de camions. Le soir nous étions à Beyrouth. Nous en avons profité pour aller au cinéma. Le 3, à 5 heures du matin nous avons quitté ce camp pour Gaza ou nous sommes restés 2 jours. Nous avions traversés Saïda, Sousse et Haïffa.

Le 6 janvier 1942. Repartis tôt le matin, en soirée nous avons dormi en plein désert. Ensuite nous avons traversé le pont sur la canal de Suez. C'était magnifique. Après avoir passé Imaïlia nous sommes arrivés à notre camp où il y avait déjà du personnel d'arrivé. Nous étions à 6 par tentes posées sur le sable. L'endroit était désert à quelques distances du Caire et d'Alexandrie. Le voyage que nous avions fait de Rayak au Caire avait été long ; 7 jours assez fatigants car nous avions dû coucher sur le sable chaque nuit avec de maigres repas par une température basse. Notre camp s'appelait Aboussweir. Nous y resterons jusqu'au 21 avril 1942. Nous avons eus beaucoup de travail car chacun d'entre nous avait un appareil en compte, des chasseurs Hurricane. Les pilotes y avaient un entraînement important.

Le 1er mars 1942. Avec 4 copains nous sommes partis en permission de 4 jours visiter les Pyramides et voir le Sphinx. Le soir nous couchions dans un hôtel. Nous avions appréciés ce moment de détente. Nous avions visité le coin à dos de chameau.

 

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Souvenirs d'Egype

 

Le 21 avril 1942. Ce même jour, nous sommes partis en 2 convois avec 8 copains vers le nouveau terrain de Fouka, sur le nord, en bord de mer. Nous y sommes arrivés le jour même. Le travail était assez dur car les pilotes étaient chargés de la protection des bateaux en bord de côte. De notre terrain les avions volaient beaucoup et il y avait fréquemment des alertes. Les jours de repos nous les passions au bord de la mer. On pouvait se baigner et profiter de la plage. Nous avons eus la visite du général Valin qui nous rappelait souvent que nous étions les ambassadeurs de la France et que nous devions bien nous comporter. A Fouka, j'ai été nommé sergent.

Le 1er mai 1942. Je fêtais mes galons quelques temps après nous avons reçu l'ordre de nous replier sur le terrain d'Eldaba à environ 40 km plus en arrière et assez loin de la route. Nous y sommes restés 8 jours. Il y avait avec nous des sud-africains et des Anglais. Nos pilotes décollaient sans cesse dans la journée. 5 ont été descendus. 3 sont rentrés, blessés, un tué et un porté disparu. Nous avons encore changé de terrain car la bataille d'El Alamen faisait rage. Sur l'ancien terrain il y avait des bombardements. Un de nos avions a brûlé.

Le 8 septembre 1942. Nous avons quitté notre camp à 6 h. Après avoir roulé vite, nous avons traversé le Caire puis Suez, avons traversé le désert de Palestine, nous sommes passés par Tel Aviv une ville toute neuve construite par les juifs chassés d'Allemagne. Avons traversé Haïffa et le soir nous étions à Gaza où nous avons couché en plein air.

Mercredi 9 septembre 1942. Nous sommes partis vers le Liban et le soir nous avons couché à Beyrouth.

 

LYBIE - JUILLET 1942
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Pusch !

 

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Toto Delpeche à Cap Town
Maurice Binesse à Cap Town
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Départ de Suez sur l'Orduna

 

Jeudi 10 septembre 1942. Nous sommes partis pour Damas et nous roulions en montagne à une altitude de 2 200 mètres, le panorama était très beau. Nous avons mangé à Haley. Puis repartis nous sommes tombés en panne. On est arrivés à damas à 17 heures. La base de Damas était très importante et la ville très agréable.

Vendredi 11 septembre 1942. Le Général de Gaulle est venu nous rendre visite. Nous étions tous en rang et chacun devait lui dire de quelle région il venait. Le Général nous a annoncé notre prochain départ pour l'Angleterre. On nous a donné 15 jours de permission. Je suis parti 5 jours à Beyrouth avec un copain. La ville était belle mais la vie très chère. Nous sommes revenus à Damas.

Le 26 septembre 1942. Le matin, nous sommes partis à une dizaine en camion pour aller voir les cèdres du Liban et visiter Hassoum où nous avons pu loger dans une maison de repos mise à disposition pour les militaires. Nous y étions très bien. L'altitude était de 1400 mètres. Nous ne sommes pas restés longtemps car il fallait que tout le monde soit à Damas pour le 1er octobre.

Le 30 septembre 1942. Au matin, nous sommes partis en camion, le soir même nous étions à Damas où nous sommes restés en attente  plusieurs longues journées.

Le 20 octobre 1942. Nous avons quitté Damas scindé en deux groupes. L'un le groupe Alsace et l'autre appelé Lorraine. Nous avons voyagé en train toute la nuit pour arriver au matin à Haïffa, nous avons rejoint le quai d'embarquement à Suez où nous avions bien faillit rater le départ. Nous sommes partis sur un vieux bateau du nom de Orduna.

Le 5 novembre 1942. Nous sommes arrivés à Montbassa au Kenya pour 2 jours où l'on fut autorisés à descendre en ville.

Le 11 novembre 1942. Nous sommes partis pour Tamatave vers 18 heures ou nous sommes arrivés le 13 à 6 heures après un trajet fort agité dans une mer en tempête. Le 19 nous étions à Durban après de nouveau 5 jours de mer. Le 24 nous repartons pour Cap-Town.

Le 8 décembre 1942. Après plusieurs jours de mer nous arrivons en face de Freetown que je reconnais pour y être passé en 1940. Nous resterons en rade. Le 16 décembre nous quittons Freetown à 4 heures accompagnés de 2 torpilleurs. En direction des Côtes du Maroc. Il faisait nettement plus froid. Nous avons du changer de tenue. Le 21 décembre nous sommes passés au large des îles Canaries. La mer était très agitée. Sur notre droite on voyait la côte marocaine avant de rentrer dans le passage de Gibraltar. Où nous sommes arrivés vers 2 heures du matin. C'est ce jour là que nous avons appris l'assassinat de Darlan. Nous avons passé les fêtes de Noël à bord.

Le 25 décembre 1942. Nous sommes repartis à 19 heures et nous nous sommes joins à un convois à la sortie de Gibraltar, formé de 8 bateaux de guerre plus un porte avions et des cargos. Nous sommes remontés vers le nord-ouest bien loin des côtes.

 

RETOUR EN ANGLETERRE

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Boucher & Gramagne
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Christienne, Rousselat, Boucher, Grassagne et Binesse

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Sergent Challe
Sergent observateur Blondel Marcel

 

Le 31 décembre 1942. Nous apercevons les côtes Irlandaises et passons entre l'Irlande et l'Angleterre. Nous sommes rentrés dans une grande embouchure vers 16 heures et avons fait arrêt dans le Port de Greenoc près de Glasgow. Nous avons appris que certains bateaux de notre convois avaient été attaqués et coulés. Il faisait très froid et la neige tombait. Nous étions heureux d'être arrivés. Le lendemain nous avons débarqué de l'Orduna. Pris des bateaux fluviaux pour enfin arriver à quai en ce 1er janvier 1943. Nous avons pris le train pour Camberley où nous sommes partis faire un stage sur les avions ''Boston'' après avoir subit les tests de la RAF pour voir si nous étions aptes. Tous les mécaniciens ont été dirigés vers Cosford via Voolwerhampton. J'étais déjà passé en 1940 dans cette base et curieusement, je me suis retrouvé dans la même chambre. Nous sommes restés deux mois dans cette base école. Ensuite nous avons été affectés au Squadron 342 à West Raynam dans le Norfolk dans le Sud-Est de l'Angleterre. Les pilotes se sont entraînés sur Boston. Nous avons eus beaucoup de travail. J'ai été affecté à la révision des appareils. Le groupe s'appelait ''Lorraine''. Hélas sur ce terrain on eut deux accidents très graves. Un Lancaster atterrissant avec un train défectueux alla percuter un Boston où travaillaient deux copains, l'un d'eux perdit une jambe, l'autre à séjourné longtemps à l’hôpital avec des blessures et une jambe cassée. Un autre jour, un copain, Lafont vint nous dire bonjour a bord de son Spitfire. En s'en allant il fit un au revoir en rase motte décapitant un aviateur qui se rendait à son travail en vélo. L'avion s’écrasa plus loin. Laffont ne fut pas blessé mais passa en cour martiale les jours suivants. Un jour nous avions fait grève pour un meilleur salaire. Nous avons été augmentés. Nous sommes restés sur le terrain de West Rayham jusqu'au 15 mai 1943. Suite à des travaux sur la piste nous avons du partir pour Sculhorge avec notre escadron 342 ou le Groupe Lorraine est entré en opération. Le 14 juillet 1943 nous avons rejoint le terrain de Massigham. Le 19 nous nous sommes joints a un groupe de Boston Anglais. 19 juillet 1943. Une mission sur Rennes à eut lieu. J'ai pu voir par la suite les photos. Ensuite je suis parti en permission chez une institutrice anglaise qui habitait Houlton en Ecosse. J'ai visité Sundreland et Durham. Le 6 septembre 1943 nous avons quitté Massigham a bord d'un avion de transport ''Bombay'' pour un nouveau terrain dans le sud de l'Angleterre. Le trajet à duré 1 heure 30 dans ce vieux taxi qui tabassait un peu par moment. Nous étions 24 à bord et plusieurs ont été malades. Notre nouveau terrain s'appelait Halford-Bridge près de Camberley. De ce terrain nous avons réalisé plusieurs missions. Un jour, au cours du vol d'essai d'un Boston un de nos camarades nommé Barge s'est permis de sauter en parachute sans prévenir personne à bord. Le mitrailleur arrière s’étant rendu compte de son absence le signala au pilote. Barge atterri près du terrain. Le commandant Ezanno prévenu se rendit en jeep près de lui, signalant qu'il passerai en cour martiale. Il fut radié du groupe. Nous n'étions pas loin de Londres et nous nous y rendions de temps en temps le week-end. Nous avions perdu quelques avions en mission sur la Normandie. Nous étions quelques mécanos autorisés à participer aux missions comme mitrailleurs de dessous sur Boston. Deux d'entre nous perdront la vie lors du crash de leur avion en Normandie. Je les connaissais, ils s'appelaient Jean et Romanetti. C'était sur deux avions différents. Nous attendions avec impatience le débarquement sur la France. Des bruits nous parvenaient de temps en temps mais souvent de fausses alertes. Nous bombardions les bases Allemandes et les dépôts de munitions à bord de nos bombardiers Mitchell, le plus souvent sur la France, Belgique, Hollande, Allemagne le mien s'appelait ''Ville de Lorient'', nous l'appelions aussi ''Thore Ben'' (Casse gueule).

 

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Le B-25 Mitchell, ''Ville de Lorient'', ''Thore Ben''

 

Le 5 juin 1944. Depuis 9 mois le Groupe ''Lorraine'' est basé dans le sud de l'Angleterre, dans le Surrey à Harfordbridge, l'actuel aérodrome de Blackbuch à quelques tours d'hélices du berceau militaire de la vieille Albion d'Aldershot et de ses casernes rouges, si proprettes, de Sandhurst et de ses collèges militaires croulants sous la vigne vierge et enfouis au fond de parcs ombragés, de Farnborough et de ses monstres sifflants aériens. C'est à deux pas de la que sont nées Les Forces Françaises Libres de Coventry et que sont parties vers l'Afrique en 1940 les expéditions nommées ''Topic'' et ''Menace'' et maintenant c'est à Oldean camp situé aux portes de Camberley que se réunissent chaque dimanche les aviateurs de bombardement du Groupe Lorraine. Beaucoup attendent le débarquement, certains depuis 2 ans et qui ne semble jamais arriver. L’accès des Côtes sud de l'Angleterre est devenu interdit. Les aviateurs sont prévenus que si ils s'aventurent dans cette zone qui va de Porsmouth à Southampton ils seront abattus sans avertissement par les canons alliés. Même le courrier diplomatique ne peut plus sortir librement de Grande Bretagne, c'est bien la première fois qu'une telle mesure est prise dans ce vieux berceau de la Liberté. Au groupe Lorraine on est blasé. En août, septembre, octobre 1943 la presse Britannique avait claironné que nous allions débarquer sur le continent. En cette journée du 5 juin 1944, nous n'y croyons plus à ce fameux débarquement. Même les discours des généraux Eisenhower et Comingham sont venus nous adresser, perchés sur des fûts d'essence, font à nos yeux partie de ce jeu d’intoxications qui dure depuis trop longtemps pour notre groupe qui n'attend qu'une chose... La revanche. Ce matin encore, tous les équipages du Lorraine ont accompli une mission de pose d'écran de fumée le long d'une ancienne voie romaine qui court en bordure d'un long rideau d'arbres dans la plaine de Salisbury. Il en est ainsi depuis un an, l'état major nous fait remplacer nos bombes par ces pots fumigènes. 14 heures. Le commandant du groupe, le Colonel Fouquet, fait rassembler tous les équipages à la salle des opérations et nous annonce qu'il est interdit de quitter le terrain sous aucun prétexte. Les équipages sont consignés, soit à la salle des opérations, soit au mess ou dans leur chambre. 15 heures. Les mécaniciens reçoivent l'ordre de peindre 3 bandes blanches sur et sous les ailes des avions. C'est le moyen à nos artilleurs de nous reconnaître aux cours des combats. Cela excite un peu l'imagination des jeunes, mais les anciens savent qu'il en est ainsi chaque fois que l'on menace de débarquer. On y croit pas. 21 heures. Les armuriers reçoivent l’ordre d'enlever les bombes de nos avions et d'y placer les énormes pots fumigènes. 21 heures 30. Affichage au mess de l'ordre de bataille, 12 équipages de première urgence, 12 en réserve. Les équipages sont constitués par paires. Tout cela commence à avoir une forte odeur d'écran de fumée. A la lecture du ''Battle Order'' il y a ce soir, plus que d'habitude, des grincements de dents. Une très sérieuse opération se prépare vraisemblablement et tout le monde veut en être. 21 heures 45. Le bar est fermé et le briefing est annoncé pour 2 heures demain matin. Réveil à 1 heure, ça devient sérieux ! Malgré leurs airs blasés, les anciens cette nuit la n'ont pas bien dormi. D'ailleurs il y avait des tas d'avions qui ne cessaient de vrombir dans un ciel de pluie, drue et froide.

 

 

Le 6 juin 1944. Nous avons pris le petit déjeuner à 1 heure 30 du matin, les Français comme d'habitude étaient les plus bruyants. Nos camarades Britanniques du Squadron 88 attendaient patiemment à l'extrémité d'une longue file de 60 hommes, un peu de resquille et d’espièglerie d'un côté, toujours beaucoup de flegme et de dignité de l'autre. Puis à pied ou à bicyclette, ou en moto nous nous sommes pressés Anglais et français vers la salle d'opération où étaient bouclés depuis plus d'une heure nos navigateurs. Eux savaient déjà ce que nous réservait ce matin triste. Dans la pale clarté de la nuit, d'épais nuages noirs couvraient le ciel. De grosses ondées se sont abattues sur le terrain et nous pataugions dans de larges flaques d'eau. Des avions continuaient à vrombir dans le ciel. Il n'était pas possible que Ike ait lancé son débarquement par un temps pareil. Au fond, nous demeurions septiques et goguenards. 2 heures. La porte s'ouvre. Nous nous sommes engouffrés dans la salle d'opérations et d'un seul coup la carte renseignée nous a frappé les yeux. Un long fil rouge courait depuis Hartfordbridge jusqu'à la pointe de Honfleur puis s'infléchit jusqu’aux Îles Saint Marcouf au large de l'estuaire de la Vire. A l'est de la presqu’île du Cotentin, un autre fil rouge allait tout droit au large de Vire et courait le long des plages du Calvados. Dans cette salle, il y avait des visages nouveaux ainsi que plusieurs cinéastes. C'était donc bien vrai... Ce n'était pas un exercice que l'on nous proposait !... Sur l'estrade, sauta un squadron leader de la RAF au visage inconnu et lentement et simplement nous dit ''Well, gentleman ...This is the day ! Eh bien messieurs … C'est le jour J. Un silence total s'est abattu sur la salle encombrée et bruyante. Les yeux des Français s’embuèrent de larmes car nous avions cessé d'y croire... Le briefing commença, long et détaillé, précis comme toujours par les Officiers de renseignements, ceux des transmissions, les chefs de formation et les spécialistes. La mission fut confiée aux 24 Bostons, 12 Français et 12 Britanniques. Elle consistait à étendre toutes les 10 minutes à partir de 6 heures du matin un rideau de fumée entre les flottes de débarquement alliées et les Côtes Normandes du Calvados et du Cotentin. Deux zones de débarquement étaient prévues. La première baptisée ''SWORD'' ''JUNO'' ''GOLD'' située entre l'embouchure de l'Orne et le nord de Bayeux était réservée à la flotte et aux troupes Britanniques. C'était le 88ème Squadron qui devait opérer sur cette zone ou l'on retrouvait le cuirassé HMS Warspite et le HMS Ramillies et l'orgueil de la Navy le Duke of York ainsi que le HMS Rodney. Un long rideau de fumée pendant que ces cuirassés renforçaient les tirs des bombardiers.

 

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  Maurice Binesse est le 3ème à partir de la gauche

 

La deuxième zone était ''OMAHA'' et ''UTAH''. De part et d'autres de la Baie des Veys, à l'Est et au nord de l'embouchure de la Vire relevait de l'attaque Américaine. C'est au groupe Lorraine qu'échu l'honneur de protéger cette puissante armada contre les tirs des défenses côtières. 3 heures 30. Rassemblement des équipages Français. Le colonel Fourquet et ses adjoints complétèrent le briefing. Il n'y aura que 3 membres d'équipage par avion. Le mitrailleur de ventre ne pouvant être utile lors d'un vol au ras de l'eau et risquant d'être incommodé par les vapeurs de fumées. Il recommanda aux équipages de voler le plus bas possible et à 15 mètres d'altitude pour être le plus performant possible pour obtenir un écran efficace mais en faisant attention à la mer qui pouvait être d'huile et donc difficile à voir, se méfier aussi de la possibilité de brouillards localisés. 4 heures 15. Le squadron 88 de nos camarades Anglais commence à décoller. 5 heures 10. Le premier équipage Français décolle suivi de son ailier. 5 heures 20. C'est le tour de la deuxième patrouille pendant que les Bostons s'envolent pour l'une des plus belles missions du Groupe Lorraine. Les camarades de la réserve, restés au sol et quelques peu envieux, les regardent partir le cœur serré. Il fait encore très sombre, mais le jour pointe rapidement, visibilité moyenne au dessus de l'Angleterre mais encore plus opaque sur la mer. Quel temps pour un débarquement ! Un premier convoi de gros cargos est survolé puis un deuxième à mi-chemin qui comprend des centaines de péniches de débarquement ainsi que des cargos, promenant au bout de long câbles, des ballons de protection antiaérienne. Il faut les éviter, en décrivant un large virage et surtout lancer des fusées de reconnaissance. On conçoit que ce jour là, les marins alliés caressent d'un doigt fiévreux la détente de leurs canons antiaériens. La côte française, aperçue au ras de l'eau n'a plus l'aspect qu'on lui connaît vu de 3000 ou 4000 mètres. Le cap de Barfleur, forme grisâtre allongée est abordé et reconnu. Les paires de Bostons se faufilent le long de la côte entre les gros bâtiments de guerre tirant à toute bordée et les batteries côtières qui se défendent encore malgré le pilonnage intensif que leur font subir en même temps les vagues de bombardiers moyens.

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De grosses explosions jaillissent ici et là. Certaines de nos patrouilles sont attaquées par l'artillerie antiaérienne Allemande sans casse apparente. La fumée fût étendue dans de bonnes conditions devant les destroyers précédant les gros bâtiments suivis eux même des péniches. Les avions frémissent en passant près des gerbes d'eau soulevés par les tirs des canons ennemis et aussi par les ondes de choc des coups de départ des puissants canons de marine. Les bombardiers Maraudeurs passent à moyenne altitude et sont les cibles de la défense allemande. L'un d'eux prend feu, reste en formation un moment puis brutalement explose dans un grand panache rouge. D'autres aviateurs d'un Boston assiste à l'explosion d'une batterie côtière visée par les coups d'un cuirassé. Un équipage de notre groupe aperçoit son équipier s'écraser dans les flots près de la flotte Américaine. 3 hommes étaient à bord. Canut, sous Lieutenant navigateur, grand fou gai et bon vivant, aimé des Britanniques à cause de son ''French Type'' très accentué. Boissieux sergent pilote, petite moustache cherchant toujours à bien faire et luttant contre la malchance. Henson, sergent mitrailleur, beau garçon blond, ayant toujours l'air d'avaler la moitié de ses phrases avec son chewing-gum, jeune et sympathique, mélange Franco-Britannique. 8 heures. Tous les avions du Groupe Lorraine sont de retour sauf un. Un Boston s'est posé en catastrophe dans le sud, à Christchurch après avoir heurté la surface de l'eau, l'équipage à failli périr intoxiqué par les vapeurs de titane de ses pots fumigènes. Le vaillant Squadron 88 a également perdu un appareil. Un deuxième, touché par la Flak, rentra avec deux roues sorties et déverrouillées. Il approcha de la piste et brutalement s'abattit sur la piste au moment d'atterrir. 3 Soldats britanniques furent fauchés par l'avion désemparé qui glissa dans un petit ravin. Le navigateur périt écrasé dans sa cabine. C'était la guerre... La mission a été pourtant un succès remarquable. Des félicitations officielles nous parviennent de la marine et de l'Armée de Terre. Quant aux équipages de réserve, ils attendirent avec impatience leur tour d'entrée dans la bataille mais l'ordre ne viendra jamais. Le débarquement avait réussi ! Les jours se succédèrent et de nouveaux reprirent les opérations de bombardement auxquels prenait part le Squadron 342. Au fil de l’avancée alliée, l'ennemi fut obligé de se regrouper dans la poche de Falaise.

 

 

 

Le 4 août 1944. Dans la nuit du 4 août en mission individuelle sur la poche de Falaise nous avons perdu 3 équipages complets qui ne sont pas rentré à la base.

Le 1er équipage : Sergent-Chef Pierre Pierre, pilote. Cornement Hubert observateur. Dumont François observateur. Sergent Ricardou mitrailleur (il avait une jambe de bois). (1)L'appareil, touché à plusieurs reprises par la D.C.A. ennemie, les deux moteurs stoppés, doit atterrir en catastrophe dans les bois des Monts d'Eraines sur la commune de Perrières.

Le 2ème équipage. Douglas Boston IZ261/OAL. Sergent-Chef pilote Houriez. Sous-Lieutenant navigateur Sonet. Sergent radio Kainuku Tavi. Sergent mitrailleur Ladagnous. Crashé au Menil-Hubert (Orne).

Le 3ème équipage. Dubois, Feletou, Pierron, et Romanetti Henri, Jean.

 

 

 

 

Octobre 1944. Le groupe quitte la base de Alphortbridge et pour la première fois attérit sur le sol de France à Vitry en Artois dans le Pas de Calais sur un terrain d'aviation qui avait été occupé par les allemands. De ce point, nous avons continué à faire des opérations de bombardement. Le 7 novembre 1944, bombardement du Pont de Roermanmd (Hollande), le 12 décembre 1944, l'écluse de Zutphen. Le 15 décembre , le Pont d'Eventer, le 19 janvier 1945, bombardement de l'Air Test. C'est dans cette région de Falaise que fût retrouvé l'épave du Boston de Dumont près du petit village d'Epenay. Les canadiens y avait planté 2 croix. Sur l'une d'elle ils avaient inscrit Cornemont et sur l'autre Ricardou. Ricardou est une figure légendaire des Forces Françaises Libres. Il était avec la Légion étrangère en Norvège au moment ou Ferdonnet parlant à Radio Stuttgart traitait le régime de Ricardou de ''bande organisée de pillards internationaux. De Marvik, il avait rejoint l'Angleterre. Puis ce fût le Tchad, la Syrie, la Libye. On le retrouve dans la poche de Bir-Hakeim, tapi dans une alvéole, il engage un chargeur dans son fusil mitrailleur lorsque tout à coup, une secousse formidable disloque tout autour de lui. Un obus de 88 vient d'éclater. Ricardou à la jambe fracassée. Laissé pour mort, il gémit de douleur. Découvert, on l'attache sur une civière. Il est évacué au cours de la nuit vers un hôpital d'Alexandrie. Il se remet peu à peu mais on à du lui couper la jambe. La guerre semble finie pour lui. De retour à Londres, il réussit à rencontrer les autorités supérieures et se raidissant sur sa jambe de bois il s'acharne à demander de retourner au combat. ''Vous êtes fantassin ! Ricardou''. Que pouvez vous donc faire maintenant ? Estimez vous heureux d'avoir fini la guerre ainsi. Il faut des hommes dans les magasins, les bureaux. … Si vous voulez de nouveau servir... c'est là votre place ! Ricardou est mécontent, il brandit sa canne, rugueux, la mâchoire carrée, des yeux pétillants, il est bâti à sable et à chaud. ''Vous plaisantez je pense, je sais mieux que quiconque me servir d'une mitrailleuse ! Qu'on me mette dans un avion ! On verra bien. Il ne se lasse pas. Le cas d'un unijambiste n'a pas été prévu dans les règlements de la RAF, le ministère Britannique cependant accepte une dérogation à une condition qu'il prouve qu'il peut sans difficultés s'installer seul à un poste de mitrailleur. Deux officiers assisterons à l'épreuve et feront leur rapport. Ricardou accepte. Il commence par enlever sa jambe artificielle, revêt une veste de fourrure, arrange son parachute, enfile sa botte et s'approche de l'avion. D'une robuste traction, il grimpe dans l'appareil, s'installe dans la tourelle, l'actionne et pointe les canons vers ses deux examinateurs médusés. La preuve est faite Deux mois plus tard, Ricardou arrive au Groupe Lorraine. Il participe aux plus dures missions et les plus épuisantes mais rien ne peut le fatiguer. A sa 30ème mission, il se dirige vers son avion sa jambe de bois sous le bras. Il l'emporte avec lui. L'avion revenu au terrain, son mécano lui demande tout en l'aidant à descendre, ''t'as oublié de me passer ta jambe'', t'en fait pas, je l'ai jetée par dessus bord avec une chouette inscription ''merde à Vichy''. Le 4 août 44 il s'envolait pour la 50ème fois. Il n'en revint pas. En Angleterre, j'ai effectué plusieurs missions comme mitrailleur. Je suis devenu mécanicien naviguant et mitrailleur. Nous effectuions avant le D-Day, un travail acharné, après les révisions et les entretiens des avions, nous avions effectués des gardes de nuit près de nos avions de crainte d'être attaqués par des commandos. Voici le bilan chiffré de notre Groupe : 3725 sorties, 3059 missions. 27 000 tonnes de bombes larguées. 200 000 balles tirées. Au delà des chiffres, le plus important est le lourd bilan en vies humaines :108 aviateurs tués à bord 45 appareils abattus ou disparus. Nous avions attérit pour la première fois depuis 4 ans sur le sol de France avec une joie infinie. Quel plaisir de survoler cette région du Nord-Pas de Calais et d'atterrir à Vitry en Artois. La population nous avait réservé un accueil chaleureux, nous étions attendus depuis si longtemps. Notre unité avait bon moral. Aussi bon qu'en Angleterre. Une très grande camaraderie nous unissait. Je crois que cette fraternité ne pourra jamais être effacée. Suivant les opérations et le recul de l'ennemi, nous avons été dirigés sur Gilze Regen en Hollande, nos opérations ont continué sur la Rhür en Allemagne où nous allions détruire les rampes des V1, les voies ferrées, les ponts, les viaducs, les gares. Tel était notre lot quotidien, détruire chez ennemi ! Nul doute que tous ces souvenirs remonteront à la surface, pour ceux qui ont vécu ces années inoubliables. Mes amis, mes copains, mes frères d'armes, mécanos comme moi que notre cher général Ezanno nous appelait ''les obscurs de la guerre''. Ceux qui travaillaient dans l'ombre des pilotes. Pour ceux qui n'en étaient pas, nos enfants, petits enfants, amis, ils ne doivent pas oublier, pardonner peut être mais ne pas oublier tous ces hommes et femmes morts pour défendre la ''FRANCE LIBRE''.

 

GO

Colonel De Rancourt

 

Ce récit, je l'ai dicté il y aune dizaine d'années à ma femme Mireille, qui patiemment l'écrivait dans un journal. Je l'en remercie beaucoup aujourd'hui. Sans elle tout ce récit n'aurait pas vu le jour... La mise en page a été faite par ma fille Monique qui pour faire un clin d’œil au destin est née le 18 juin 1950, eh oui ! 10 ans jour pour jour après l'appel du Général de Gaulle.

 

GO

 

 

 

Médaille Coloniale avec agraphe "Lybie"

Croix de Guerre avec une étoile de bronze

Croix de Guerre des Théâtres d'Opérations Extérieur avec une étoile de bronze

Ordre National du Mérite

Médaille commémorative de la France Libre

Médaille Coloniale avec agraphe "Extrême Orient"

Chevalier de la Légion d'Honneur

 

Biographie : (1) Louis Ricardou

Dossier réalisé par Jean Michel Martin. Mai 2012. Mise en page Dahiot Daniel ABSA 39-45