Le réseau Shelburn de Plouha

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L'association Bretonne du Souvenir Aerien remercie Madame Joëlle Robin journaliste au Conseil général des Côtes d'Armor pour son aimable autorisation à publier le document qu'elle à rédigé en mémoire du réseau d'évasion SHELBURN de Plouha, Côtes d'Armor pendant la seconde Guerre Mondiale. Ce réseau a favorisé l'évasion vers l'Angleterre de 142 personnes tombées sur le sol français souvent au cours de missions aériennes.

Huit évasions ont eût lieu du 28 janvier au 23 juillet 1944. De courageux résistants ont oeuvrés à la réussite de cette entreprise périlleuse aux risques de leurs vies.

Nous en sommes reconnaissants.

Jean Michel Martin ABSA 39-45 19 novembre 2009

 

La Corvette britanique

Le réseau Shelburn de Plouha

 

 

 

 

"Mon père disait que les vrais héros étaient les Bretons, qui étaient extrêmement courageux et ne refusaient jamais de donner abri à des aviateurs anglais en dépit du danger qu'ils encouraient", disait Jane Birkin en 1989, deux ans avant la mort de son père. À bord de la corvette de la Royal Navy, qui ramenait les aviateurs anglais dans leur pays ou qui aidait les combattants de la France libre à rejoindre l'Angleterre, David Birkin fut de ceux qui participèrent au réseau Shelburn de Plouha.

La Corvette britanique

Photo archives départementales

Les évasions par la mer

Si la Résistance a pu opérer, c'est grâce à ses réseaux, constitués de femmes et d'hommes qui, dans l'ombre bien souvent, jouèrent un rôle à un titre ou à un autre. Et en Côtes d'Armor, ils furent très actifs et nombreux.

Dès septembre 1940 des habitants du secteur de Lanvollon cachèrent des aviateurs qui étaient ensuite acheminés vers l'Espagne. Une filière longue en revanche. Ce premier groupe, la "bande à Sidonie"; fut hélas vite démantelé. " Ami, si tu tombes un ami sort de t'ombre à ta place". Cette phrase du chant des partisans prend ici tout son sens. En effet, après Lanvollon, ce sont des résistants de Plouha qui furent pressentis pour prendre la relève à la fin de l'année 1943. Ils seront encadrés par deux Canadiens, Lucien Dumais (rescapé du raid anglo-canadien de 1942 à Dieppe) et Raymond Labrosse, chargés par le. "Special Operations Executive", service secret britannique, d'organiser un réseau d'évasion par mer, le réseau Shelbum. Le docteur Le Balch, François Le Comec, Jean Tréhiou, Job Menguy, Pierre Huet, Jean Gicquel, sont "recrutés". Les trois derniers cités étaient d'anciens marins de Plouha, disposant d'une parfaite connaissance de la côte. I'anse Cochat, baptisée "plage Bonaparte", fera l'affaire pour l'embarquement. Quelle que soit la mission qu'on leur confiait, tous connaissaient le danger encouru.

Dans le groupe de Plouha, on trouve aussi des jeunes filles. Marie-Thérèse Lecalvez, Marguerite Pierre convoyeuse (née Le Saux), chez la mère de laquelle logeait Dumais. Anne Ropers, dont les parents hébergeaient des aviateurs et Marie Gicquel qui habitait la fameuse " maison Alphonse "

Il arrive encore à Marguerite d'intervenir dans les écoles. Nous racontons cette période aux jeunes. De janvier à août 1944, 138 aviateurs ont rejoint les côtes anglaises en transitant par la plage Bonaparte. Leur avion ayant été mitraillé quelque part en France, ils avaient eu la chance de ne pas périr dans l'accident de leur engin et avaient ensuite été pris en charge pour arriver à Plouha. Ils étaient passés par Paris et avaient pris le train. Tout un périple, rendu possible grâce à la solidarité de tout le réseau organisé par Dumais. De Guingamp ou Châtelaudren, le garagiste Kerambrun faisait la navette vers Plouha avec sa camionnette à gazogène".

La plage Bonaparte

La plage Bonaparte, lieu d'embarquement pour l'Angleterre.

Photo Thierry Jeandot

 

 

Quelle que soit la mission tous connaissaient le danger encouru.

Une organisation quasi militaire

Lucien Dumais (38 ans) dit Léon et Raymond Labrosse (18 ans), pivots de l'opération, formaient un bon duo parlant bien français et préparé de manière intensive. Leur mission était de récupérer les aviateurs et de les faire escorter avec la collaboration d'autochtones volontaires. Il fallait habiller, nourrir et loger les pilotes en lieu sûr en attendant leur départ. Pas facile en cette période de rationnement. Et parfois trouver des médecins pour les soigner et enfin des imprimeurs pour fabriquer des faux papiers. Incroyable, mais la Gestapo n'a jamais démantelé ce réseau.

"Dumais, attentif au moindre détail avait une grande autorité militaire. Job Menguy disait de lui que c'était un pistoleur ", (sans doute prenait-il des décisions sans appel quand il le fallait, NDLR) précise Roger Huguen. Ce professeur d'histoire au lycée Renan de Saint-Brieuc jusqu'en 1991, a écrit un ouvrage - sa thèse passée en 1974 - sur les réseaux d'évasion d'aviateurs en Bretagne, Par les nuits les plus longues. Un livre dont il a vendu plus de 20 000 exemplaires. . "Sur le sujet Shelburn, j'en apprends encore. L'histoire n'a pas de point final. Et l'Intelligence Service n'a pas tout livré. Et la chape de plomb était encore plus lourde au début de mes recherches. Quant à la Royal Navy, qui mettait sa flottille à disposition de L'Intelligence Service, elle n'était pas bavarde non plus".

Si on ne déplore aucun mort chez les convoyeurs ou les aviateurs, Marie Gicquel et son mari ont eu de la chance :

 

Henri Avril

Le Préfet Henri Avril inaugure la plaque commémorative dédiée au réseau à l'anse Cochat, à Plouha.

Photo archives départementales

 

 

Si on ne déplore aucun mort chez les convoyeurs ou les aviateurs, Marie Gicquel et son mari ont eu de la chance: "notre demeure "la maison d'Alphonse" servait de lieu de ralliement. Elle était située à un kilomètre de la plage.

Quand Radio Londres diffusait le message codé "Bonjour tout le monde à la maison d'Alphonse ", cela signifiait pour nous que l'expédition serait pour la nuit suivante. Mais les Allemands, s'ils n 'ont jamais eu la preuve que nous cachions des aviateurs et que nous les faisions passer de l'autre côté de la Manche, se méfiaient et se doutaient de quelque chose. Un jour, j'ai eu un mauvais pressentiment. Ils sont venus chez nous pour fouiller la maison et sont repartis bredouilles. J'ai vite préparé quelques affaires, mis le bébé dans son landau

et avec mon mari, nous avons fui Quelques heures après, ils mettaient le feu à la maison. C'était le 24 juillet 1944 Nous avions tout perdu Nous réfugiant ici et là, notre cavale a duré jusqu'à Noël Et mon mari est parti en Angleterre avec un convoi d'aviateurs".

 

Lucien Dumais

Lucien Dumais, allias Léon, le chef canadien de l'opération Shelburn

Photo archives départementales

Huit opérations en huit mois

Du 29 janvier à août 1944, huit opérations se succédèrent. Les parents d'Anne furent "hébergeurs" à trois reprises. "Une fois, neuf hommes pour la soirée, une autrefois, cinq pour une semaine et enfin trois marins pendant vingt jours. Ils n 'avaient pas trouvé le bateau et il n y avait pas de comité de réception à la plage. Un imprévu ce jour-là. Chez mes parents, il y avait des apprenties couturières. Elles n'ont jamais entendu les marins à l'étage au-dessus de l'atelier pendant leurs trois semaines de présence. Et il nous fallait trouver du ravitaillement discrètement pour nourrir ces grands gars".

Pour rallier la maison d'Alphonse à la plage, le chemin était semé d'embûches. Les Allemands patrouillaient et de leur poste de surveillance, ils pouvaient éclairer loin en mer. Le terrain était miné et des membres du groupe avaient posé des linges blancs près des mines sur un kilomètre. Quant au sentier dans la falaise, étroit et glissant, il était encore plus dangereux de nuit. Les consignes étaient strictes. Dumais, le seul à être armé, donnait les ordres ne pas parler, ne pas fumer, se suivre en file indienne, en tenir le vêtement de celui qui marchait devant. Il fallait marcher dans les ruisseaux pour déjouer l'odorat des chiens des patrouilles. Job Menguy planquait des heures durant dans une cache de la falaise, attendant le bon moment pour les signaux. Sur la plage, les hommes échangeaient le mot de passe "Dinan-Saint-Brieuc"; puis les chaloupes les embarquaient, ramant jusqu'à la corvette en prenant des précautions comme les chiffons sur les avirons pour atténuer les bruits de clapotis. Quatre embarcations légères en bois qu'il fallait remonter à bord du bateau où s'activait un équipage d'une trentaine hommes. L'ancre de la vedette était montée sur des haussières de chanvre pour éviter le bruit des chaînes. Enfin, c'était la montée à bord de la corvette cachée derrière la tourelle du Taureau et le voyage de quatre longues heures jusqu'à Dartmouth, sur les côtes anglaises.

"Sans compter les lourdes valises remplies d'armes, de vêtements, d'argent ou de matériel radio qu'il fallait remonter sur l'épaule en grimpant le long du sentier. Les valises étaient garnies de toile imperméable en cas de chute dans l'eau et portaient la lettre B comme Bonaparte. Nous les portions jusqu'à la maison d'Alphonse dont les fenêtres étaient obturées par des couvertures afin que la lumière ne filtre pas. Nous, nos familles, aurions pu être arrêtés à chaque instant. Mais Dumais et Labrosse avaient bien orchestré l'opération, chacun dans son rôle. L'anse Cochat, très abritée, avait été bien choisie aussi, quoique proche des postes de veille ennemis à la Pointe de la Tour. Par miracle, la vedette à faible tirant d'eau, qui filait à plus de 3o nœuds, n'a pas été inquiétée pendant ces missions; une seule fois, le canon à Plounez a tiré dessus ", ", conclut Marguerite.

 

Le lieutenant David Birkin en pèlerinage à l'anse Cochat.

Photo archives départementales

Le tunnel menant à la plage Bonaparte

Photo Thierry Jeandot

Plouha fut libérée le 5 août 1945. Après la libération, Dumais et Labrosse reçurent la Croix Militaire ainsi que des décorations de la France et des États-Unis. Ils finirent par retourner dans leurs familles, au Canada. Après la guerre, Français et Anglais se retrouvèrent. Les aviateurs ou marins de la corvette voulurent revoir les lieux de jour. Comme Guy Hamilton ou David Birkin, ayant tous deux mené la corvette à bon port. Cette dernière a été reconvertie en bateau de plaisance et les Plouhatins, invités à une commémoration en Angleterre vers 1965, ont pu faire une promenade à son bord Plusieurs stèles et des plaques commémoratives (anglaises, américaines, canadiennes) témoignent de la reconnaissance des forces alliées au réseau Shelbum. La ville de Plouha organise chaque année un challenge sportif du nom du réseau. Et Marguerite Pierre a gardé vivaces ses souvenirs et ... une des valises.

Joëlle Robin

Une foule importante participe à la commémoration d'après guerre.

Photo archives départementales

 

Roger Hugen, correspondant du Comité d'histoire de la 2ème guerre mondiale, historien

"Des pilotes de la corvette m'ont raconté des anecdotes extraordinaires. Ils se souvenaient avoir distingué du bateau le rougeoiement des cigarettes des Allemands sur la falaise. C'était plutôt des Russes blancs enrôlés par les Allemands, des hommes qui ne connaissaient pas la mer. En effet, en arrivant, la corvette ne faisait pas de bruit mais elle "soulevait" parfois une nuée de mouettes. Ils auraient dû le remarquer. David Birkin m'a donné des documents. Lui qui a aussi opéré dans L'Aber Wrac'h, était historiographe (salle des cartes) et se repérait à la forme des rochers. Il prenait le commandement du bateau au pin point, à la pointe de la Tour.

 

Sur la stèle de granit rose (août 1954) en haut de la falaise qui surplombe la mer et la plage, sont inscrits les noms des réseaux d'évasion qui opéraient dans la région.

La plage Cochat est ainsi devenue la "Plage Bonaparte", en mémoire de cette extraordinaire opération d'évasion réussie.

 

Allan Lirquhart, Marie Gicquel et Marguerite Pierre, de gauche à droite, au départ du sentier.

 

Le sentier d'interprétation "Shelburn"

II symbolise le rôle de Plouha dans sa résistance à l'envahisseur pendant la seconde guerre mondiale. Ce circuit littoral de g kilomètres, dont l'initiative revient à une association de Plouha, relie le site de la "Maison d'Alphonse" au sentier des falaises, surplombant la mer, entre l'anse Cochat et la pointe de la Tour.

Joëlle Robin journaliste, pour le mensuel n°78 Juillet/août 2009 du Conseil Général des Côtes d'Armor.
Ballade pour SHELBURN

Symbole de liberté, de courage, d’espérance

Tes appels en mémoire sont toujours si vivants

Que j’accours cette nuit à COCHAT dans son anse

Pour porter ton message aux cœurs de nos enfants

Aussi sombres que soient les nuits sur notre lande

Les vers luisants du ciel éclairent nos sentiers

Etrangers, nos lutins ne sont pas que légendes

 

La Bretagne en tout temps refaits ses chevaliers

SHELBURN

Si je viens si souvent dormir dans mes bruyères

Me baigner dans la sueur et le sang de tes pas

C ’est pour mieux m’imprégner de tes fibres guerrières

Qui animent nos âmes au sommet des combats

 

A vous chers disparus les meilleurs de nos rimes

S’en iront en pensées faire un léger détour

Que les dieux de Celtie sachant qu’on vous sublime

Ouvrent grandes les portes du val sans retour

Je voudrais que vos noms s’inscrivent sur les pierres

Qui jalonnent sentiers rivières et torrents

Faisons que nos falaises deviennent sanctuaires

Et qu’aux arbres on écrive ‘’contemple ici passant’’

SHELBURN

Je viens la très souvent glaner dans mes bruyères

Les mots d’une valeur que je ne trouve pas

Mais les lueurs de l’âme ne se racontent pas

Que jamais l’on oublie ces temps de folle angoisse

Vécus par des humains parmi tous les dangers

Que s’imprègnent nos cœurs de jeunesse et d’audace

Données par ces héros de gloire à l’apogée

Qu’il nous faut attiser pour que toujours la flamme

Quelle qu’en soit la couleur brille sur nos lendemains

Elle sera notre aurore consumera l’infâme

BONAPARTE sera pour nous le pur écrin

SHELBURN

Je viens la très souvent glaner dans mes bruyères

Les mots d’une valeur que je ne trouve pas

C’est la nuit qu’il est beau de croire en la lumière

Et la force de l’âme ne se raconte pas.

 

Merci à mon Ami FREDDIE BREIZIRLAND pour l’aimable autorisation de publier le texte de sa chanson à la Gloire des HEROS du Réseau d’évasion SHELBURN. PLOUHA 22. 1944

FREDDIE BREIZHIRLAND. Auteur. Compositeur. Interprète.

Jean Michel MARTIN. Le 26 novembre 2009