PAULZE D'IVOY DE LA POYPE Roland

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Roland Paulze d'Ivoy de La Poype est né le 28 juillet 1920 au château de la Grange-Fort, sur la commune des Pradeaux, près d'Issoire (Puy-de-Dôme).

Les de La Poype descendent d'une très ancienne famille originaire du village de Trept, près de Crémieu, dans l'Isère. Le prénom de Roland lui a été donné en hommage à la mémoire d'un oncle tué en octobre 1916, à vingt-huit ans, par un éclat d'obus, au cours d'une reconnaissance dans la Somme.

Du côté maternel, Roland est issu d'une famille originaire du Finistère. Sa mère, Victoire Saint-Genys, est descendante des familles Bonamy et Mallassis, imprimeurs renommés à Brest et propriétaires du château de Kerhuon en Guipavas.

Son père, le comte Xavier de La Poype, ingénieur agronome et colonel de réserve sera tué à l'ennemi, au Catelet, au nord de l'Aisne, le 18 mai 1940, à cinquante-deux ans.

Un des ancêtres de Roland, qui avait été ambassadeur de France à Moscou, est descendant des frères de Montgolfier, inventeurs du ballon à air chaud, ou montgolfière. Emerveillé par les exploits des " As " de la Grande Guerre, admirateur des Mermoz et autres figures de l'Aéropostale, Roland de La Poype est attiré très tôt par l'aéronautique : " Lorsque l'on est jeune, on aime toujours débuter dans des métiers relativement nouveaux, et, plus ces métiers donnent l'impression d'être glorieux, plus l'impatience vous vient d'y participer le plus rapidement possible ".

De dix à douze ans, le jeune Roland est mis en pension chez le curé des Pradeaux, puis envoyé comme pensionnaire au lycée Montesquieu du Mans, chez les Jésuites qui ne garderont pas l'adolescent devenu turbulent.

Roland, après avoir difficilement obtenu l'accord de son père, profite de l'Aviation populaire pour réaliser son rêve. Il effectue ses premiers vols au-dessus du terrain des Hunaudières, près du Mans, sur Caudron Luciole. Son moniteur, nommé Deschamp, lui délivre son brevet de pilote en mai 1939. Conscient du danger que représente l'Allemagne, Roland entend se préparer à servir son pays. C'est ainsi qu'il se porte volontaire pour suivre une préparation militaire supérieure. Celle-ci, outre la perspective d'être incorporé en qualité d'officier, lui offre la possibilité de choisir son arme. Le 5 décembre 1939, l'étudiant Roland de La Poype s'engage dans l'armée de l'Air pour la durée de la guerre. Il souscrit son engagement au Bataillon de l'Air n° 131 du Mans. Affecté comme élève pilote à l'école élémentaire de pilotage d'Angers, il est nommé caporal et breveté pilote en février 1940. Il est promu caporal-chef le mois suivant. Le 15 mars 1940, au terme de sa formation, sorti troisième de la fameuse promotion " Z " (ainsi baptisée par le commandant de l'école en colère, un jour de février 1940, au lendemain d'un chahut mémorable dans les rues d'Angers), Roland se porte candidat pour l'Ecole de chasse d'Etampes. Il complète son instruction en pilotant des Morane 225 et 406 ainsi que des Dewoitine 500.

Alors qu'à l'aube du 10 mai 1940, les armées allemandes pénètrent en force le territoire national, le jeune Roland de La Poype n'a pas encore achevé sa formation de chasseur. Les jeunes pilotes obéissant aux ordres de repli se retirent d'abord sur Angers, puis sur La Rochelle pour quelques semaines, en pleine débâcle. Survient ensuite l'armistice. Roland décide de répondre à l'appel du général de Gaulle et de se rallier à lui, mais il reste à trouver un moyen de rejoindre l'Angleterre. Du terrain de La Rochelle, il tente d'" emprunter " un avion mais le brise sur les tranchées qui ont été creusées volontairement sur la piste par les services du ministère de l'Air de Pétain.

Le 24 juin 1940, Roland de La Poype parvient à embarquer à Saint-Jean-de-Luz, à bord d'un cargo polonais l' " Ettrick ", et arrive à Plymouth deux jours plus tard. Dès son arrivée sur le sol britannique, il s'engage dans les FAFL et est promu sergent le 1er août suivant. De septembre 1940 à janvier 1941, il va prendre part aux opérations que Churchill et le général de Gaulle mènent en Afrique-occidentale française dans l'espoir de gagner ces territoires à leur cause. Le 31 août 1940, il embarque à Liverpool à bord du paquebot hollandais " Pennland ", à destination de Dakar. Roland va combattre en tant que mitrailleur navigant au groupe de reconnaissance et de bombardement n° 1 (GRB 1). Il participe à l'expédition manquée de Dakar, sous les ordres du lieutenant Yves Ezanno, futur Inspecteur de l'aviation de chasse française.

Revenu en Angleterre, incorporé dans la RAF, il suit les cours de l'Operational Training Unit de Llandow, puis ceux de l'école de Seawell, et enfin de celle de Ternhill où, en compagnie notamment de Jacques Andrieux, il s'entraîne sur Spitfire. Il s'initie également au vol de nuit.

Au début de l'année 1942, il est affecté au 602 Squadron " City of Glasgow " basé à Kenley, au sud de Londres. Roland de La Poype est pendant six mois l'adjoint du chef de groupe, le Wing Commander Brendan Finucane dit " Paddy ", un Irlandais qui devait être tué le 15 juillet suivant, à moins de vingt-trois ans, avec déjà 30 victoires homologuées. Au sein du 602 Sq, Roland de La Poype multiplie les missions d'escorte de bombardiers à haute altitude, ainsi que des opérations de reconnaissance au ras de l'eau. Pendant cette période, il accomplit une soixantaine de missions, et se trouve confronté à la Luftwaffe. Le 22 août 1942, le Flight Lieutenant de La Poype inaugure son palmarès. En effet, ce jour-là, il obtient sa première victoire aérienne en abattant un Messerschmitt Bf 109 dans la région de Gravelines, dans le Nord.

Ce même mois d'août 1942, le 602 Sq reçoit la visite de l'amiral Jubelin qui vient inspecter les Français libres isolés dans les squadrons britanniques. Il demande à Roland de La Poype pourquoi il ne rejoint pas un groupe de chasse composé uniquement de pilotes français, et lui fait part du projet de formation d'une nouvelle unité destinée à combattre sur un théâtre d'opérations très lointain. C'est ainsi que Roland de La Poype se porte volontaire pour le futur " Normandie ", sans savoir que ce serait en Russie qu'il irait se battre quelques mois plus tard...

Promu aspirant, il quitte la Grande-Bretagne à la fin de l'été 1942. Il embarque à Greenock, en Ecosse, à bord du " Highland Princess ". Après un long périple par le Cameroun, le Tchad, l'Egypte, la Syrie et l'Iran, il touche le sol soviétique le 28 novembre 1942. Affecté à la 1ère escadrille " Rouen ", l'aspirant de La Poype se trouve très vite confronté à de nouvelles conditions de combat. Il est très difficile pour les pilotes français de naviguer et retrouver leurs terrains dans les immenses étendues enneigées du territoire soviétique. Par ailleurs, la technique même de la chasse est différente de celle pratiquée dans la RAF. Le 16 juin 1943, à la poursuite d'un Focke-Wulf Fw 189, il amorce un piqué qui en quarante secondes le fait brutalement passer de 4500 à 1000 mètres d'altitude. Ses tympans ne résistent pas à un tel choc et c'est le visage en sang qu'il atterrit quelques instants plus tard pour être aussitôt hospitalisé.

Le 31 août 1943, Roland de La Poype obtient enfin sa première victoire sur le front de l'Est (sa seconde homologuée), en détruisant un Junkers Ju 87 dans la région d'Iélnia.

En octobre, le sous-lieutenant de La Poype est nommé commandant en second de la 1ère escadrille. Il termine la première campagne de " Normandie " (mars-novembre 1943) avec 8 victoires sûres à son actif. Il est promu lieutenant en décembre 1943.

Durant la deuxième campagne (mai-novembre 1944), toujours prêt à combattre, il se distingue encore en obtenant 8 nouvelles victoires sûres. A deux reprises, le 14 et le 16 octobre, il abat deux appareils dans la même journée. Il clôt son palmarès le 26 octobre 1944, au détriment d'un Me 109.

Le 27 novembre 1944, le lieutenant Roland de La Poype est décoré de l'Ordre de Lénine avec Etoile d'Argent, et surtout, il reçoit ce même jour, le titre de " Héros de l'Union soviétique " (privilège rare pour un étranger). Cette plus haute distinction de l'Armée Rouge couronne l'ardeur, le talent et le courage que ce jeune homme de vingt-quatre ans témoigne dans sa lutte de tous les jours contre l'ennemi commun.

Le 9 décembre 1944, à Moscou, Roland de La Poype reçoit des mains du général de Gaulle la Croix de la Libération. A la mi-décembre, comme tous les plus anciens pilotes de " Normandie-Niémen ", Roland de La Poype quitte ses camarades de combat pour une permission qui lui permet, quatre ans après son départ, de retrouver le sol natal. De retour de permission, promu au grade de capitaine, il retrouve son unité à Bladiau, le 30 avril 1945.

Roland de La Poype, qui totalise 1200 heures de vol, termine la guerre en étant crédité de 18 victoires aériennes, dont 16 homologuées, ce qui le place parmi les meilleurs " As " français de la Seconde Guerre mondiale. Il a reçu 10 citations à l'ordre de l'Armée aérienne et 2 citations à l'ordre de l'Aviation de chasse.

Le 20 juin 1945 vers 18h30, à la tête de la 3ème escadrille, le capitaine de La Poype se pose avec son Yak 3 n° 21, sur la piste du Bourget, devant une foule considérable venue fêter le retour des glorieux pilotes de " Normandie-Niémen ".

Durant quelques mois, Roland de La Poype commande une escadrille au Bourget, avant d'être affecté en mars 1946, au 2ème bureau de l'état-major de l'armée de l'Air.

Roland de La Poype quitte l'armée de l'Air en 1947, en qualité de commandant de réserve. Rendu à la vie civile, il fonde sa propre entreprise d'emballage. Visionnaire et inventeur de génie, il développe une véritable industrie de l'emballage plastique, qui touche à tous les domaines, de l'agro-alimentaire au loisir. Sa carrière d'industriel est exceptionnelle. En 1952, il invente le berlingot de shampoing Dop pour le compte de L'Oréal. En 1968, il conçoit la Méhari, petite voiture de ville qui sera commercialisée par Citroën. De 1959 à 1971, Roland de La Poype est maire de la ville de Champigné, dans le Maine-et-Loire, commune d'où son père était originaire. Il y possède une ferme qu'il transforme en parcours de golf. Il est également le créateur, en 1970, du " Marineland ", le zoo marin d'Antibes, l'un des plus grands parcs aquatiques d'Europe. En 1999, il fait fabriquer un dirigeable elliptique en polyester et laine de verre, mais le hangar qui l'abrite s'effondre… Ses multiples activités ne l'éloignent cependant ni de l'aviation (il possède son propre appareil), ni de l'Union soviétique où, à la faveur de nombreux colloques ou aussi pour affaires, il se rend régulièrement.

Officiellement à la retraite en 1985 (retraite qu'il aurait pourtant bien mérité de prendre), il demeure en fait très actif et continu de s'occuper de ses diverses activités.

Le 23 juin 1995, dans la cour des Invalides, Roland de La Poype reçoit la distinction de grand officier de la Légion d'honneur, des mains de Jacques Chirac, président de la République française. Compagnon de la Libération (décret du 29/12/44), il est aussi titulaire de nombreuses décorations françaises et étrangères, dont la Croix de guerre 39-45, la Médaille de Héros de l'Union soviétique, l'Ordre du Drapeau Rouge, l'Ordre du Mérite pour la Patrie, l'Ordre de Lénine, la Médaille de la Victoire et la Croix de guerre tchécoslovaque.

La commune du Relecq-Kerhuon (Finistère), où Roland passait ses vacances étant enfant, lui a rendu hommage en donnant son nom à une place de la ville.

Le comte Roland de La Poype a été fait citoyen d'honneur de la région Auvergne.

En mai 2007, Roland de La Poype a publié ses mémoires dans un ouvrage intitulé " L'épopée du Normandie-Niémen ".

Par décret du président de la République française en date du 30 janvier 2008, Roland de la Poype a été élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur.

Roland Paulze d'Ivoy de La Poype est le dernier survivant du groupe des 14 premiers pilotes arrivés au " Normandie " dès sa création.

 

 

 

  

Médaille de Héros de l'Union SoviétiqueOrdre du Drapeau Rouge Ordre de Lénine Ordre de la Victoire

 

Grand croix de la Légion d'honneur

Officier de la Légion d'Honneur

Compagnon de la Libération

Croix de Guerre 39-45

Croix de Guerre Tchécoslovaque

Médaille de Héros de l'Union Soviétique

Médaille du Mérite de la Guerre pour la Patrie

Ordre du Drapeau Rouge

Ordre de Lénine

Ordre de la Victoire

Avec l'aimable autorisation de publication pour l'ABSA 39-45 - Biographie copyright Yves Donjon

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