Le 17 juin 1944

362nd Fighter Group - 379 Fighter Squadron

 

1st Lt. Frank Lawrence. Lee Jr

P-47D-20-RE. Codé B8-?. #43-25304

Maroué

1st Lt. Richard John Gordon

P-47D-22-RE. Codé B8-?. #42-26111

Landéhen

2nd Lt. William Ralph Fredenberg

P-47D-11-RE. Codé B8-X. #42-75593

Saint Aaron

HISTORIQUE des événements aériens survenus le samedi 17 juin 1944 dans la région de Lamballe, Côtes d'Armor.

Dossier évoquant la perte de trois avions Américains de type P.47 Thunderbolt en cours de matinée lors d'une mission de combat.

 

 

La Base de Headcorn, est située à 60 km au sud de Londres en Angleterre. La 9ème United States Army Air Forces vient d'arriver sur cet aérodrome le 1er juin 1944. Ce terrain (ALG Advance Landing Ground. Terrain d'aviation avancé) a été créé pour servir d'entraînement aux hommes du 9ème Génie US. C'est un aérodrome en ''Kit'' réalisé en peu de temps, environ trois jours (voir A.28 Pontorson). Les hommes du génie Américain vont devoir être efficace lorsque suite à l'assaut du D.DAY, ils devront réaliser ces pistes au plus proche des combats, de manière à favoriser l'appui tactique des forces au sol. A Headcorn, tout à été mis en place selon les plans prévus. Deux pistes se croisent pour former un X, une piste principale a une longueur de 4140 pieds (1200 mètres) et l'autre de 3600 Pieds (1 km). Le sol est fait d'herbe recouverte de treillage métallique. Certains endroits humides sont renforcés avec des plaques d'acier de type Marsden Matting bien connues car fabriquées à des millions d'exemplaires (souvent réutilisées après guerre) autour de ces pistes est installé le village de toiles ou logent, pilotes, mécaniciens, et tous les personnels affectés au bon fonctionnement de l'ensemble et à l'organisation des missions. Tout autour d'Headcorn, la logistique s'est établie tout au tour. Un dépôt de munitions, un stock de carburant, une tour de contrôle mobile sur camion, un dispensaire de campagne avec bloc chirurgical et bien sûr un bloc cuisine réfectoire important car l'on compte environ 400 militaires présents en permanence. Depuis le premier juin les missions s'intensifient. Dans la nuit du 5 au 6 les P.47 on décollé de ce terrain en nombre important pour assurer la sécurité des Dakota chargés de transporter et larguer les parachutistes américain de la 101ème et 82ème Airborne US envoyés en précurseurs du Jour J. Nous allons nous intéresser au 379ème Figther Squadron (escadron de combat) qui fait partie du 362ème groupe de chasse, commandé par le Colonel Morton Magoffin nommé à ce poste depuis le 17 avril 1944. Très tôt ce 17 juin les missions sont définies et portées à la connaissance des leaders chef des wings. Ils sont rodés à ce genre de travail car tous ces jeunes pilotes ont déjà vécu intensément l'épreuve du feu et sont bien conscients des dangers auxquels ils sont exposés. Ils connaissent aussi malheureusement la perte de camarades, tombés en combat. Parmi cette grande famille règne une franche camaraderie. On ne pense pas à ce qui peut arriver et l'on plaisante souvent pour instaurer un moral à toute épreuve. Grand nombre d'aviateurs portent des surnoms.

 

Headcorn ALG Airfield, England, 11 mai 1944
Afficher Headcorn sur une carte plus grande

 

Aujourd'hui, comme les jours précédents, la mission sera dive bombing, and strafing c'est à dire plongée en piqué sur l'objectif avec largage des bombes et ensuite mitraillage systématique de tous convois ennemis. Convois ferroviaires, gares, entrepôts suspects. Convois routiers y compris les charrettes agricoles montant vers le front des combats, car les renseignements rapportent des allemands déguisés en agriculteurs et conduisant des attelages hippomobiles chargés de munitions, cachées par de la paille. Les attaques au sol se feront à basse altitude, par effet de surprise, en passage très rapide. L'affaire est très risquées car l'ennemi bien entraîné est redoutable, disposant de canon antiaériens très puissants (FlaK. Flugzeug abwehr Kanone) Il faut coûte que coûte empêcher les renforts allemands venant du sud de progresser vers la zone des combats.

Il est 8 heures trente en ce samedi 17 juin 1944 et les pilotes du 379ème Figther Squadron (codé B8) s'apprêtent à monter à bord des P.47 (avion surnommé ''The Jug'' La cruche du fait de la forme de son carénage moteur).

Le Capitaine Flavin, sera le leader chef du squadron (16 avions), mission numérotée 94. (Deux autres missions seront affectées au 379th FS durant cette journée). Deux pilotes ne participeront pas à la mission, suite à des ennuis mécaniques au déccollage avec leur P.47, Le Lt. McCleary, et le Lt. Hamby.

Dès le début de la mission 94, en arrivant sur les côtes normandes, le lieutenant Savage, suite à un ennui technique devra atterrir sur le ventre sur une plage du Nord Cotentin. Pour ce 17 juin 1944, nous parlerons que de la mission attribuée au chef de wing, le Lt. Caroll Peterson. (Il rentra à Headcorn sans encombre, n'ayant pas été touché mais quelque peu inquiet d'avoir perdu ses trois coéquipiers, ne sachant ce qu'ils étaient devenus. A la suite de cette mission il rentra aux USA pour prendre des vacances dans sa famille. A l'automne 1944 il revint sur le terrain des combats et continua vu son grade à diriger de nombreuses missions suivant l'avancée alliées en Europe. Son destin fût tragique. En effet le 25 janvier 1945 au cours d'une attaque d'un convoi Allemand au Luxembourg, il fut touché mortellement, son avion parti en vrille et s'écrasa au sol, prenant feu. Il avait 25 ans. Il repose au cimetière Américain Henri-Chapelle situé sur la commune de Hombourg Vogelsan près de Liège en Belgique, Wallonie).

De Cherbourg en allant vers l'ouest de la Bretagne.

Tous vont partir en mission équipés de deux bombes de 250 kilos fixées sous chaque aile, armés de leurs 8 mitrailleuses de calibre 50 (12,7 mm), 4 dans chaque aile. Une puissance de feu redoutable. Tout est fin prêt. Les puissants moteurs de 2000 cv sont en marche, 18 cylindres en double étoiles, une merveille de technologie du constructeur américain Pratt & Whitney. Les quatre P.47 sont en ligne et décollent de Headcorn. Le point météo informe les pilotes d'un temps calme mais brumeux en début de journée. Le regroupement s'organise et la traversée de la Manche va commencer, direction Grandcamp en Normandie au nord d'Isigny. Là bas, la bataille engagée le 6 juin fais rage et la progression alliée se fait lentement vu les difficultés des troupes au sol enfoncées dans un épais bocage. Nos quatre avions ont traversé sans problème le Channel et amorcent une remontée sur les abords de Cherbourg, qu'ils survolerons à haute altitude pour être hors de portée des tirs allemands.

Pour ce groupe de quatre P-47, nous avons les premier lieutenants Richard Gordon et Franck Lee, ils sont des pilotes expérimentés, car ils ont déjà participé à de nombreuses missions. Le 1st Lt. Gordon, 24 ans, est un homme de grande taille. Ses amis le surnomme "hosenose" du fait de la configuration de son nez très prolongé sur son visage. Camarade sympathique apprécié de tous. Il est crédité à ce jour d'un tiers de victoire pour avoir, avec deux autres pilotes, abattu un avion ennemi. Il est originaire de Pelham Manor, près de New York. Le 1st Lt. Franck Lee, 25 ans est originaire du Texas, de Dallas même. Apprécié également pour sa bonne humeur et sa franche camaraderie.

Le dernier élément, le 2nd Lt. lieutenant William Fredenberg, est un pilote nouvellement arrivé au 379th FS, il ne volera pas encore avec un avion personnel. Surnommé ''Bill'' par ses proches il est lui aussi un pilote expérimenté. Il est déjà décoré de la DFC (Distiguished Flying Cross) avec feuilles de Chêne pour bravoure au combat. Il est crédité de trois destructions de locomotives. Possédant un nom d'origine allemande, ses grands parents étaient venus s'installer aux USA au 19ème siècle. Son père s'était marié avec une femme de la Nation Amérindienne, de la tribut des Menominee dans le Wisconsin. Ce dernier avait dirigé cette nation pendant quelques années. Aujourd'hui il participe à sa 37ème mission de combat sur un avion d'emprunt (P.47 entièrement peint en vert kaki. Sur son fuselage figurent les inscriptions B8-X. Sur l'avant de l'avion est peint le portrait du cheval d'Alexandre le Grand Bucephale (Un nose art, personnalisation des fuselages au goût des pilotes) et sous la verrière avait été peintes quelques croix gammée en signe de victoire sur l'ennemi.

Voir sa biographieGOLe 2nd Lt. William Fredenberg pilotera un P.47D-11-RE, numéro de série peint sur l'empennage, 42-75593. Le 1st Lt. Richard Gordon, le même type d'appareil P.47, un D-22-RE, numéro de série 42-2611, puis le 1st Lt. Franck Lee, un P.47D-20-RE, numéro de série 42-25304.

A Avranches s'offre à eux la ligne ferroviaire Caen, Lison, Avranches Dol, Dinan, Lamballe. Des témoins de cette époque rapporte l'intense fréquentation de trains allemands avec de nombreux wagons transportant des canons, véhicules divers sur cette ligne. Trains toujours protégés par un poste de DCA embarqué. Les quatre aviateurs américains approchent de Lamballe. Il est aux environs de 10 heures. Le ciel est toujours nébuleux mais une belle journée devrait suivre.

Le 2nd Lt. William Fredenberg signale dans un écrit qu'il a vu des sous marins dans un port. Il est vrai que l'attaque surprise de l'opération Overlord avait empêché certains navires ennemis de quitter le port Normand. Peut être étais ce cela qu'il avait repéré ? Difficile à préciser. Après avoir contourné le nord Cotentin, les quatre aviateurs se préparèrent à l'attaque. Leurs fils guides seront les grandes nationales, si droites en pays Normand, ainsi que les voies ferrées. Ils ont dû certainement se séparer de leurs bombes quand ils abordent la partie basse de leur périple en territoire ennemi.  

 

(1)Collégiale Notre Dame de Grande Puissance - (2)Support pour un système de Flakfernrohr : Binoculaire d'observation pour la FlaK. Voir modèle similaire

 

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Photo, collection Colin Perrault © octobre 2014

 

 

L'Église collégiale Notre Dame de Grande Puissance à Lamballe s'élève sur un surplomb rocheux dominant la rivière du Gouessant. Les allemands y ont installé (3)de surveillance, équipé de jumelles binoculaires de grande portée, posées sur un pied réglable, dés le début de la guerre. Le clocher offre une plateforme d'environ trente cinq mètres carrés d’où l’on domine la ville et la campagne Lamballaise mais aussi la gare ou tout prêt les lignes Dinan Lamballe et Rennes Saint Brieuc se rejoignent. Carrefour ferroviaire important mais aussi carrefour routier où arrivent de nombreuses routes.  

Nos quatre aviateurs ne se méfient pas et les observateurs en poste alertent le servant de la mitrailleuse. Deux témoins précisent l'existence de cette arme automatique sur le sommet de la collégiale. Il disent que l'on entendait les tirs de temps en temps partant de cet endroit. D'autres postes de FlaK devaient être installés sur la ville ou sa périphérie également.

Rapidement la situation s'accélère et devient critique. Au dessus du bourg de Maroué, le 1st Lt. Lee connaît des difficultés. Son moteur à des ratés et sa jauge de carburant est à zéro. Anormal car le P.47 est prévu avoir une autonomie lui permettant une longue mission avec un retour à sa base. L'avion a t 'il eut les réservoirs percés lors de cette attaque ? Possible. Le 1st Lt. Lee signale par radio à son coéquipier, le 1st Lt. Gordon tout proche le grave problème qui est le sien. C'est l'affolement. Le 1st Lt. Gordon sans doute (3)caché par les nuages, ne se rend pas compte que son camarade est si proche. Et c'est le choc terrible de la collision en plein ciel de ces deux P.47 juste au dessus du bourg de Maroué.

 

 

Il faut s'éjecter rapidement. A cette époque l'éjection, n'est pas comme de nos jours, activée par un bouton libérant le siège éjectable, propulsant le pilote hors de son cockpit. Le 1st Lt. Gordon et le 1st Lt. Lee doivent ouvrir la verrière (Canopée) puis enjamber l'un des côtés et ensuite se jeter dans le vide en faisant bien attention à ne pas s'accrocher à l'avion. Tout doit aller très vite mais seule une altitude élevée permet cette situation de sauvetage avec une ouverture correcte du parachute. Le soleil est éclatant et voilà nos deux aviateurs au bout de leur ''pépins''. Mme T, nous rapporte le témoignage de sa grand mère qui était à l'époque secrétaire de mairie à Landéhen. Elle était assise à son bureau avec en face d'elle deux allemands venus à la mairie pour une réquisition, quand soudain par la fenêtre et dans le dos des soldats, elle aperçoit deux parachutes qui descendent tranquillement poussés par le vent. Consciente du danger encouru par par ces deux hommes tombants du ciel, elle fait tout pour retarder les allemands et fait en sorte qu'ils portent leur attention sur autre chose, le temps que les deux américains touchent le sol breton. Les deux allemands n'ont rien remarqué, et les 1st Lt. Lee et Gordon purent toucher terre sans encombre. Ils tombèrent dans un triangle dont les pointes sont, les villages de "Mauny", "La Bruyère", "Les Joncheray".

 

La photo avec la pancarte Landéhen est interéssante, car juste derrière on voit le champ ou le P.47 du 1st Lt. Gordon à fini sa course.

 

Très vite certaines personnes vont s'approcher d'eux pour leur porter secours et assistance. Ils sont distants environ d'un kilomètre l'un de l'autre. Le 1st Lt. Lee restera caché en campagne pour la journée. Le 1st Lt. Gordon sera hébergé puis caché rapidement au fond d'une grange dans une ferme. Madame T se souvient. Nous habitions "Mauny" et nous avions su très vite que des amis avaient caché un aviateur tombé dans la matinée près de chez nous. Ma mère très courageusement en début d'après midi décida que nous irions voir cet aviateur pour lui apporter un peu de nourriture. Ma sœur plus âgée que moi vint aussi. Sur le chemin nous ne fûmes pas inquiétées par les nombreux allemands qui circulaient en tous sens, à la recherche des deux pilotes. Ils semblaient nerveux et prêt à tout. Très vite nous avons rejoins nos amis. Discrètement nous avons été conduites au pilote, avec la consigne de ne pas rester longtemps. C'était vraiment risqué. Le souvenir que j'ai aujourd'hui de lui, c'est ce grand homme dans la pénombre qui ne parlait pas notre langue mais qui nous avait fait quelques gestes pour nous remercier. Il fallu rentrer au plus vite car la situation devenait critique dans le secteur. Les allemands étaient de plus en plus nombreux à effectuer des recherches. Le lendemain en milieu d'après midi une colonne allemande s'arrêta devant chez nous. Nous avions très peur. Un officier très autoritaire entra dans notre maison suivi de plusieurs soldats Ma mère ma sœur et moi nous fûmes alignées contre le mur. Un long interrogatoire menaçant commença. On nous demanda si nous savions où étaient les pilotes. Évidemment nous répondions négativement. C'était très dur à vivre. Au bout d'un moment, ils emmenèrent maman dans un camion et on ne la revit plus. Nous étions désemparés. Le soir on se mit à croire qu'elle rentrerai rapidement. Le lendemain, le même scénario se reproduisit pour ma sœur et moi. Nous nous étions jurées de ne rien dire. L'interrogatoire fût terrible. Les allemands savaient-ils que nous avions rencontré un des aviateurs ? Moi qui était la plus jeune, les soldats m'emmenèrent dans une voiture sous bonne escorte, comme si j'étais dangereuse, direction Lamballe ou l'on m'interrogeât sans relâche. Une voiture allemande me ramena le lendemain soir, bien fatiguée de tout. Nous n'avions pas de nouvelle de notre mère depuis presque un mois. C'était un dimanche après midi, il faisait beau, nous étions dehors avec quelques amis, soudain au loin l'on entendit quelqu'un qui appelait à haute voix. Qu'elle ne fut pas notre surprise de voir maman arriver vers nous. Elle était à pied. Ce fut une joie immense. Les Allemands avaient enfin décidé de la libérer . Nous devions être aux environs du 15 ou 16 juillet. Après, l'occupant était moins présent, il sentait que toute cette guerre tournait à son désavantage. La débâcle était en route, la libération de la région n'était plus qu'une question de jours. Les 1st Lt. Gordon et Lee passèrent leur première nuit cachés dans la carrière de "La Bruyère" à Landéhen.

 

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A gauche, le clocher de Maroué vu de la carrière de la "Bruyére" en Landéhen. A droite la trouée entre les deux chênes où le P-47 a fini sa course dans le champ.

 

 

A cette époque cet endroit servait au prélèvement de pierres grises et noires, pour la construction des maisons. C'est aujourd'hui une petite colline car la carrière a été comblée. De ce lieu on voit le clocher de Maroué, au nord. Vers le sud une vue magnifique sur le Méné avec le mont de "Bel Air" comme point culminant. Les deux P.47 tombèrent, l'un près de la ferme de "Quenguen" dans le bourg de Maroué où un drame fût évité de justesse (Voir récit de Monsieur Gesbert témoin direct),GO l'autre toucha le sol prés du village des "Joncheray" en Landéhen où il fit une glissade de plus de 600 mètres, traversant deux haies boisées et un chemin creux avant de s'immobiliser, complètement détruit dans le bas d'un champ. L'épave fût gardée par les allemands pendant plusieurs jours avant d'être remontée en haut de ce champ. Au petit matin du deuxième jour en pays occupé, nos deux pilotes se mirent en route à travers la campagne, se dissimilant dans les fourrés à la moindre alerte. Ils eurent plusieurs jours d'errance à travers bois champs et prairies. La nuit ils tachaient de trouver un refuge. Pour la nourriture, c'était la débrouille mais pas facile du tout à trouver car il ne fallait pas être repéré par quiconque. Nous les retrouverons vers Plestan.

Avaient-ils décidé un mode d’évasion qui les conduirait vers les lignes amies ? Ils avaient sur eux une carte qui leur permettait de se repérer sur le territoire français. On ne sait pas. Après avoir passé une nuit dans l’église de Plestan ils décidèrent de quitter ce lieu avant le lever du jour, pour ne pas être repéré. Ils prirent la direction de Trémaudan où un jeune homme qui passait sur la route en vélo, les remarqua dans un bosquet. Ce jeune revint au bourg prévenir des résistants. L’alerte discrète pour engager des recherches, pour les retrouver fût lancée, et on les découvrit en matinée dans une cabane abandonnée au bout d’un chemin. Ils étaient affamés et très fatigués. Revenus au bourg de Plestan et bien cachés, ils furent réconfortés par mademoiselle Deschamp qui était une patriote très engagée dans la lutte contre l'occupant. Ils restèrent deux jours en ce lieu.

 

 

 


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Lieu où les deux pilotes arrivèrent à la ferme "Les Portes-Halna" en Maroué

 

Le commandant Gilles (alias René Billaud) chef du maquis des "Petites Rosaies", les récupéra et les dirigea vers la ferme des "Les Portes-Halna" en Maroué, lieu sûr où ils pourraient se reposer un peu mais dans un temps très court car les Allemands sont encore à leur recherche et des dénonciateurs étaient partout.

Une grande méfiance était de rigueur. Témoignage de Madame L, je me souviens, ce matin là mon père avait fait un feu d'enfer dans notre grande cheminée. Je les vois toujours ces deux jeunes hommes tremblants de froid et peut-être aussi de peur, le dos au feu debout sur la marche de la cheminée. Ils sont restés environ deux jours chez nous. Ils se cachaient et dormaient dans nos granges. Ils furent bien réconfortés. Ils avaient même abusé des confitures de la fermière.

Le commandant Gilles organisât leur départ des "Les Portes-Halna", un maquisard nommé Jacquemin possédait une moto, il fût chargé de transporter nos deux aviateurs vers le manoir de Breffeillac en Pommeret dans les Côtes du Nord à l'époque, en direction de Saint Brieuc, où devaient les accueillir Madame Péan de Ponfilly, Jacquemin fit deux tours en étant prudent changeant d'itinéraire et circulant à des horaires différents pour ne pas croiser les patrouilles ennemies. Tout se passa bien. Les Lt. Lee et Gordon furent accueillis, venant grossir le nombre déjà important d'hommes cachés en ce lieu.

Dans ce manoir en début d'été 1944 on peut rencontrer une base de la résistance qui accueille environ 80 hommes venant de tous horizons. On y trouve des opposants au service du travail obligatoire, des Polonais, des Russes, des Italiens, des Asiatiques déserteurs de l'armée d'occupation, le Warrant Officer de la Royale Air Force d'origine tchèque, tombé sur Collinée et blessé au cours d'un combat contre les Allemands. En effet après la chute de son avion, le Warrant Officer Robert Ossendorf fut récupéré par la résistance et participa à une attaque de l'ennemi. Malheureusement il prit une balle dans une hanche ce qui lui entraîna une sérieuse blessure. (Un homme blessé à la hanche fut opéré par le docteur Deschamps à Breffeillac mais on ignore son identité). Ce fut la seule opération chirurgicale pratiquée en ce lieu nous dit on. Il est probable que le patient fût bien ce pilote Tchèque.

Dans les accueillis à Breffeillac, il y avait aussi les Lieutenant SAS Fauquet et le sergent Bidaud suite au combat de la ferme "des Salles" en Henon ou leur camarade Pascal Fadda sera capturé et exécuté dans la forêt de Lorge avec d'autres français le 14 Juillet 1944.

Madame de Ponfilly est particulièrement dévouée à la cause de tous ces hommes logés chez elle. Elle fit preuve d'un grand courage au risque de sa propre vie, assumant également seule aussi ses deux enfants en bas âge, son mari étant décédé dans les geôles allemandes à Rennes en 1943. Elle doit gérer toute la logistique, bien difficile en ces temps de disette et parfois aussi des problèmes d'ordre, car tous ces jeunes hommes ne respectent pas toujours les règles instituées. Il ne faut en aucun cas que les Allemands connaissent la situation, sinon ce sera bien fini de tout ce havre d'accueil. Certains ne pensent qu'à en découdre avec ennemi. Madame Péan de Ponfilly sait qu'un aviateur qui rentre en Angleterre, c'est un avion qui repart au combat. Elle en est bien consciente. C'est pourquoi aux environs du 10 juillet 1944 en fin de matinée, une camionnette des PTT (Postes Télégrammes Téléphones) venant de Saint Brieuc s'arrête au Manoir de Brefeillac. Elle est conduite par un agent de la Poste, Monsieur Le Bourdonnec résistant lui aussi. Il a été mandaté par ses dirigeants pour convoyer de Pommeret à Plouha nos trois aviateurs, le 1st Lt. Gordon, le 1st Lt. Lee et le Warrant Officer Ossendorf. Madame de Ponfilly sera du voyage.

 

Le manoir de Brefeillac en Pommeret, portrait de Mme Lucienne Péan de Ponfilly

 

 

C'est une opération à grands risques pour tous. Il faut oser, sinon tout ce monde restera au manoir à ne rein faire. Il faut agir. Depuis le début de cette année 1944 un réseau d'évasion a été mis en place près de la côte, sur la commune de Plouha. Tous ces acteurs sont des civils habitant la région. De véritables Héros qui font abnégation de leur propres vies, agirons, avec tous les risques encourus pour eux mêmes et leurs familles, réussiront l'exploit de faire transiter 137 hommes aux cours de missions nocturnes au départ de L'Anse Cochat après un cours passage par la Maison D'Alphonse. Les Lt. Gordon et Lee logerons quelques jours au lieu dit ''Point du Jour''sur la route de "Lanloup", chez un membre du groupe. Cette opération eut lieu dans la nuit du 12 au 13 juillet 1944. Elle avait pour dénomination Crozier. Richard Gordon et Franck Lee montèrent à bord de la vedette anglaise MGB 503. Ils avaient avec eux 11 autres camarades dont le Squadron Leader Lawrance William Frazer surnommé ''Pinkie" tombé 10 jours avant avec son Typhoon à Kerpert, près de Mûr de Bretagne, il était venu bombarder la centrale hydro-électrique. (Voir récit site ABSA 39-45).

 

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Richard Gordon (à gauche ) et Franck Lee (à droite) photo prise pour faire de fausses cartes d'identité par le Briochin Monsieur Yves Caillaud

 

 

Quand au Warrant Officer Ossendorf, il fut déclaré inapte à cette évasion, du fait de son handicap dut à sa blessure. Il retourna à Pommeret d'où il pût rejoindre les lignes amies vers la fin juillet. Nos deux aviateurs arrivèrent en Angleterre où après un interrogatoire poussé et quelques jours de mise à l'épreuve, ils furent déclarés aptes pour un retour vers les États Unis en août. Dans un rapport rédigé à leur retour, le 1 stLt. Gordon déclara que son avion P.47 peu avant l'accrochage au dessus de Maroué avait quelques trous dans sa carlingue occasionnés par les tirs de la FlaK mais que ce dernier volait sans problème. Lee déclara que son avion n'avait posé aucun problème avant Lamballe mais que d'un coup ce fût la panne d'essence, ce qui entraîna la perte de son P.47.

(4)Le rapport de FlaK établi par les servants qui étaient en poste dans la région de Lamballe indique que le 2nd Lt. William Fredenberg, le pilote américain touché ce jour, fut abattu à 10 heures 30 à 2 km au nord-ouest de Lamballe et fait prisonnier. Nos recherches laissent à penser que son P.47 a été touché par la FlaK, placée dans les environs de la gare de Lamballe. Avant de finir sa course au village de "Beauregard" en Saint Aaron il y a une distance de 3 km 200. On sait seulement qu'il a reçu des tirs ennemis et n'étant plus en état de vol le pilote rechercha dans l'urgence une piste de secours pour se poser. Piste de fortune, qu'il trouva sur la grande prairie de "Beauregard".

 

 

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(6)Réalisation du profile du P-47 du 2nd Lt. Fredenberg avec les informations connues sur ce modèle dans l'immédiat

 

 

 

Vue de gauche ; du haut de la Collégiale à Lamballe, la grande prairie de "Beauregard" qui servit pour l'atterrissage forcé du P-47 du 2nd Lt. Fredenberg.

Vue de droite, photo prise de la prairie de "Beauregard", l'église de St Jean et au lointain la Collégiale.

 

 

Le manoir de Beauregard où fût enfermé pour une nuit le 2nd Lt. William Fredenberg. Manoir aujourd'hui disparu.

Tableau collection privée

 

Madame C, témoigne. Nous étions dans la cour de la ferme ce matin là. On a entendu le bruit d'un avion qui très vite arriva sur nous, au ras des arbres, (des ormes à l'époque), décrivant une grande courbe, il se dirigea vers le village de la "Prévotais", peu après se posant dans notre prairie. Ce fût l'affolement chez les allemands qui occupaient les lieux. Le pilote fût arrêté puis emprisonné une journée dans l'ancien Manoir aujourd'hui disparu. Un témoin rapporte que vers 14 heures cette même journée 6 avions Alliés sont venus tournoyer très bas au dessus de la prairie, sans doute pour voir si leur camarade était toujours près de l'épave de son avion. Aucun Allemand ne prit le risque de tirer sur ces avions. Ils repartirent vers le bourg de Saint Aaron dix minutes après. Le 2nd Lt. Fredenberg fut ensuite emmené à Lamballe dans la propriété de (3)Vulpian, qui est le PC des officiers et du commandant de la place de Lamballe. Puis il est transféré au (5)Frontstalag 133 (Camp de prisonniers coloniaux)GO. Son récit d'évasion fait suite à ces lignes traduit de l'Anglais par Yves Jouan que je remercie. Le point de chute du 2nd Lt. William Fredenberg, faisait l'objet de recherches en région de Lamballe par notre association depuis le milieu de l'année 2008. En effet le rapport allemand le donnait tombé au le nord-ouest de cette ville. Nous n'aboutissions pas.

En octobre 2009, le président de l'Association Bretonne du souvenir Aérien 39-45. Daniel Dahiot, entreprend des recherches sur internet pour retrouver la trace du 2nd Lt. William Fredenberg aux États Unis, il sait qu'il est un indien de la tribut des Menominee dans le Wisconsin. Le site internet de la tribut est rapidement trouvé, un mail est envoyé à la responsable, l'historienne de la nation Menominee, il explique qu'il recherche un pilote américain originaire de la nation Menominee.

Une heure après la réponse arrivait, oui nous connaissons bien Bill, il a 87 ans, il est notre héros, il a participé à trois guerres, il a de nombreuses décorations, voici quelques photos de lui. Après quelques échanges de mails, une nièce de Bill nous donne ses coordonnées téléphoniques, nous devons le joindre pour discuter avec lui. Daniel Dahiot confie cette mission à un ami, (7)Bernard Garidou de l’Association Nationale des Anciens Combattants Français et Américains. Il a un ami (7) Richard Cross de New York, qui quelques mois auparavant avait aidé l’ABSA à retrouver la famille d’un autre aviateur aux États-Unis.

Richard Cross contacte très rapidement William Fredenberg qui lui raconte son parcours de pilote, qu’il est tombé dans la région de Rennes le 17 juin 1944, prisonnier dès aussitôt et emmené dans un camp à Rennes.

Début mars, un témoignage décisif est donné à Daniel Dahiot, notre aviateur n’a pas subit un crash avec son avion comme ses deux coéquipiers, les Lt Franck L. Lee Jr, et Richard J Gordon, mais un atterrissage forcé avec son P.47 près d’un camp de la Jeunesse Hitlérienne, il est très rapidement fait prisonnier. (Nous ne le pensons pas car, en l'état des recherches actuelles il s'avère qu'à Beauregard existait un poste de commandement Allemand chargé de reconstituer un régiment de parachutistes (Fallshirmjager). Régiment 15 qui relève le 1049 PIR de la 77ème Division d'infanterie .Cette division est en pleine phase d'instruction avec de Jeunes recrues provenant sans doute des Hitlerjugend ?(Jeunesses Hitlériennes . service obligatoire pour tout jeune allemand à cette triste époque).

En entrecroisant le listing des pertes en Côtes d'Armor, il s'aperçut que nous avions une perte jamais élucidée à ce jour, celle d'un (3)aviateur Anglais tombé à "Beauregard", le 14 juin 1944, celle ci n'était autre que ce pilote américain que nous ne trouvions pas. La boucle était bouclée.

Je tiens à remercier tous les témoins qui m'ont aimablement accueillis pour me faire part de leurs souvenirs. Cette histoire est aussi la leur. Pour moi, je reconnais ces hommes courageux venus d'aussi loin pour libérer la FRANCE, courage aussi de ces Français qui on combattu dans l'ombre rendant ainsi la victoire possible en mettant fin à ce tourment, le 8 mai 1945.

 

Jean Michel Martin. Association Bretonne du Souvenir Aérien 39 45. Le 4 mai 2010.

Je tiens à remercier tous les témoins qui m'ont aimablement accueillis pour me faire part de leurs souvenirs, en particulier, M. Besrechel Henri, pour son aide précieuse dans nos recherches. Philippe Dufrasne. Yannig Kerhousse. M et Mme Ruellan, M. Pinochet. Un grand merci à Bernard Garidou de l’Association Nationale des Anciens Combattants Français et Américains. A Richard Cross son ami à New York qui sans son aide nous n'aurions pas obtenu la biographie de William Fredenberg. A Monsieur le Major William Fredenberg qui a bien voulut ouvrir et nous transmettre ses archives personnelles sur son parcours de pilote de l'USAAF et de l'USAF.