Témoignage du Sergent mitrailleur, Thomas Simon McInerney

 

A droite de cette photo le Sergent McInerney en compagnie du Lieutenant Digges et du Maire de Médréac lors d'une cérémonie commémorative en 1996

 

Témoignage du Sergent mitrailleur, Thomas Simon McInerney. Ce témoignage à été réalisé en 1995 suite à une demande formulée par Madame Digges épouse de Tom Digges le pilote du B-24 Liberator tombé à Lanrelas, le 8 juin 1944, le sergent relate son évasion et sa capture. Dans ses premières lignes le sergent relate le retour de la mission du 7 juin 1944 au dessus des Côtes Normandes. Il y avait des chasseurs tout autour de nous, je m'aperçut qu'un Focke-Wulf (avion de chasse Allemand) nous avait suivi au dessus de la Manche, sur la route du retour vers notre base. Nos P-47 d'accompagnement s'en aperçurent et se mirent à tournoyer autour de lui. Il fut encerclé. Tous ces avions se ressemblaient et avaient un peu la même silhouette. On entendit des tirs. Les balles traçantes parcouraient le ciel, mais on ne vit pas la suite car notre base était en vue. Je fus très heureux de poser mon sac à terre. Après un court sommeil, on nous appela pour un nouveau briefing dans la fin de nuit. On nous désigna notre cible, un pont de Nantes. Notre officier de renseignements était originaire comme moi de Jackson, dans le Michigan. Avant la guerre il était chargé des informations à la radio WIBM. Il nous dit : ''dans le secteur que vous devez bombarder aujourd'hui vous allez rencontrer des chasseurs mais pas de DCA (Défense contre avions). Il s'avérera que ce fut tout le contraire arrivé sur Nantes puisque la DCA touchera le bombardier au Nez, à la queue, et le milieu de la carlingue, les moteurs 1, 3 et 4, il y avait des obus tout autour de nous mais pas un seul chasseur ne fut aperçu sur la cible. Au cours du briefing, il dit que les Français étaient proches des Allemands alors si vous arrivez au sol, ne les croyez pas. Quand cela nous arriva quelques heures plus tard nous avons tous pensé à ce qu'il nous avait dit et nous étions tristes. Après le briefing, nous n'avions pas le temps d'aller au mess, alors juste avant de décoller on nous donna des sandwiches et des canettes de jus de fruits sur la piste d'envol. J'ai rêvé de ces sandwiches maintes fois durant mon année de faim. Il ont du brûler avec mon colt 45 dans la carlingue du ''Shady Lady'' car je ne les ai jamais revus après le décollage.

 

Lanrelas en 1994, le sergent Cavestry retrouve la relique du Colt 45 du Sergent McInerney

 

Nous décollâmes et montâmes en altitude et traversâmes la couche nuageuse à 12000, 13000 pieds (3600 m, 3900 m). Nous cherchions les appareils de notre groupe mais pas un ne fut trouvé. Comme nous ne voulions pas annuler notre mission, on continua à les chercher. Nous avons alors rejoint un autre groupe et arrivâmes sur notre objectif : un pont de Nantes. Nous fîmes peu de mal à ce pont car nos bombes ne le touchèrent pas. En arrivant sur l'objectif la DCA était si dense que l'on avait l'impression de marcher dessus. Nous avions à bord des paquets de ''Chaff'' (rubans métalliques antiradar) qui, une fois lancés, se divisaient en centaines de pièces, comme des stalactites d'arbres de Noël pour simuler des avions sur les radars Allemands, apparemment les artilleurs allemands ne croyaient pas en Noël..... Nous fûmes touchés. Cela résonna comme du gravier de route sur un toit galvanisé et nous fûmes tous secoués sur place. ''Touché, touché cria Smitty (Homer Lee Smith) avec angoisse dans l'interphone. Comme on le sut plus tard 5 d’entre nous furent blessés. Smitty était blessé dans le cou et à une épaule, il s'écoula plusieurs semaines avant que l'on lui trouve un traitement médical approprié. A bord de notre bombardier, il y avait de la cacophonie, le pilote Tom Digges appelait tout le monde pour confirmation des dommages. Nous perdions de l'altitude et Tom Digges nous dit de mettre nos parachutes juste au cas ou nous devrions quitter l'avion. J'avais sur moi mon colt 45 que j'avais oublié de rendre avant le décollage. Je le déposai prés de ma mitrailleuse calibre 50 et ensuite je vérifiai si ma mae west était bien positionnée sur moi. (Mae west, voir fin de récit) ensuite je mis mon parachute Ventral.

Digges appuya sur l'interphone et dit ''je ne peux pas maintenir ce fils de P.T.T.E en vol''. Sur ce, je me rendis à la tourelle de queue et dis à Jack Allen de mettre son parachute et de me laisser sa place. Jack avait été désigné pour venir remplacer à la dernière minute Harold Moe qui était hospitalisé pour pneumonie. Après m'avoir serré la main, il se rendit vers la trappe arrière où une caméra était installée. Ensuite je vins aider Cavestri à sortir de la tourelle ventrale. La tourelle ventrale était bloquée électriquement mais on pouvait la manœuvrer manuellement sans aucun problème. Tony me dit qu'il se dirigeait vers l'avant pour aider à larguer les bombes une par une aidé de King (Kester King) notre bombardier. C'est alors que je me rendis compte que ma jambe droite avait été touchée par un éclat d'obus. Le sang coulait au travers de mon vêtement au dessus du tibia je plaçais une compresse sur la plaie, puis retournai vers l’arrière pour récupérer ma trousse de secours et mon équipement. J'en profitais pour enlever mes bottes de vol et mettait mes chaussures de l'armée. Avant de quitter l'avion, je faisait mon signe de croix et sautai par la trappe arrière. Allen venait juste de me précéder. Je devais compter jusqu'à dix, mais je dus cesser le décompte car j'entendis des coups de feu tirés du sol. Je crois que j'étais à 1200-1400 pieds ( environ 3900 mètres). Je tirai aussitôt la poignée de mon parachute mais comme mon bras était en extension maximale ma main s'ouvrit en grand et la poignée tomba. J'eus des regrets car je souhaitais la garder avec moi en souvenir. Quand le parachute s'ouvrit, mes sangles d'entrejambes remontèrent tout mon organisme vers le haut. Je le ressenti même au niveau de ma thyroïde. Je me balançais longuement environ quatre fois pour atterrir dans un champ de céréales, juste au pied d'un arbre fruitier. Aussitôt je ramassais mes suspentes et mon parachute, enlevai mon gilet de sauvetage pour cacher le tout dans un endroit discret prés de cet arbre. Je pris des grains pour cacher l'endroit de ma chute et remis droit les tiges pour effacer mon passage dans ce champ. Ce fut alors que j'entendis le fermier crier ''allons, allons beaucoup d'Allemands par ici''. Ce fermier me fit signe fébrilement. Je marchai environ 30 mètres en me dépêchant de rejoindre cette ferme. Tandis que je me dépêchais dans le chemin, un garçon âgé d'environ 5, 6 ans me tendis mon casque qui était tombé dans le sillage de notre avion. C'était pour moi un réconfort d'arriver dans cette ferme, je rendis le casque à cet enfant en lui disant de la garder pour lui en souvenir mais en prenant soin de le cacher immédiatement. Je demandais à retirer immédiatement mon uniforme. Il était 9 heures 15 soit 15 minutes de saut. On me donna une crêpe dans une main et un verre de cidre dans l'autre. Boisson que je découvrais. Tout alla très vite. A peine changé et habillé dans les vêtements de cet agriculteur et assis à sa table, un bonnet bleu marine enfoncé sur la tête, surgit un allemand essoufflé qui demanda ''parachutiste'' baissant la tête je répondit ''non parachutiste''.

 

Sur le lieu du crash à La Bodinais en Lanrelas

 

Il claqua la porte en sortant et dit merci beaucoup. Le fermier me dit n'ayez pas de contacts ou vous serez probablement dénoncé. Aussitôt je décidais de quitter les lieux, car c'était risqué pour ce fermier et sa famille. Je démarrais mon évasion en prenant sur ma boussole la direction du nord. Une heure après être parti, je rencontrai un homme d'environ 18 ans. Ses yeux et sa tête me dirent qu'il savait que je n'étais pas du coin. Il ne me fit pas d'approche amicale. Rien de plus, même pas un salut de la tête et je continuai à marcher sur le long chemin du nord. J'avais le sentiment que ses yeux me suivaient jusqu'à ce que je ne sois plus visible. Je me posais des questions à son sujet. Pourquoi n'était il pas en uniforme à son âge ? Ce n'était pas lui qui m'aurait orienté vers un maquis. Je continuais à marcher et arrivais dans un carrefour avec des panneaux routiers. Je me rendis compte que j'étais perdu. Après avoir marché quelques kilomètres de plus je sorti mon kit d'évasion.

 

Un kit d'évasion

 

Je fis une pose et en profitait pour manger quelques sucres. Je retrouvais deux compas (boussoles) dans ce kit. Je me senti rassuré car j'étais bien en direction du nord. Après avoir marché longuement, j'arrivais dans un village avec une grande place en herbe, entourée de plusieurs maisons, mais pas d'église ni de boutique. Au bout de la place un robinet avec un tuyau pour arroser. Je l'ouvris et bût pour étancher ma soif. Il n'y avait personne autour de moi. Je continuais mon chemin dans ce village, quand je vis trois personnes qui conversaient avec d'autres par une fenêtre. Au passage j'inclinais ma tête et dit ''bonjour''. Ils inclinèrent la tête et me dirent ''bonjour'' mais sans entamer de conversation. Je continuais toujours ma route vers le nord pensant rejoindre nos lignes. Un peu plus tard, je continuais à marcher et atteignis un autre village, plus important et plus animé. Je fus attiré vers ce qui me semblait être un pub ou un bar. Je l'avais vu de loin et mon estomac Irlandais fit du bruit. La salive me vint aux lèvres. Quel enfer ! J'avais des francs dans ma trousse d'évasion et des dollars ainsi que des livres sterling dans mon portefeuille. Je m’apprêtais à traverser la rue, quand surgit un side car qui se gara devant ce bar. Je pus apercevoir de dos un officier Allemand dont les bottes étaient bien cirées. Je m'éloignais rapidement. La nuit commença à tomber. Je pensais que les allemands avaient instauré un couvre feu. Tandis que je longeait un mur long et incurvé, je vis trois jeunes hommes blonds, sanglés dans des uniformes noirs aussi fiers que des paons, qui occupaient tout le trottoir. J'ai pensé ''ça y est, je suis pris''. Au dernier moment le plus proche du bord s'écarta pour me laisser passer sans me toucher. Il commença à tomber des gouttes quand je finis de traverser le village. Il faisait de plus en plus noir, la nuit de plus en plus épaisse. Je m’arrêtais à une ferme mais le fermier ne sembla pas comprendre que je cherchait un abri. Il me dit de continuer. Je marchais jusqu'à un bois de sapins très dense et me mis à dormir dans ma fine couverture sous la protection de mon ange gardien. Je fus réveillé durant la nuit quand la pluie trouva un trou dans ma couverture et atteint ma peau. Je dormis malgré tout jusqu'à l'aube mouillé et transi. Comme cette aube se montra très grise, humide et brumeuse, je repartis mais pas directement vers la route pour ne pas être vu. Je marchais en longeant les champs humides sur plusieurs kilomètres. Après une grande courbe je fini par rejoindre mon chemin, toujours vers le nord. Le soleil était apparu et ses chauds rayons séchaient mes vêtements, je me disais qu'il y avait sûrement un dieu au paradis pour recevoir une aide si précieuse à ce moment. J'avais sur moi mon dizenier (objet de prières). J'entreprit ces prières après un pater noster et ensuite je rejoignis la route. Ce dizenier venait de la chapelle des Petites sœurs de Sainte Thérèse et me fut donné par ma Mère Mary Doherty McInerney qui avait la foi et croyait dans son vieux pays l'Irlande. Cette foi était au fond d'elle dans les battements de son cœur. Pour utiliser cet anneau de prières on la place sur l'un de ses indexes et on le fait tourner cran par cran avec un ave pour chaque cran. Le onzième était une médaille de l'Immaculée Conception et le suivant l'image de Sainte Thérèse d'un côté et d'une rose de l'autre. Comme le soleil se levait, une rage de dent me prit. Une molaire me faisait souffrir depuis plusieurs jours. Hélas pas moyen de se soigner dans cette campagne. Je marchais depuis longtemps et mes pieds me faisaient aussi souffrir. J'avais plusieurs ampoules. Malgré cela je continuais à prier. Cela m'aidais beaucoup. Le jour s'installa et je traversais un village avec de belles maisons. Je pris une rue bordée de maison à étages. Comme j'avançais, j’aperçus sur plusieurs portes des soldats Allemands. Il ne firent pas attention à moi car ils étaient avec des filles du coin. Après avoir traversé plusieurs quartiers, j'ai vu que j'étais prés d'un aérodrome. Je voyais son entrée un peu plus loin. Je compris que je ne pouvais faire demi tour sans attirer l'attention. Je continuai donc. La sentinelle leva son fusil pour me barrer la route et balbutia en Français. En retour je fis de même. Il resta perplexe. Baissant les épaules je pris un air stupide en lui disant ''je travaille'' et je fis demi tour me frayant un passage entre la douzaine d'allemands qui étaient dans cette rue. Je repris rapidement la rue principale pour m'éloigner de ce lieu.

 

Tom Digges et Anthony Cavestri

 

 

Harnais de parachute récupéré le 8 juin 1944

 

Je souffrais en plus de démangeaisons au niveau de l'aine. J'avais sur moi des sachets de lait malté qui me donnèrent de l'énergie. Dans cette zone d'invasion, j'avais espoir de trouver quelqu'un qui m'apporterais son aide malgré tout. J'entreprit une longue route et arrivai à l'approche d'une grande ville ou je souhaitais me cacher pour faire une pose car la fatigue me gagnait. Comme il arrive souvent, ce fut une ville comme tant d'autres. Les panneaux routiers indiquaient Dinard, Saint Malo, Mont Saint Michel et Dinan ville d’où je venais. Il me semblait que les allemands avaient de nombreux points de contrôle. Je fis marche arrière discrètement plusieurs fois pour les éviter. Ensuite je me suis dirigé vers une petite baie ou un groupe de soldats posaient des mines. Je fus rassuré car ils étaient bien occupés. Je ne pouvais m'éloigner de la route. Il y avait un point de contrôle juste devant moi. Je ne l'avais pas prévu. Il semblait vide de ses gardes, je ne pouvais me dérober. A 15 mètres devant moi il y avait une vieille femme. Quand elle arriva à ce barrage, deux soldats sortirent en courant du poste de garde et criaient ''halt ! halt !. Ils lui demandèrent ce qu'elle avait dans son panier et vérifièrent ses papiers. Ils me firent signe d'approcher . ''Papier bitter''. Je tremblais. ''Où sont vos papiers ? Je les ai perdus il y a deux semaines. Leur dis je. L'un d'eux se tourna vers son supérieur et j'entendis ''Ober feldwebel puis d'autres mots en Allemand que je ne comprenais pas. Ce dernier se mit derrière moi et me cria ''marche !''. Nous nous dirigeâmes vers la baie d’où je venais et la je fus présenté à un gradé. Il me posa quelques questions que ne compris pas. Un des soldats vit ma chaîne autour du cou et sorti ma médaille de Saint Christophe et ma plaque d'identité. Ah ! Pour vous la guerre est terminée en plantant un doigt dans ma poitrine, je dis que j'étais un aviateur Américain et que je voulais être traité suivant la Convention de Genève. Il me planta son pistolet profondément dans mon estomac et s'il n'y avais pas eu de témoin il aurait appuyé sur la détente. Ils m’emmenèrent à pied, via la ville, vers une batterie d'artillerie,cachée sous les arbres d'un parc. La plupart des habitants de la ville sur mon passage faisaient le V de la victoire avec leurs doigts, des clins d’œil et d'autres signes amicaux avec la main. Mais d'autres me crachèrent dessus et se moquèrent de moi tandis que nous descendions la rue avant d'arriver au parc. On me présenta à un lieutenant. Je m'étais juré de ne pas faire voir ma peur, ils me fouillèrent sévèrement, mon nécessaire d'évasion déclencha un délire tout comme les photos de mon amie. Ma montre bracelet bien que commune aux USA, les étonna. Ce genre de montre n'était pas encore en vente en Europe. Pendant au moins une heure j'ai été traité comme une curiosité. Un jeune soldat me tendis un morceau de sa ration de nourriture et me dit ''essen !'' (mange !) il me donna aussi une carotte. Je le remerciai en anglais. Plus d'une heure après je fus transféré en voiture, gardé par 3 soldats armés d'une mitraillette.

 

Tom Digges

 

J'étais à l’arrière entre deux soldats. Ils me conduisirent vers un aérodrome (Pleurtuit ?) où je subis un interrogatoire musclé. Je fus déshabillé entièrement, puis ils me rendirent mon caleçon. Pour eux j'étais un espion et en tant que tel, je pouvais être fusillé à leur bon vouloir. C'était une situation très pénible. Dans ce qu'ils me disaient ils y avait des vérités. Je me dis que s'il fallait mourir, ce serait mon choix et qu'en aucun cas je ne ramperais à leurs pieds. Je leur dis mon nom, mon rang et mon matricule. Cela suffisait pour l’application de la Convention de Genève. Ayant besoin d'aller aux toilettes, il me conduisirent à l'extérieur pieds nus, marchant sur des roches pointues surtout que mes pieds avaient déjà soufferts lors de mon périple. Ce fut un déplacement de grande misère. Comme je revenais, ils fouillaient mes vêtements. Chaque couture était ouverte, même mes chaussures qui virent leurs semelles ouvertes. Ils me rendirent mes fringues tel que et me sortirent à l'extérieur où un camion m'attendait. Mes mains furent liées dans le dos par du fil électrique. Ils me firent asseoir sur un plateau face à la route et m’attachèrent par les poignets à la ridelle du camion. Chaque bosse de la route me tordait les bras et les épaules. Pendant plusieurs heures nous roulâmes ainsi. La pluie se mit à tomber et ce, durant toute la nuit. Comme j'étais complètement trempé, ils mirent une bâche sur moi. Quelques temps après le camion s’arrêta et ils aidèrent quelqu'un à monter dedans. Il fut protégé de cette pluie par une bâche immédiatement. Un trou dans la route me fit un traumatisme à un bras, je hurlais de douleur tellement il me faisait mal. Quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître celui que l'on avait mis au fond du camion. Tony c'est toi ?. Je suis Homer Lee Smith. Ces retrouvailles furent un moment heureux. Enfin je n'était plus seul. Nous pouvions discrètement converser. Le camion roula jusqu'à minuit sous une pluie battante et enfin s’arrêta à un avant poste. Ils firent descendre Smitty. Puis ce fut mon tour. Tous rentrèrent avec Smitty sauf un qui me gardait. Il me détachât de la ridelle mais pas mes poignets. Je ne sais comment je suis arrivé au sol. J'ai eus le malheur de faire un sourire à mon gardien quand il m'envoya un coup de crosse de fusil au visage, me blessant le nez. Dieu qu'il me fit mal mais je ne voulais pas lui donner satisfaction de tomber à ses pieds. Ensuite quand ses camarades me demandèrent ce qu'il m'étais arrivé, il répondit lui même que j'étais tombé en sautant. Ils m'ont mis dans une pièce et ne m'ont pas enlevé mes liens. J'avais du mal à dormir ainsi ligoté. Un français est venu dans la nuit. Il parlait Anglais. Il était alcoolisé. Il m'a promis de revenir pour me libérer. Je ne l'ai jamais revenu. Le lendemain matin un officier Allemand parlant Anglais s'est approché de moi et me détacha. Je ne sentais plus mes bras. Ils restèrent engourdis pendant des semaines, 50 ans après j'ai toujours mal à mon épaule droite. Mon nez fut remis en place par un chirurgien en 1946 et la mâchoire quelques années plus tard.

Au matin Smitty et moi nous quittâmes la région dans deux camions différents. Nous nous sommes éloignés de la côte pour rejoindre par le sud la route qui nous menait à notre captivité. Chaque camion avait une mitrailleuse sur un trépied. Quand un avion se montrait, nous nous arrêtions et le servant de la mitrailleuse tirait à tout rompre. Je ne pouvait m'évader car les gardes étaient proches. Lors des attaques ils se cachaient dans les fossés en bordure de route. Je devait me joindre à eux. C'était dangereux mais amusant parfois quand un de leurs aviateurs se trompait et leur tirait dessus. Une fois ils crièrent. Je n'eus pas le temps de sauter hors du camion. Je vint me réfugier sous le poste de la mitrailleuse. Je croyais que j'étais touché par les tirs. A la fin de l'attaque, je sorti et je me rendis compte que j'avais été brûlé par les douilles brûlantes des obus tirés de ce camion. Nous sommes passés prés de la ville de Sablé d’où après une longue route je rejoignis mon camp de prisonniers en Allemagne.

Thomas S McInerney, le 3 décembre 1995.