Le 16 février 1943

En mer au large de la côte du Goélo

"Saint Gilles Les Bois"

B-17F 40-BO - #42-5175

Codé GY-I

306th BG/367th BS

GO

Biography in English

(Pilot) 1st.Lt. Joseph A. Downing. (POW).

GO

(CP) 2Lt. Howard W. Kelly. (EVD).

GO

(N) 1st.Lt. Howard H. Pratt. (POW).

GO

(Bdr) 2nd.Lt. George V. Bryan. (POW).

GO

(RO) S/Sgt. Allen Norman Robinson. (EVD).

GO

(TTG) Sgt. Henry H. Jones. (POW).

GO

(BTG) Sgt. Royal A. Green. (POW).

GO

(WG) Sgt. Harvey J. Jr. Ross. (MIA).

GO

(WG) S/Sgt. George W. Green. (POW).

GO

(TG) Sgt. Loras C. Elliott. (POW).

GO

Mardi 16 février 1943. Crash en mer au large de la côte du Goélo. Côtes d'Armor.

Accident aérien associé au drame de Saint Gilles les Bois.

Disparition du Boeing B-17F. Immatriculé : 42-5175 appartenant au 306th Bomber Group. 367th Bomber Squadron. 8th US Air Force basé à Thurleigh Bedfordshire Angleterre.

Peu avant 10 heures en ce mardi matin 16 février 1943, plusieurs bombardiers B-17 décollent de la base de Thurleigh. Ils vont se joindre à d'autres appareils venant de plusieurs bases anglaises et former ainsi une escadrille qui aura pour mission le bombardement de la base sous marine de Saint-Nazaire en Bretagne sud. Port Breton occupé par la Marine allemande ou sont basés les terribles sous marins U Boat de l'Amiral Doenitz.

Le B-17, immatriculé 42-5175 est piloté par le 1st Lieutenant Joseph Downing âgé de 29 ans, originaire de Pennsylvanie. Près de lui son copilote le 2nd Lieutenant Kelly Howard âgé de 24 ans est originaire de l’Indiana. Tous deux ont déjà participé à plusieurs missions de bombardement et aujourd'hui ce nouvel objectif leur apparaît comme une routine.

Le début du vol se passe sans problème. La formation, fidèle au plan, rejoint Lands end, pointe extrême de la Cornouailles britannique ou le regroupement général s’organise.

Les 59 appareils survolent la Manche et se dirigent ensuite vers Cherbourg. Le changement d'orientation à opérer vers le sud se fera au dessus de la mer de manière à éviter la puissante artillerie anti aérienne allemande bien en défense autour de ce port stratégique. En arrière du poste de pilotage le 1st Lieutenant Howard Pratt, 25 ans, originaire de l'état du Maine est occupé sur sa carte, renseignant régulièrement le Lieutenant Downing. Juste derrière lui, le bombardier, le 2nd lieutenant George Brian 24 ans, Californien, il se prépare à l'ouverture de la soute à bombes et au largage, quand l'appareil passera à la verticale de la cible et que l'ordre d'actionner le déclenchement lui aura été donné. Le sergent Allen Norman Robinson originaire de l'Oklahoma est le radio observateur de cet équipage. Dans un petit espace restreint, il s’affaire à sa mission.

Au dessus de lui, le Sergent Henry Harrisson Jones originaire de Floride, âgé de 23 ans est à son poste de tir dans la tourelle supérieure. Comme tous les mitrailleurs, il scrute le ciel de manière à détecter l’éventuelle menace des chasseurs ennemis.

Au dessous du B-17, Le sergent Royal Green 21 ans originaire du Texas est enfermé dans sa tourelle de boule. Lui aussi ne cesse d'avoir les yeux rivés sur l’horizon mais aussi exerce une surveillance sur les autres appareils en formation. Il faut éviter l'accrochage. Dans l'étroite allée qui mène à l’empennage de l'avion, les deux mitrailleurs de sabords sont à leur poste, prêts à faire feu. On y trouve le sergent Harvey Ross 21 ans originaire de Floride. A ses côtés, son camarade le Sergent Georges Green. A l'extrémité arrière, se trouve le poste de tir occupé par le sergent Loras Elliot 25 ans, Californien. Ce dernier est allongé sur le ventre. Il scrute lui aussi le ciel prêt à faire feu de sa mitrailleuse double canons de 50 millimètres. Il est environ 11 heures 45 quand retentit dans l'interphone, la voix du pilote annonçant l'approche de la cible. Tous les aviateurs redoutent ce passage et redoublent de vigilance. Les aviateurs américains donnent le nom de ''Flak city'' à cette ville de saint Nazaire tant les défenses anti-aériennes sont importantes.Ils savent que la situation peut dégénérer très rapidement, connaissant les effets d'une artillerie anti-aérienne très meurtrière. Il est midi quand les B-17 de la formation survolent la base sous marine de Saint-Nazaire, objectif de la mission qui consiste à larguer les bombes sur le sas de sortie Est des U Boats. Le lieutenant Brian ayant ouvert préalablement la soute, largue les 2 tonnes 700 de bombes sur l'objectif. Cet allègement de l'appareil entraîne l'avion dans une légère reprise d'altitude.

Soudain deux chocs terribles sont ressentis, entraînant un bruit sourd dans tout l'avion. Deux moteurs viennent d'être frappés par des obus, entraînant un début d'incendie sur chacun d'eux. Une terrible angoisse envahit le jeune équipage. Rapidement, les deux pilotes prennent la décision de quitter la formation et de ne pas respecter l'ordre du retour qui devait emprunter la même route qu'à l'aller, ce qui devient impossible. Les flammes semblent brossées vers l’arrière, menaçant un embrasement du cockpit. Un des aviateurs dans un de ses écrits, précisera que les deux moteurs laissaient aussi s'échapper abondamment d' huile noire. Le bombardier en détresse traverse le ciel Breton, se dirigeant vers une base anglaise au plus proche pour un atterrissage qui s'annonce difficile. Hélas, il n'y parviendra pas. Ayant quitté le littoral nord de la Bretagne et survolant la Manche au dessus de l'archipel des 7 îles, devant Perros Guirec, le bombardier devient la cible de plusieurs chasseurs allemands Focke Wulff 190 qui se ruent sur lui pour l'achever. Soudain, un des aviateurs signale qu'un obus vient de mettre le feu à un troisième moteur. C'est l'affolement. Les mitrailleurs font feu de toutes leurs armes sur l’ennemi, quand soudain le sergent Ross mitrailleur de côté s'écroule sur le plancher de l'appareil, touché mortellement à la gorge par un projectile tiré par un des chasseurs. (Le 1st lieutenant Howard Pratt témoignera de la mort du sergent Ross dans un compte rendu qu'il réalisera à son retour de captivité en mai 1945).

 

Église de Saint Gilles les Bois

 

Le pilote ordonne immédiatement au sergent Loras Helliot mitrailleur de queue, qui a signalé n'avoir plus de munitions, de prendre la place du sergent Ross. Face à cette situation désespérée, le pilote décide de faire un retour immédiat vers la côte française de manière à faire évacuer l'appareil au dessus de la terre, évitant ainsi à ses hommes et à lui même un amerrissage fatal. Le B-17 est difficilement manœuvrable, mais après bien des efforts, les deux pilotes arrivent à l'orienter vers le sud-est tout en le faisant descendre de 3000 mètres vers une zone nuageuse qui le dissimilera à la vue de l’ennemi et à une altitude plus basse ou l'évacuation sera possible. Le feu dans les moteurs prend de l'ampleur entraînant une perte de vitesse. L'avion étant de nouveau au dessus du sol Breton, dans l'interphone le Lieutenant Downing ordonne à tous d'évacuer l'appareil rapidement. On peut évaluer cet ordre donné dans l'espace aérien au dessus de la Roche Derrien avec un axe vers Pontrieux puis Saint Gilles les bois. Pour des raisons pratiques, les aviateurs n'avaient pas leur parachute sur eux, trop volumineux. Ils l'endossent rapidement. Le sergent Ross décédé est lui aussi équipé de son parachute. Ses camarades l'éjectent hors de l'appareil par la porte de côté, ayant pris soin de déclencher l'ouverture dès qu'il serait dans le vide. Tour à tour, les hommes quittent la forteresse volante. Le lieutenant Howard Kelly saute, suivi immédiatement par le lieutenant Downing, celui ci étant le dernier à quitter l'avion. Le lieutenant Kelly ayant sur ordre, juste avant fait une dernière visite dans le cockpit pour vraisemblablement orienter l'appareil vers la mer proche (6 kilomètres ), ceci en accord avec le Lieutenant Downing qui lui s'affairait dans l'urgence à s'équiper. Les pilotes avaient conscience qu'il ne fallait pas que l'avion tombe sur une ville ou un village. Désormais le bombardier B-17 désemparé, n'ayant plus personne à bord, perd de l'altitude. Depuis le retour au niveau des Sept îles, il a parcouru environ 35 kilomètres, quand l'opération d'évacuation à lieu. Le sergent Jones signalera qu'il avait sauté juste avant les deux pilotes. Ils quittèrent tous l'avion à une altitude de 1200 mètres environ.

 

Les corolles des parachutes qui se balancent dans le vent, sont aperçues dans toute la région malgré un ciel un peu nuageux. L'un des aviateurs, le mitrailleur de tourelle supérieure, le Sergent Henry Harrisson Jones atterri dans un arbre au bord d'un champ près du village de "Ker Sentro" en Pommerit le Vicomte, juste à la limite de Saint Gilles les Bois, à proximité de la ferme exploitée par la famille Boizard . François Boizard et sa sœur Jeanine ont vu arriver cet homme tombé du ciel. Avec leurs voisins, Auguste Le Corre et François Pérénnés qui eux aussi ont assisté à la scène, s'empressent, courageusement, d'aider l'aviateur, lui permettant de descendre de cet arbre. S'adressant à eux, le jeune aviateur, leur dira ''camarades '' oui répondirent t'ils. Mademoiselle Boizard lui serra la main. Ils déciderons immédiatement de prendre en charge cet américain, de l'aider et de lui changer rapidement ses vêtements de vol contre des vêtements civils recherchés à la hâte dans la maison de la famille Boizard proche où il fut dirigé rapidement. Un grand nombre de personnes ont assisté à la scène et convergent vers le village de "Ker Sentro". Le parachute sera rapidement bien caché dans un des bâtiments de la ferme par Monsieur Pérennes qui a récupéré cet équipement compromettant, et dissimulé à la vue des allemands qui pense t'il, ne tarderons sans doute pas à venir fouiller les lieux. L'aviateur de grande taille se retrouve avec un pantalon trop court. Les chaussures lui font mal aux pieds, trop petites. Il est facilement repérable avec cette tenue. Il quitte la ferme rapidement et est invité à prendre un repas chez Monsieur et Madame Auguste Le Corre au village de "Kerprigent" en Saint Gilles les Bois, repas qu'il prend dans la chambre à l'étage ou dort la fille de Monsieur et Madame Le Corre âgée de 3 mois. Il griffonnera sur un papier son nom, prénom et son adresse à Saint Petersburg, Floride- États Unis, papier qu'il laissera sur la tablette de la cheminée et que les Allemands ne découvriront pas lors de la fouille de la maison, ne portant leur attention que sur le bébé qui dormait dans son berceau. On lui avait préparé, également sur un papier, le plan pour rejoindre la côte où il pourrait rencontrer des résistants susceptibles de le faire récupérer par un réseau d’évasion. (Pas le réseau Shelburn dont la première mission de récupération d'aviateurs évadés n'eut lieu qu'à partir de janvier 1944). Il oubliera également ce croquis sur la cheminée. Il quitta les lieux rapidement car il se doutait bien que l'occupant était à sa recherche et qu'à cette heure, il était encore bien près du lieu ou il avait atterri. Monsieur Auguste Le Corre, courageusement, vu l'urgence le conduira se cacher assez loin dans un taillis où il lui conseillera d'attendre sa prochaine visite pour partir. Les allemands ont assisté à la chute de l' aviateur. Cantonnés au bourg de Pommerit le Vicomte tout proche, ils arriverons par la suite au village. Le sergent Jones avait déjà disparu. Le soir Monsieur Le Corre ne le retrouvera pas dans le taillis. Le sergent avait décidé de quitter les lieux. (Voir récit sur son évasion et sur sa capture dans une lettre qu 'il adressera à madame Le Corre en décembre 1945). Les jours suivants, les quatre personnes qui l'avait aidé recevront des convocations pour se rendre à la Kommandantur de Guingamp. Elles y seront arrêtées pour ensuite être conduites à Paris où après avoir été jugées, le tribunal allemand les condamnera à la déportation.

 

Stèle Saint Gilles les Bois

François Boizard

Jeanne Boizard

Auguste Le Corre

François Pérénnés

 Photos Lieux de mémoires dans les Côtes d'Armor

 

Madame Jeanne Boizard âgée de 29 ans sera déportée au camp de Ravensbruck. Lors de son retour en mai 1945, elle décédera à l’hôpital d'Annecy le 31 mai. Monsieur François Boizard son frère, âgé de 25 ans décédera d'épuisement et de faim dans un wagon lors de l'évacuation du camp de concentration de Gross Rozen en Silésie. Monsieur Auguste Le Corre âgé de 34 ans demeurant au village de "Kerprigent" en Saint Gilles les Bois, décédera au Kommando de Nordhausen le 5 avril 1945.

La Chapelle de Saint Gilles les Bois. A la base du vitrail sont inscrits les noms des quatres martyrs

 

Le 17 fevrier 43 le sergent pris son repas chez Monsieur et Madame Le Corre. Fenêtre en haut à gauche

 

C'est sur cette cheminée chez Monsieur et madame Le Corre que le Sergent Jones oublia ses papiers

 

Monsieur François Pérennes âgé de 21 ans demeurant au village de "Goasmap" en Saint Gilles les Bois, après avoir été détenu dans les camps de Hinzert près de Coblence, Breslau en Silésie, Gross Rozen Silésie, Kamen près de Leipzig, décédera au cours d'un transfert vers Salzbourg en Autriche le 16 mars 1945. Le transfert de ces quatre personnes vers l’Allemagne eut lieu le même jour, 1er avril 1943. Après la guerre, les familles des victimes recevront un document de reconnaissance du gouvernement américain signé de la main du général Eisenhower pour l'aide apportée à l'un des leurs en situation difficile. Les autres aviateurs de cet équipage, peu de temps après leur atterrissage sur le sol Breton, firent l'objet de recherches intenses par les troupes allemandes dans toute la région. Sept d'entre eux furent arrêtés malgré l'aide de la population qui avait tout entreprit pour les cacher. Ils seront envoyés en camp de prisonniers en Allemagne. Ils ne retrouverons la liberté qu'à la fin de la guerre en mai 1945.

 

 GO

 

Le pilote, le 1st Lieutenant Joseph Downing fut détenu au stalag de Moosburg en Bavière. Le navigateur le 1st Lieutenant Howard Pratt sera détenu au stalag de Sagan en Silésie. Le bombardier, le 2nd Lieutenant George Brian sera détenu au stalag 3 de Sagan en Silésie. Le sergent Henry Jones sera prisonnier dans un premier temps au Stalag 3D près de Berlin (58 000 prisonniers) puis au stalag 17B de Braunau Gneikendorf près de Krems en Autriche. Le sergent Royal Green sera également détenu en Allemagne mais son lieu de détention n'est pas connu. Le Sergent George Green sera détenu au stalag 17B de Braunau Gneikendorf près de Krems en Autriche jusqu'en mai 1945. Dans ce même camp, le sergent Loras Elliot y passera sa captivité, il précisera à son retour les conditions de vie particulièrement difficiles qu'il avait subit dans ce camp.

Un des aviateurs sera arrêté sur la commune de Saint Jean Kerdaniel. Son identité n'est pas connue. Un autre sera fait prisonnier à la Roche Derrien. Également un autre sur Saint Donan ce même jour. Le copilote, le lieutenant Howard Kelly et le sergent Alan Norman Robinson, mitrailleur dorsal échapperons au recherches des Allemands. Pris en charge par la population, les réseaux de résistance et d'évasions, ils mettrons plusieurs mois pour rejoindre l'Angleterre via Gibraltar. Récupéré par le réseau Comète, le sergent Robinson mettra sept mois pour traverser la France et l’Espagne, avec bien des péripéties avant son retour à Prestwick en Ecosse le 21 septembre 1943. L’évasion du Lieutenant Howard Kelly durera 68 jours, il traversera la France et l'Espagne pour arriver à Gibraltar, rentrant en Angleterre, le 24 avril 1943. Le sergent Ross, le mitrailleur latéral fut tué en vol au cours de l'attaque des chasseurs allemands au dessus des Sept îles. Le rapport américain précise bien qu'il a été éjecté de l'avion par ses camarades. Le Lieutenant Howard H Pratt relate ce drame dans le missing air crew report, (rapport de disparition d'équipage aérien américain). Son corps fut retrouvé au sol par l'occupant, dans un endroit inconnu aujourd'hui mais vraisemblablement dans un périmètre où les autres aviateurs touchèrent le sol, sans doute bien avant Saint Gilles les Bois. Aujourd'hui son lieu d'inhumation n'est pas connu. Son nom est inscrit sur le Mémorial des disparus Américains au cimetière de Cambridge Angleterre. Les Américains ne refermant jamais les dossiers de recherches, il est, comme beaucoup d'autres, l'objet d'investigations du Service Defense Prisonner of War/Missing Personnel Office (DPMO) du Pentagone à Whashington USA . En 1945, une sépulture du cimetière militaire anglais de Guidel, Morbihan, indiquait Sergent Harvey J Ross. Dans cette tombe, lors de l'exhumation des restes humains, après guerre, la morphologie dentaire ne fut pas reconnue comme étant celle du Sergent Ross. D'autres tombes proches portaient la mention ''Inconnu''. Y aurait il eut inversion lors des inhumations ? Il n’a pu être établi d'aboutissement dans cette recherche.

 

Cette perte aérienne américaine du 16 février 1943, est la première mais hélas ne sera pas la dernière pour cette force alliée dans le département des Côtes du Nord à l'époque. Ce même jour, trois autres B-17 tomberons en Bretagne. Un en mer près de Crozon faisant sept disparus et trois prisonniers, un autre à Molac, Morbihan faisant huit morts et deux prisonniers et un autre en mer à 32 kilomètres au large de Bréhat, appareil piloté par le capitaine William Breed, aucun survivant.

Le rapport de mission du B-17 42-5175 rédigé le 10 avril 1946 indique ce bombardier tombé en mer à 100 miles de la côte Française. Cela correspond à une distance de 160 kilomètres. Thèse retenue en premier lieu, puis mise en doute vu le parachutage de l'équipage dans les Côtes du Nord, cela donnait à penser au Défense Prisonner of War missing personnal Office de Washington que l'avion se serait écrasé sur la commune de Saint Gilles les Bois (noté également dans plusieurs livres écrits après guerre). Au vu de nos recherches, on peut se tourner aujourd'hui vers l’hypothèse la plus plausible qu'effectivement cet avion en détresse à bien amerri mais pas dans les conditions décrites dans le rapport premier. Les pilotes ont aperçu dans les derniers moments de leur présence à bord, la bordure du littoral maritime. Saint Gilles les Bois se trouve à 6 km à vol d'oiseau de la mer vers Plouha. Le sergent Helliot Loras rapporte un témoignage déterminant, argumentant notre hypothèse. Il dit «après avoir quitté le bord et ouvert mon parachute, lors de ma descente, j'ai vu notre avion en détresse, en feu, se diriger vers la Manche''. Il faut imaginer ce bombardier de 16 tonnes 400, livré à lui même, avec trois moteurs en feu, une propagation de l'incendie qui pouvait avoir eut lieu puisque les réservoirs de carburant proches étaient logés dans les ailes et étaient loin d'être vides. On peut penser que l'avion à sombré dans l'espace maritime au large de Plouha, Plouézec mais en aucun cas à une longue distance de la côte, le lieutenant Howard Kelly, comme on peut le lire dans son rapport d'évasion figurant dans cette biographie, précise bien qu'il a dirigé le bombardier vers la mer. Les personnes rencontrées n'ont jamais entendu parler d'un bombardier tombé au sol dans la région, ni à cette période, ni après. Dernièrement une nouvelle information nous est parvenue provenant du milieu maritime et qui nous indique que des pêcheurs ramènent parfois dans leurs engins de pêche, des morceaux d'aluminium provenant selon toute vraisemblance d'un avion, ceci dans un périmètre situé dans le nord du rocher de la ''Mauve'' face à Plouha. Cela proviendrait il de l'épave du B-17 venant conforter notre hypothèse ?

Rapport d'évasion rédigé par le Lieutenant Howard Kelly à son retour en Angleterre le 24 avril 1943. Nous avions quitté la base de Thurleigh vers 10 heures en ce mardi matin 16 février 1943 à bord de notre bombardier B-17. Nous étions sur la cible au dessus de Saint-Nazaire en France aux environs de midi. Nous avons pris un obus dans un moteur, plus précisément dans le moyeu de l'hélice. La pression de ce moteur à baissé graduellement et le feu avait pris à l'intérieur, laissant échapper une fumée dense. En tout, trois de nos moteurs furent touchés. Le premier touché à lâché rapidement. Les deux autres ont tourné pendant cinq minutes puis plus rien sauf un feu intense qui s'était déclaré. Nous avons perdu doucement de l'altitude puis nous fûmes relégués en arrière de la formation, quand soudain nous étions une cible facile pour un chasseur ennemi qui nous avait repéré. Nous avons tout fait pour le lâcher mais il était plus mobile que nous. D'autres avions allemands sont apparus dans le ciel, ils nous ont pris pour cible. Nous étions à 10 000 pieds (environ 3000 mètres) ils s'acharnaient sur nous, causant de nombreux dommage à notre avion déjà bien mal en point. Le sergent Ross fut blessé mortellement au cours d'une attaque. Nous nous préparions à quitter l'appareil car la situation était préoccupante et nous étions tous très tendus. Une autre vague de chasseurs allemands était en vue quand notre pilote a plongé l'avion dans une couche nuageuse épaisse dans le but de nous dissimuler. L'avion descendit à 4000 pieds (environ 1200 mètres) et se stabilisa. Le lieutenant Downing nous ordonna aussitôt d'évacuer, précisant que nous devions tous réciproquement vérifier nos harnais et parachutes. Le sergent Ross fut mis aussi hors de l'avion. Je me rappelle que nous avions changé de cap et étions revenus vers la terre. Nous avions volé en parallèle de la côte vers Saint Brieuc. Nous volions au sud-est dans des conditions difficiles. Nous apercevions la mer.

Avant de quitter le bombardier, j'ai fais un bref passage au cockpit pour programmer l'avion en pilotage automatique vers la mer. J'ai endossé mon parachute rapidement, échangé quelques mots avec le pilote, puis je me suis jeté dans le vide. J'ai compté jusqu’à 14 puis j'ai tiré sur la poignée d'ouverture. Il faisait froid. J'ai atterri dans un champ labouré près de Cohiniac, le vent m'avait poussé dans cette direction. Immédiatement j'ai caché mon parachute et mon harnais sous de grands feuillages. Après avoir connu tant d'inquiétude, je me retrouvais seul dans la campagne. J'ai fais le point sur ma boussole et j'ai commencé à marcher en direction du sud-est. Traversant les champs à la recherche de quelqu'un qui puisse m'apporter de l'aide. Tout d'un coup, j'ai aperçu au loin un homme accompagné d'un garçon et d'une petite fille qui venaient dans la direction où j'avais touché le sol. Étaient t ils à ma recherche? L'homme s'approcha de moi et m'interpella ''Camarade ? ''Yes ! dis je. Il me serra la main. Il me fit signe de les suivre. Arrivé chez eux , il me dit de me changer et m'apporta quelques vêtements lui appartenant, c'était des habits de paysans. J'étais en mesure de comprendre ce qu'il me disait. Il me dit que nous étions amis et qu'il souhaitait m'aider. Ressortis de la maison, nous avons traversé un grand fossé et là, d'autres personnes nous ont rejoins. L'un d'eux me présenta un ticket d'inspection de parachute US qu'il venait juste de trouver dans le champ. Un adolescent fut désigné pour m'accompagner. Nous sommes partis tous les deux après que j'eus salué ces braves gens. Nous avons traversé beaucoup de champs et de bosquets pour arriver devant un grand château où il était prévu que je rencontre le Maire de la commune. Celui ci me dit que vu que j'étais arrivé chez lui en pleine journée et que j'avais pu être repéré, il ne voulait pas avoir d'histoires, donc il allait appeler la gendarmerie qui pourrait être ici dans vingt minutes pour me récupérer. Avec le jeune garçon, j'ai immédiatement pris la fuite et courut à travers champs. Nous sommes arrivés devant une grande forêt où d'un commun accord il fut décidé que j'y reste caché pendant au moins une journée, convenant que ce dernier reviendrais avec de la nourriture et des vêtements secs des le lendemain. Il arriva très tôt le matin avec un sac à dos rempli de bonnes choses. Je me suis changé et lui ai donné mes chaussures d'aviateur que j'avais conservé. En échange il me donna des sabots, ces chaussures en bois que je découvrais pour la première fois. J'avais du mal à comprendre que l'on pouvait marcher ainsi. Il me montra un chemin sur le côté du bois, long de 5 km, il devait me conduire à une route principale qui m’emmènerait à Saint Brieuc me dit il. Je me suis retrouvé seul, marchant toute l’après midi en direction de cette ville. J'entendais au loin le bruit de moteur des chasseurs ennemis. J'ai compris que je me dirigeais vers un aérodrome occupé par les allemands. Je devais être prudent. Le soir, ne trouvant pas d'endroit sûr pour dormir, je suis rentré en ville où j'ai pu boire un verre de vin dans un bar. Je n'ai pu trouver de lieu abrité. Je suis donc ressorti de la ville et après environ 5 km j'ai trouvé près d'une ferme un meule de foin qui m’accueillit pour la nuit.

 

Le 17 février 1943, lendemain de mon parachutage, je me trouvais encore dans la région. Je pris la décision de me diriger vers Saint Malo. Je devais réagir vite car je pense qu'une troupe d'allemands était à ma recherche. Après une très longue marche, mes pieds étaient marqués par mes sabots. Je ne comprenais pas que l'on puisse marcher ainsi. J'avais grand mal. J'atteignis Yffignac en fin de journée. Je suis rentré dans un café et dans la cuisine, j'ai expliqué que j'étais américain. J'ai payé 30 francs pour avoir de la nourriture. Après avoir pris mon repas, une personne discrètement m'expliqua que près de moi il y avait une personne à la solde des nazis. Je me suis empressé de quitter les lieux.

J'ai essayé plus tard d'acheter une bicyclette, la femme à qui je m'étais adressé me signifia de voir ailleurs car cela n'était pas possible. Malgré tout, elle me pria de la suivre chez elle où elle me remit des coupons pour avoir de la nourriture. Ses proches me dirent qu'ils étaient pour les alliés et qu'ils souhaitaient m'aider. Un homme surgit rapidement et me dit que les allemands avaient connu ma présence et qu'ils me recherchaient. Je suis sorti par la porte arrière de leur maison et je suis parti rapidement en direction de Lamballe à travers la campagne. On était le 18 février. En passant près d'une ferme, j'ai rencontré un garçon et une fille qui faisaient la traite des vaches. Ils m'ont autorisé à dormir dans leur grange. Le lendemain matin, tôt, les parents et d'autres villageois sont venus me questionner. Ils m'ont donné un petit déjeuner et je suis reparti vers Lamballe que j'ai traversé dans la matinée. Je ne me suis pas arrêté. Dix kilomètres plus loin, j'ai trouvé un vieux bâtiment en pierre dans une campagne déserte. J'ai pu y dormir toute la nuit.

 

Vendredi 19 février 1943. Ce matin là mes pieds étaient enflés, et après deux kilomètres, j'ai demandé à un jeune garçon si je pouvais me cacher dans une grange. Il me répondit positivement, me créant même un lit dans le foin. A peine installé, le père du jeune homme arriva, me priant de partir immédiatement car de nombreux allemands arrivaient au loin en direction de la ferme. En un instant avant de quitter les lieux, j'ai troqué mes sabots contre une paire de chaussures en cuir que j'avais remarqué en rentrant dans cette grange à mon arrivée. Je me suis enfui prudemment. J'ai marché sans m'arrêter, toute la journée. En soirée je me suis dirigé vers une meule de foin où j'ai passé la nuit. Le 20 février, je suis arrivé à 5 km de Matignon, j'ai continué ma route pour arriver aux abords d'un grand village à l'extrémité d'un pont. Je me suis rendu compte qu'à l'autre bout, il était gardé par deux soldats allemands. J'ai commencé à traverser le pont et fouillant dans ma poche, je me suis aperçu que je n'avais plus ma fausse carte d'identité. J'ai une nouvelle fois fouillé dans ma poche intérieure de ma veste, tout en tournant sur moi pour faire demi tour et fuir discrètement. Mon comportement n'a pas attiré l'attention des sentinelles. Je n'ai pas été inquiété. J'ai eu de la chance. Je n'avais plus rien à faire que de revenir sur mes pas. Je pris la décision de rejoindre l'aérodrome de Saint Brieuc. Le 21 février, je me suis arrêté longuement dans une grange. Je devais me reposer. Je suis parti vers 3 heures du matin vers Lamballe que j'ai contourné largement. Ensuite je me suis dirigé vers Yffignac et vers la maison ou j'avais déjà reçu de l'aide. L'homme me donna du pain et me dit que c'était dangereux de rester dans cet endroit et que je devais partir rapidement.J'ai traversé la petite ville et ensuite j'ai rencontré une personne qui m'avait déjà aidé lors de mon passage. Elle me pria de la suivre dans une boucherie où discrètement, elle m'acheta un large steak. Après l'avoir remerciée, je parti à la recherche d'une personne qui accepterait de cuire ma viande. Une vieille dame accepta volontiers. Je fis un bon repas. Je suis reparti toujours à pied. J'ai rencontré un homme en bicyclette qui s'est adressé à moi. Il m'a dirigé vers une ferme sûre. J'avais peur d'être dénoncé et arrêté.C'était le 22 février. Quelqu'un qui parlait anglais vint pour me rencontrer. J'ai expliqué à cette personne que je n'avais plus de carte d'identité. Elle m'a répondu qu'elle allait faire en sorte que j'en ai une rapidement. A partir du 23 février, je suis resté dans les parages ayant dormi caché dans une ferme. Je suis reparti ensuite vers Saint Brieuc avec ma nouvelle carte. Je me suis caché ensuite dans les parages de l'aérodrome. De ma cachette, je voyais les activités de l’aviation allemande. Il y avait une grande animation. Le 24 février, je suivi la route que m'avaient indiqué des ouvriers Français pour entrer dans cet espace. Je prenais des risques et j'en étais conscient mais je voulais voir si je pouvais atteindre un chasseur et ainsi m'envoler vers la liberté. La nuit suivante, je profitais d'un épais brouillard pour m'introduire à l'intérieur d'un hangar que j'avais repéré. Je savais le premier hangar vide, mais le deuxième avait des avions à l'intérieur. J'y allais prudemment quand soudain, j'entendis des pas. C'était deux sentinelles qui faisaient leur ronde autour du taxiway. Je suis rentré dans ce second hangar par la porte arrière qui était ouverte. Je me suis dirigé dans la pénombre vers un Focke Wulff. Je grimpait dans le cockpit et m'y assaillait pour étudier le tableau de bord, bénéficiant de la faible lueur d'un réverbère extérieur. Je suis resté ainsi une heure, me posant mille questions. J'ai compris que ce projet n'était pas viable et que je n'étais pas capable de m'envoler à bord de cet avion que je ne connaissais pas. Je descendis de ce cockpit pour rejoindre la porte de sortie. Je décidais de m'évader vers le sud en recherchant un réseau d'évasion qui me conduirait vers l'Espagne.

Pommerit le Vicomte. Le 16 février 1943. Parachutage du Sergent Américain Henry Jones. Témoignage de Madame QUILGARS Anna.

Je n'étais pas chez moi cette matinée là, le jour où l'aviateur américain atterri dans un arbre au bout du champ, en face de notre village de Ker Sentro, village limitrophe de saint Gilles les Bois. J'avais 22 ans. Il était un peu plus de midi, je marchais dans le chemin qui mène à notre maison. J'ai aperçu au loin, dans la cour beaucoup de monde. Je ne savais rien de ce qui était arrivé. Je suis devenue soudain très inquiète, et pour savoir ce qu'il en était, j'ai accéléré le pas. La majorité des gens étaient dans la cour de la famille Boizard, nos proches voisins, mais aussi devant chez nous. Je dois dire que les portes de nos deux maisons étaient côte à côte. Les premières personnes rencontrées m'apprirent cette nouvelle. J'étais très inquiète car je savais les allemands proches. Ils occupaient tout le territoire et au bourg chez nous ils étaient nombreux. Il y avait là une soixantaine de personnes et si l'occupant arrivait, ce serait un drame. Malgré les incitations de certains, le groupe ne partait pas, sauf quelques uns qui commençaient à comprendre ce qui pouvait arriver. Tout se passait très vite. Puis, prenant conscience, tous, se retirèrent rapidement. Debout dans la maison Boizard, je vis cet américain, jeune, grand, mince, rouquin à qui ont mis un pantalon bien trop court et des chaussures qui ne semblaient pas lui aller. On le fit partir très rapidement ainsi habillé. Ses affaires furent cachées dans la ferme. Rentrés chez nous, on entendit les allemands arriver environ cinq minutes après. Il était temps pensions nous. Les soldats étaient très en colère. Leurs visages étaient tendus. Ils fouillèrent partout y compris chez mes parents. Sans ménagement, ils ouvrirent toutes les portes, tous les placards, tous les endroits possibles, du sol au grenier. Nous étions terrorisés. Ils repartirent dans leur voitures. Nous pensions à ceux qu'ils allaient ainsi perquisitionner. Nous étions bien tristes. Nos deux voisins Jeanne et François furent arrêtés les jours suivants, puis déportés en Allemagne ainsi que Monsieur Le Corre du village d’à côté. Il y eut aussi le jeune Pérennes de Goasmap. Aucun ne revint. Ce drame est resté encré dans ma mémoire. Je ne peux oublier. Cela me rend triste. Mes parents disaient souvent que nous aussi, nous l'avions échappé belle. Une chose que je puisse vous dire aussi, c'est que beaucoup racontaient par la suite, que lorsque le parachutiste approchait du sol, poussé par le vent, plusieurs personnes le suivait en courant, venant d'un peu partout. Je me rappelle aussi que longtemps après ce triste événement, les allemands revinrent à Ker Sentro. Nous avions noté qu'ils étaient cette fois ci d'un grand calme pas comme au moment des faits. On ne sut jamais ce qu'ils étaient venus faire.

Vous me demandez si je sais où était tombé cet avion. Jamais je n'ai entendu parler d'avion qui s'était écrasé dans notre pays. Après ce que je viens de vous dire, s'il y en avait eu un, nous en aurions entendu parler.

Témoignage recueilli le 9 décembre 2013

 

Le sergent Jones attérri dans les arbres de la haie sur la droite près de Ker Sentro

Le lendemain, j'ai marché longtemps. Rapidement je suis arrivé dans une ferme à l'est de Collinée. Le fermier qui m'accueillit me dirigea aussitôt vers une autre maison plus sûre. J'ai remarqué au cours de mon périple que si j'arrivais chez des fermiers pauvres, ils me dirigeaient aussitôt vers des fermiers plus aisés. C'était compréhensible. Dans cette seconde maison j'ai été questionné longuement pour être à nouveau redirigé vers une autre maison où un des habitants parlait anglais. Celui ci conversa pendant trois heures avec moi s'aidant parfois de son dictionnaire. Il me dit qu'il voulait s'assurer que je n'étais pas un soldat allemand, nous étions le 25 février. Je dormi en ce lieu. Le matin je me suis dirigé vers Merdrignac. Avant d'atteindre cette ville, j'ai rencontré une dame qui me proposa de m'accompagner. Elle voulait m'aider. Entrés en ville, nous avions ouvert la porte d'un café où elle m'offrit un verre de cidre. Nous repartîmes ensembles vers un hôtel qu'elle m'indiqua. Je lui remis le paquet qu'elle m'avait confié auparavant. Je ne savais pas ce qu'il contenait. Elle s'en alla, mais ne trouvant pas la situation claire, je décidais de repartir aussitôt vers Rennes. A l'approche de cette ville, je rencontrais un homme et un garçon qui entassaient du bois sur le bord d'une route. Je passais la nuit suivante dans leur ferme. Je reparti de bonne heure le lendemain matin. Entré en ville, je pus acheter une paire de chaussures à ma taille pour 300 francs puis me faire couper les cheveux et la barbe. Nous avions tous de l'argent français dans nos kit d'évasion. Je me rendis à la gare. Après une queue de quelques minutes, je pus acheter un ticket de couloir pour le prochain Paris Express. Je dis ''Le Mans'' en présentant un billet de 100 francs. Munis de ce billet je n’eus aucune difficulté à rejoindre cette ville. Mon idée était de rejoindre à pied la ligne de démarcation et ainsi trouver un chemin d'évasion. Il faisait sombre, vers les 18 heures quand je partis vers le sud est du Mans. Le terrain était sablonneux, la campagne semblait pauvre dans la lueur d'un rayon de lune. Je me suis dirigé vers deux fermes où dans l'une j'ai demandé à dormir. On m'a répondu sèchement que l'on ne pouvait pas me prendre. J'ai donc continué et pendant la nuit j'étais affamé car je n'avais pas mangé depuis longtemps. Je me suis arrêté de nouveau dans une ferme où j'ai dis que j'étais américain et que je cherchais de la nourriture et que je pouvais payer. Après bien des questionnements, j'ai été autorisé à dormir en ce lieu après que l'on m’aie nourri. Le lendemain matin, 27 février, un résistant m'a remis à nouveau une fausse carte d'identité et l'on m'a dirigé vers la ligne. Ma fausse carte d'identité avait été faite rapidement, j'avais la consigne de ne l'utiliser qu'en cas d'ultime besoin. La photo, je l'avais sur moi depuis que j'étais arrivé en Angleterre. Je la conservais dans un petit porte feuille. On me conseilla de prendre le train de nouveau, ce que je fis. Une personne me demanda si je n'étais pas un civil allemand. Je répondis discrètement que j'étais américain. Quelques temps après dans le wagon, un gendarme vint vers moi. Il s'approcha et demanda à voir ma carte d'identité. Je dis au gendarme que celle que j'avais était fausse et qui j'étais. Il partit pour revenir quelques minutes plus tard. Je n'étais pas sûr de lui. Il me tendit un papier écrit en Anglais où il me disait de le suivre à distance lorsque l'on arriverait en gare. Arrivé à destination, je demandais au gendarme si la personne qui avait écrit le papier voulait bien m'accompagner. Il consentit. Il me questionna et me demanda de rester dans un endroit pour un moment. On me fis signe et je fus dirigé dans une pièce que l'on ferma à clé, ceci dans l'attente que l'on vienne me chercher. Entre temps dans cette salle, deux gendarmes m’interrogèrent longuement pour savoir si j'étais bien américain. Ils me firent des excuses. Il me dire que je leur avait bien révélé ma route déjà parcourue et que maintenant ils allaient m'aider.

Le 28 février 1943, après avoir passé la nuit dans cet endroit, j'ai pu franchir la ligne de démarcation en train, accompagné par un passeur. Le 1er mars 1943, je me suis rendu à pied à Loches où je suis arrivé de bonne heure et la depuis la gare, j'ai pu prendre un train pour Châteauroux à 6 heures 45. Je suis arrivé dans cette ville à 9 heures. J'étais très prudent à ne pas attirer l'attention sur moi. J'ai contourné la ville à pied pour faire une pause à 11 heures 45. Ne trouvant pas d'issue, je suis revenu à la gare et ai pris un train pour Toulouse. Dans le wagon, 20 kilomètres avant cette ville j'ai eu un contrôle. Ma carte d'identité n'a posé aucun problème. Je suis arrivé à Toulouse à 18 heures 30. Je suis aussitôt parti plein est à pied. J'ai parcouru ainsi 20 kilomètres en pleine nuit. Je longeais les chemins. J'ai ensuite dormi dans une meule de foin et le matin suivant, suis parti pour Saint Gaudens. J'y ai rencontré des gens aimables qui m'ont hébergé pour la nuit et m'ont nourri. Le jour suivant j'ai rejoins Boussens. Une personne de rencontre m'a donné 3 jours de nourriture dans un sac. Le lendemain, j'ai décidé de rejoindre le sud et arriver au pied des montagnes. J'ai traversé une grande vallée au cours de la journée. Après m'être reposé, je suis parti sur un chemin qui rejoignait la montagne. Je me suis retrouvé de nouveau dans une vallée. Après une longue marche, j'ai rejoins un village d'une quinzaine de maisons. Ce village était complètement désert. J'ai compris que c'était des abris de bergers. C'était le 5 mars. J'ai décidé de passer la nuit à cet endroit. Tard dans la matinée, j'ai rencontré un berger qui m'avait appelé de loin. Il me dit que j'étais encore en France. Il me conseilla de me diriger vers l'est et de rejoindre Saint Girons où je n'aurai pas de difficulté à trouver un passeur. Avant la nuit, je suis monté dans la montagne où j'ai rencontré un fermier. C'était le 6 mars. Il m'a donné la direction à prendre pour traverser la frontière le lendemain. J'ai dormi toute la nuit dans une cabane. Au matin, j'ai rejoins une ville au fond d'une vallée, ville que je du contourner par sécurité car le fermier m'avait dit qu'il y avait un casernement allemand. Une personne m'a conseillé de passer à l'est où je trouverai un sentier pédestre que je devrais suivre. C'était une ancienne voie de chemin de fer qui avant traversait la montagne. Aux environs de 11 heures, je suis arrivé sur un sol enneigé où j'ai du lutter pour progresser. J'avais mal aux genoux. A bout, ne pouvant aller plus loin, j'ai du rebrousser chemin sur 4 kilomètres. A 14 heures j'ai recherché un abri car j'étais très fatigué. J'ai trouvé une petite grotte sous un rocher surplombant qui me protégerait de la neige qui commençais à tomber. Le jour suivant, je repartis, cherchant toujours à traverser la montagne. Vers 14 heures j'ai aperçu une maison vers laquelle je me suis dirigé. Les habitants vinrent en courant pour me saluer. Ils me donnèrent des vêtements pour me changer, à boire et à manger. Ils me couchèrent dans un bon lit, bien au chaud. Cela me changeait.

Le lendemain après midi 8 mars 1943, j'atteignis le village de Montgarri où je passais 3 nuits dans une maison. Le 11 mars j'ai été dirigé vers la police civile Espagnole qui me dirigea vers Sort. Dans cette localité, j'ai passé 4 heures en prison pour ensuite être conduit dans un hôtel d'hébergement provisoire, toujours dans cette ville. Un homme appela le consulat américain pour moi. Après avoir passé 6 jours à Sort, le 17 mars 1943 je rejoignis L'Hérida que je quittais le 29 mars pour rejoindre Alhama d'Aragon. Je pris ensuite la route de Madrid. De cette ville, je pris le train pour Gibraltar fin de mon long périple que j'atteignis le 21 avril. Le 24 je rejoignais Londres à bord d'un avion anglais.

 

Biographie écrite en décembre 2013. Jean Michel MARTIN - Daniel DAHIOT. Association Bretonne du Souvenir Aérien 39-45.

Remerciements, à Monsieur Plante, Maire de Saint Gilles les Bois pour son aide et son accueil. Merci à Madame Motel, fille de Monsieur Auguste Le Corre. Décédé en déportation, à Monsieur Le Graet pour son accueil à Kerprigent en Saint Gilles les Bois. Merci à Madame Quilgars Anna de Pommerit le Vicomte pour son accueil et son témoignage. Merci à Monsieur Serge Tilly pour son aimable autorisation de publier les photos et données du site internet du CERP (Comité pour l'étude de la Résistance Populaire dans les Côtes du Nord). Merci à Frank Lebars.

Sources : Missing air crew report No 15471. La Bretagne dans la bataille de l'Atlantique de Roger Huguen. CERP: Comité pour l'étude de la Résistance Populaire dans les Côtes du Nord. Serge Tilly.

Dossier DPMO, Josh Fennell, Sgt. Harvey J. Jr. Ross.

B-17 Master Log - Dave Osbourne

Profil en couleur du B-17 - Jean Marie Guillou

Le 16 février 1943, bombardement sur la base sous-marine de Saint-Nazaire

Saint Gilles Les Bois, (Côtes d'Armor).

B-17 40-BO - #42-5175

Codé GY-?

306th BG/367th BS

En mer, Presqu'île de Crozon, (Finistère).

B-17F-25-BO - "Spook" - #41-24541

Codé VK-B

303rd BG / 358th BS

32 km au nord de Bréhat, (Côtes d'Armor).

B-17F-5-DL - "Schack Hack" - #42-2967

Codé PU-G

303rd BG / 360th BS

Molac "Le Favre", (Morbihan).

B-17F-30-BO - "The Hun Hunter" - #42-5058

Codé WF-H

305th BG / 364th BS

Guillac "La Ville Dan", (Morbihan).

B-17F-5- VE - #42-5717

Codé RD-F

306th BG / 423th BS

Pleucadeuc "Etang de Gourvana", (Morbihan).

B-17F-27-BO - "Boomerang" - #41-24611

Codé JJ-W

305th BG / 422th BS