Le 8 mars 1943

Plouguenast

B-17F. #41-24514

Codé BO-R

306th BG / 368th BS

306th BG368th BS

 


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VENDREDI 8 MARS 1943. PLOUGUENAST. Côtes Du Nord. (22). (Côtes d’Armor depuis 1990).

 

Village de "Le Cas Rouge", chute du B-17F, immatriculé 41-24514. Codé BO-R. Du 306th Bomber Group, 368th Bomber Squadron. 8th Air Force des États Unis d’Amérique.

 

Contexte historique. Le haut commandement des forces Alliées anglo-américaines en Angleterre en ce début de mars 1943 décide qu’une mission de bombardement devra avoir lieu sur la zone de triage ferroviaire située à l’est de la gare de Rennes (Ille et Vilaine). Pour cela, les conditions météorologiques favorables devront être annoncées par les prévisionnistes. C’est-à-dire un ciel dégagé pour une approche précise de ce carrefour important sur la ligne Paris-Brest. Les allemands occupent la Bretagne(que les Américains appellent Brest Péninsula) depuis juin 1940. Voilà 33 mois qu’ils imposent une occupation lourde de conséquences à la population Bretonne, la privant de LIBERTÉ et de bien d’autres choses, faisant de la vie de chacun un enfer, sans compter les représailles et les crimes dont ils sont les auteurs. La gare de Rennes est un axe ferroviaire stratégique. C’est par ce lieu que transitent tous les trains chargés d’hommes, de munitions, de carburant, de vivres etc.… Mais de plus c’est aussi par Rennes que l’occupant achemine tous les matériaux nécessaires à la construction du Mur de L’Atlantique, insuffisamment nommé car le littoral de la Manche n’est pas en reste d’un bétonnage intense, blockhaus, abris, postes de tirs, etc., et surtout la construction de gigantesques bases pour leurs sous marins, les U-boot à Brest, Lorient et Saint-Nazaire. L’ennemi également renforce tous les aérodromes existants pour les mettre en conformité avec sa puissante aviation. Il devient urgent de porter un coup terrible à l’approvisionnement de la redoutable machine de guerre nazie.

 

Le 7 mars tombent les notes des observateurs météorologistes précisant une fenêtre anticyclonique sur plusieurs jours. Les conditions requises pour cette mission sont favorables. L’état major donne l’ordre d’opérer dès demain mardi 8 mars, surtout que les renseignements fournis par la résistance française au quartier général à Londres viennent appuyer cette décision. Les quatre groupes de bombardements sont désignés. Dès trois heures du matin un premier briefing réunit les pilotes dans leurs unités respectives. Il faut comme dans toute mission une coordination exemplaire. On ne doit rien laisser au hasard. Les groupes de bombardiers lourds désignés sont les suivants : Le 303rd basé à Molesworth Airfield dans le Huntingdonshire avec 19 Boeing B-17, le 305th basé à Chelveston Airfield dans le Northamptonshire avec 18 Boeing B-17. Le 306th basé à Thurleigh, dans le Bedfordshire, avec 16 Boeing B-17. Puis le 91st basé à Bassingbourn dans le Cambridgeshire (abrégé Cambs), avec 14 Boeing B-17 soit un total de 67 avions quadrimoteurs mobilisant une dizaine d’hommes par B-17 soit environ 670 hommes. Toute cette armada aérienne va être épaulée par 4 squadrons de Spitfire MKIV de la Royal Air Force venant en groupe de protection face à la redoutable chasse Allemande de la Luftwaffe.

 

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8 mars 1943 USAAF sur une carte plus grande

 

Le seul et non moins important problème de ce groupe de défense sera l’autonomie en carburant. En effet nous sommes dans le début d’année 1943 et le Spitfire n’a pas encore reçu l’évolution qu’il connaîtra par la suite. Onze Spitfire pilotés par des officiers pilotes du groupe Tchèque incorporé au sein de la RAF seront aux côtés des bombardiers, ce qui rassure les aviateurs américains. Le squadron 313 décollera de Churchstanton dans le Somerset, le 310 décollera de Exeter, le 312 et le 602 décollerons de la RAF Harrowbeer. Toutes ces bases aériennes sont implantées dans le Devonshire. Leur mission d’accompagnement prendra fin peu avant la cible, cet à dire Rennes.

 


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Terrains RAF Tchèques sur une carte plus grande

 

Un nouveau briefing a lieu à 9 heures 30 sur chaque base. Les équipages sont constitués et reçoivent les directives sur tel ou tel avion. Les pilotes reçoivent également les ordres de décollage. Ce sera 11 heures 30 pour le 306th, pour le 91st ce sera à 11 heures 46 minutes. Pour le 305th ce sera à midi. Puis le dernier groupe décollera à 12 heures 05. Sur la base de Thurleigh (Devon), le B-17 immatriculé 41- 24514, codé BO-R appartenant au 368th bomber squadron est en préparation pour cette mission sur Rennes. Tout à côté sur la même base 15 autres quadrimoteurs sont en préparation toujours pour cette même mission. Les armuriers sont au travail, un groupe s’affaire au chargement des bombes l’autre groupe approvisionne les magasins des mitrailleuses de calibre 50 soit environ 400 kilos de cartouches de ce type pour tout l’avion (Voir en annexe le plan éclaté d'un B-17), le ravitaillement en carburant est effectué avec grand soin vu la dangerosité de l’ensemble. Les mécaniciens ne sont pas en reste car en effet cet avion a eut des problèmes moteurs lors de la dernière sortie, et toute la maintenance à du être revue avec le plus grand sérieux. Une révision générale a été effectuée. L’appareil est déclaré apte au vol, soudain un bruit de moteur attire l’attention. Une camionnette s’arrête prés de l’avion. Ce véhicule amène l’équipage au complet soit une dizaine d’hommes. Dans son livre(One day into Twenty three - Une journée sur 23) écrit pendant sa retraite, le sergent Ernest Moriarty portera grande attention à ses frères d’armes. Si jeunes engagés dans des missions difficiles, ils verront naître entre eux bien plus que de l’amitié mais une grande fraternité. Il en parle d’une manière simple mais empreinte de sensibilité.

 

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Le Lt. Buddenbaum en tenue de pilote de l'USAAF avec son grade de Lieutenant et son brevet de pilote en place sur sa veste

 

Le pilote sera le 1st lieutenant Otto Buddenbaum que ses camarades surnomme "Budd", âgé de 26 ans. Il était originaire de Atwater en Californie, pilote expérimenté, de haute stature, cheveux blonds, très patient, à la voix douce des gens du sud. Il présente derrière cet aspect un caractère ferme et résolu. Il est considéré comme un des meilleurs pilotes du groupe. Son équipage ou ceux qui ont volé avec lui, lui fond une entière confiance et le considère comme un chef très apprécié. Le co-pilote pour cette mission ne sera pas celui qui est à ce poste habituellement. Ce dernier est malade. Au briefing le commandant a demandé au 1st lieutenant Warren Peter Edris, voir récit de M. MessagerGO de venir et de dire s’il était partant. Il a répondu positivement. Il est originaire de Manhasset Long Island New-York, le navigateur sera le 2nd Lieutenant Robert Biggs, originaire de Wishita dans le Kansas. C’est un homme grand, mince aux cheveux noirs. Un homme réservé au tempérament très calme. Il est le seul marié de l’équipage, le 2nd Lieutenant Joseph Wilkins est le bombardier de l’équipage, originaire de Washington, District, il porte le surnom de "P’tit Jo" a cause de sa petite taille, très dynamique et très sympathique. Le sergent Robert Guthrie, originaire de Padan City dans l’ouest de la Virginie. Homme à la voix douce et traînante, au sens de l’humour très développé. Nous ne savions jamais s’il plaisantait ou s’il était sérieux dit le sergent Moriarty. (Sera interné au Stalag 17B Braunau Gneikendorf près de Krems Austria 48-15).

 

Le sergent Sylvester Horstmann, ami personnel du pilote du Lt. Buddenbaum, les deux hommes étaient très liés et se retrouvaient souvent en équipage. Leurs deux noms à consonance germanique les faisaient appeler par le reste du groupe "l’équipage allemand" joyeux, bout en train, cheveux roux, rire communicatif, il était le radio de l’équipage. Il était originaire de Brookport dans l’Illinois. Le sergent Donald Huddle était originaire de Red Cak dans l’Iowa, homme maigre, profondément religieux, calme, avec une très grande force intérieure, il était le mitrailleur de sabord. Le sergent Eulis Smith originaire des collines du Tennessee, surnommé "Smity" par ses amis, homme de grande taille, il avait la particularité de toujours mâcher un chewing gum. Cheveux blonds avec une raie au milieu, il n’avait rien d’un d’un mitrailleur et pourtant il occupait la tourelle boule sous l’avion. Le sergent Robert Liscavage, originaire de Wilkes Barre en Pennsylvanie était le mitrailleur de queue. Grand, maigre, aux pommettes saillantes, cheveux noirs. Très sérieux mais plein d’un humour délicieux il n’en était moins très discret. Il disait toujours qu’il était le vieil homme de l’équipage. (Fait prisonnier sera interné au Stalag Luft 3 Sagan-Silesia Bavaria, puis à Nuremberg-Langwasser).

 

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B-17 du 306th BG en vol de formation

 

 

Il est 11 heures 15 sur l’aérodrome de Thurleigh. Les 16 bombardiers lourds se préparent au décollage. Le B-17 du Lieutenant Buddenbaum est enfin prêt pour sa mission. Tous les hommes sont à leur poste. Arrivé en bout de piste le 41-24514 se positionne. Le pilote a serré les freins et mis en puissance les quatre moteurs qui "ronflent" à plein régime entraînant les hélices à leur extrémité. L’ordre de décollage est reçu, le pilote libère les freins entraînant en avant le lourd appareil. La vitesse est de plus en plus rapide puis soudain c’est l’envol. Le sergent Moriarty dans son livre expliquera qu’il aura fallut presque toute la longueur de la piste pour quitter le sol. La piste s’éloigne, les pilotes s’affairent à vérifier tous les instruments de bord. L’avion prend de l’altitude. Un peu de retard a été pris et il sera facile de reprendre le cours du vol des autres avions dans le but de rejoindre le point de rassemblement au dessus de la Manche au large de Portland. Dans la radio déjà d’autres appareils signalent à la base des problèmes souvent d’ordre mécanique. Il reçoivent un ordre de retour immédiat. Sur les 67 B-17 qui décollerons ce jour là pour cette mission 13 ferons le retour suite à ces problèmes. Le B-17 du Lieutenant Buddenbaum a reçu l’ordre de se positionner dans la formation appelée combat box, le dernier avion situé à l'extrême gauche dans le dernier groupe de la formation. Cette position n’est pas aimée des aviateurs. Il l’appelle "La Purple Heart". (Le cœur pourpre) du nom de la récompense suprême accordée aux soldats morts au combat ou grièvement blessés dans ces mêmes combats. Dans d’autres groupes cette position est appelée "Coffin corner" le coin du cercueil "le sergent Moriarty écrit que ce jour là, en tant que mitrailleur arrière gauche il voyait sur sa droite les autres avions tandis qu’à l’opposé il voyait le ciel bleu qui pour l’instant n’était pas ponctué d’avion ennemi.

 Brevet de mitrailleur USAAF

La traversée de la Manche se passe sans problème. Soudain apparaît par les hublots la présence rassurante des avions amis des Tchèques avec leurs 11 Spitfire. Les Américains sont rassurés de les voir à leurs côtés. Dans le haut parleur la voix du pilote annonce l’approche de l’île de Guernesey, où se déclenche le feu des batteries antiaériennes. La formation est hors de portée car elle vole aux environs de 20.000 pieds (environ 7000 mètres), puis soudain le haut parleur retentit de nouveau. La côte Bretonne est en vue à l’horizon mais soyez sur vos gardes une dizaine de chasseurs ennemis sont signalés. C’est aux abords de l’île de Bréhat qu’un combat aérien s’engage entre le Spitfire du Flight Lieutenant Tchèque Stephen Benignus et de l'Unteroffizier Heinz Butteweg (Focke-Wulf ) de la 8./JG 2. (8ème Staffel, du Jagdgeschwader 2 "Richthofen", 2ème Escadre de chasse). Le combat est terrible. Il entraînera la mort du pilote Tchèque qui viendra s’écraser sur la Pointe de Bilfot en Plouézec près de Paimpol.

L'Uffz. Heinz Buteweg, revendique ce Spitfire à 14h12, à 7.500 m, il a visiblement attaqué la formation des Spitfire en protection à environ 500 m dessus des B-17. Le III. Gruppe Jagdgeschwader 2 était commandé par le Gruppenkommandeure, le Hauptmann Egon Mayer, la Stab III et les trois 7 ,8, et 9 staffeln (escadrilles), étaient basées sur le terrain de Vannnes-Meucon depuis le 22 novembre 1942. Le le Hptm Egon Mayer avait pris le commandement du groupe le 1 novembre.

C'est à partir de ce mois de novembre que le Hptm Egon Mayer est l’auteur d’une nouvelle technique d’interception de bombardiers qui consiste à arriver légèrement au-dessus du "box" et de front, les Fw 190 plongeant au dernier moment, puis se dégageant en piqué pleins gaz.

 

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Carte du combat box du 306th Bomber Group

 

 

Il est 14 heures. La mission se prolonge, les 54 B-17 sont toujours en formation très serrée. Le maintien dans ces conditions de vol est fatiguant pour les équipages car il ne faut pas que l’accrochage arrive. Le ciel est toujours d’un bleu azur, ce qui permet une grande visibilité. On peut ainsi voir l’ennemi arriver et réagir immédiatement si besoin. Le B-17 41-24514 n’a pas de nose art c’est-à-dire de nom ni de dessin sur le nez. En effet cet avion a été attribué à plusieurs équipages, contrairement à d’autres qui ont été personnalisés car étant toujours dans les mêmes mains. La formation survole actuellement la région de Moncontour. Il est un peu plus de 14 heures. Quand soudain les deux pilotes constatent avec stupeur que les deux moteurs internes, c'est à dire les deux plus proches d’eux sont en perte de puissance, très vite réduite de moitié, elle ne permet plus le maintien au sein de la formation car cela entraîne une perte d’altitude et de vitesse. La forteresse volante va très vite devenir vulnérable. Le Lieutenant Buddenbaum informe immédiatement l’équipage. L’inquiétude compréhensible gagne tous les hommes. La situation est grave. L’avion perd encore de l’altitude. Le pilotage devient de plus en plus dur. Les efforts des pilotes sont remarquables. "Budd" comme ses amis l’appelait va devoir prendre rapidement une décision. Soudain c’est l’alerte, un Fw 190 est arrivé rapidement par en dessous et s’est mis à tirer. Les mitrailleurs ont déclenché un feu d’enfer sur l’ennemi sans hélas le toucher. Il a tiré trois courtes rafales d’obus de 20 mm, l’un des obus a traversé l’aile droite, un autre l’aile gauche puis un troisième a touché le moteur interne droit y mettant le feu. La tourelle supérieure a été également été touchée sérieusement sans blesser le servant. La situation est critique.

Le B-17 semble avoir été revendiqué conjointement (d'après les archives du JG 2), à 14h15 à 7000 m , carré 15 ouest, par l'Uffz. Friedrich May de la 8./Staffel, puis sans doute pris en chasse par le Fw 190 du Lieutnant Hugo Dahmer, de la 7./Staffel à la même heure et à 6.200 pour le même secteur.

 

 

 

Le B-17 n’est plus manoeuvrable. A cet instant il décrit une courbe vers l’est survolant la région de Collinée. Puis soudain retentit la voix du pilote "Sautez, sautez vite". L’équipage ne perd pas de temps et chacun enfile son parachute. Tous s’entraident avant le grand saut dans le vide. Mais la porte du sabord refuse de s’ouvrir. En effet elle a été touchée par les obus. Le lieutenant Edris face à cette situation réagit vite et envoie de forts coups de pieds dans cette porte qui finit par s’ouvrir et se détacher de ses gonds, la projetant dans le vide. Cette porte sera retrouvée sur la commune de Trébry au lieu dit "Beauvais", juste en limite de Bréhand par monsieur Defin. (Voir témoignage en annexe).

Au court de cette évacuation mouvementée le mitrailleur arrière le sergent Liscevage sera pris de malaise et perdra connaissance. Très vite amené par ses camarades auprès de l’ouverture et au contact de l’air frais il récupérera ses esprits mais devra être aidé à se projeter hors de l’avion. Il se blessera à l’atterrissage. Vite arrêté par les Allemands, il sera conduit à l’hôpital de Saint Brieuc. Les autres aviateurs toucherons le sol breton dans un périmètre géographique allant de Bréhant à Trébry et Saint Glen. Le sergent Moriarty Ernest atterrira dans un champ près de "La Ville es Renault" en Trébry. A ce moment là un riverain des lieux s’afférait auprès de ses ruches, quand il aperçu ce parachutiste tomber pas très loin de lui. Il décida immédiatement de l’aider. "Mo" comme tous ses amis l’appelait, raconte que lorsque son parachute s’est ouvert le choc a été particulièrement violent. Rapidement il a vu ses bottes fourrées le devancer et de ce fait il arriva dans le labour en chaussettes. Le parachute était resté accroché à un arbre. En compagnie de Monsieur Deschamps il fit en sorte de le récupérer et de le cacher en lieu sûr. Toujours aidé par son sauveur, il fut caché pour la fin de l’après midi, puis le soir il fût dirigé vers la ferme de Monsieur et Madame Fraboulet au village de "La Touche" en Trébry ou ce couple courageux le mis hors de danger au fond d’une étable. Il fût réconforté et habillé dans des habits civils. Il y resta 5 jours caché dans l’étable la nuit puis le jour en arrière de la ferme prés d’un châtaignier multi centenaire.

 

"La touche" en Trébry, chataigner où se cachait dans la journée le sergent Moriarty. Entrée de l'étable et au fond endroit où se cachait le St Moriarty pour dormir.

Mme Loncle, née Fraboulet avait 14 ans quand le Sergent Moriarty avait été caché dans cette étable de la ferme de ses parents à Trébry.

 

De cette cache, il voyait les allemands passer sur la route proche. Ensuite il fût dirigé vers Collinée où il reçu l’aide de résistants. Son périple le conduisit à travers la Bretagne puis à Carantec dans le Finistère où il reçu une aide précieuse dans le réseau d’évasion Sibiril. Au soir du 30 mars il embarqua à bord du bateau de pêche le "Jean" en compagnie de 18 autres personnes. (Le "Jean"était barré par monsieur Jean Gestalin de Riec-sur-Bélon, âgé de 21 ans). La traversée fût des plus mouvementée, le moteur tomba rapidement en panne. La voile dût être hissée, le bateau traversa la Manche dans une mer très agitée, avec aussi le risque d‘être pris par la marine Allemande. Le lendemain matin la côte Anglaise apparut. C’est avec quelques difficultés que les évadés furent reconnus par les gardes côtes Britanniques. Le sergent Moriarty aura mis 21 jours à rejoindre le sol anglais. Il sera le seul à avoir réussi ce retour. Après guerre il aimera venir rencontrer les gens qui l’avaient aidé en réalisant plusieurs voyages en Bretagne. Il est décédé en février 2000.

 

 

 

Maquette Le "Jean". Remerciements musée maritime de Carantec.

 

 Warren Peter Edris

Le Lieutenant Edris s’évadera aussi en passant par Languédias et Dinan, mais sera fait prisonnier à Paris avec toute la famille qui l’hébergeait. (Transféré au Stalag Luft 3 Sagan-Silesia Bavaria, puis Nuremberg-Langwasser).

 

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Le Sergent Guthrie se blessera à un œil en arrivant dans un bosquet. Suivi par une patrouille ennemie, il sera fait prisonnier rapidement. Le lieutenant Biggs n’eut pas de chance, il tomba lourdement sur le sol, dans une lande de genêts au lieu dit le "Vaudehay" près du village de "Corbière" en Trébry se brisant une jambe. Il fut caché par une dame mais souffrant il dû se résoudre à se rendre. Arrêté, il sera conduit avec son camarade Guthrie à l’Hôpital de Saint Brieuc où il retrouverons le sergent Liscevage déjà hospitalisé. C’est à ce dernier que les jours suivants, les Allemands annonceront la mort du pilote. Il lui précisèrent qu’il avait reçu les honneurs militaires. (Le lt Biggs sera interné au Stalag Luft 3 Sagan-Silesia Bavaria, puis à celui de Nuremberg-Langwasser).

 

Monsieur Clement commerçant à Saint Glen aperçu l’avion en détresse d’où sortaient les uns après les autres les aviateurs Américains. L’un d’eux était poussé par le vent et venait dans la direction du bourg. Monsieur Clement rapidement prit son vélo et se dirigea vers lui pour lui porter secours. Cet aviateur était le Sergent Sylvester Horstmann. Ce dernier en touchant le sol se fit très mal à une épaule. Monsieur Clement le découvrit dans un petit bosquet. Madame et Monsieur Clement cachèrent le sergent sur Saint Glen mais rapidement il fallut rechercher une piste d’évasion sérieuse. Ce qui fût fait deux jours après, les époux Clement le conduisirent en lieu sûr à Rennes d’où il devait partir ensuite sur l’Espagne via Paris. Ayant séjourné en ce lieu depuis quelques jours le sergent Horstmann s’accorda une sortie en soirée dans la ville malgré les risques encourus. Il fût arrêté par une patrouille Allemande non loin du lieu où il était caché. Emprisonné aussitôt, il parti les jours suivants vers un Stalag Luft en Allemagne. (Stalag 17B Braunau Gneikendorf près de Krems en Autriche), rejoindre de nombreux autres aviateurs Alliés déportés. Suite à cela 10 personnes de Saint-Glen furent arrêtées par l’occupant et envoyées en camp de concentration en Allemagne. Monsieur Clement n’en revint pas ainsi que deux autres personnes qui décédèrent dans ces lieux maudits. Madame Clement vécu pendant deux ans l’enfer des camps de la mort. (Voir son récit dans les cahiers des Amis du Vieux Lamballe. Récit joint à ce dossier, que nous publions avec son aimable autorisation).

 

Le Lieutenant Wilkins, le bombardier chargé du largage atterrit dans un grand bois entre Trébry et Bréhand. Il réussi à se cacher mais fût arrêté le lendemain après midi lorsqu’une patrouille l'aperçu traverser un champ. (Transféré au Stalag Luft 3 de Sagan-Silesia Bavaria, puis Nuremberg-Langwasser). Le sergent Huddle arriva au sol près d’une ferme au village au lieu dit "La Cabane" en Trébry. Au cours de sa descente il avait été touché par un projectile tiré du sol. Il fut couché provisoirement chez un riverain faisant hémorragie mais fut dirigé rapidement par l’occupant vers l’hôpital de Saint Brieuc. Le sergent Smith qui était le mitrailleur de boule, c’est-à-dire emplacement situé sous l’avion, fût caché par des gens de Trébry. Tout s’était bien passé. Seulement la Felgendarmerie sût avec précision le retrouver quelques jours après dans sa cachette. Elle avait visiblement été renseignée. Le sergent Smith fût arrêté et tout comme les autres fut envoyé en Allemagne, ne retrouvant la liberté qu'à la fin de la guerre. (Stalag 17B Braunau Gneikendorf près de Krems).

 

 Le Lieutnant Hugo Dahmer

Dans l’avion en détresse, seuls les pilotes assument avec angoisse la tragédie. Il est environ 14 heures 15. Le ciel est toujours bleu azur. Le Fw 190 n’a pas lâché sa proie. Le pilote le Lieutnant Hugo Dahmer s’est approché du B-17 et a volé un moment à ses côtés. Le courageux lieutenant Buddenbaum se confia brièvement au lieutenant Edris «Il ne faut pas que notre avion s’écrase sur un village», l’inquiétude de la fin n’altère en rien le sérieux responsable de ces jeunes hommes. La cargaison de bombes est toujours à bord. Il va falloir tout larguer. Tout se passe rapidement. Le chef pilote ordonne à son second de lâcher les bombes. Le lieutenant Buddenbaum a repéré un terrain bocager en forte déclivité et à choisi de largage en ce lieu. Deux bombes exploseront, les 8 autres tomberons dans les labours sans exploser. Le bombardier continue son dernier vol en décrivant une courbe en repartant vers l’ouest. L’altitude est de plus en plus basse et le feu se propage vers l’arrière. Aux abords de Plouguenast, le lieutenant Edris saute. Il atterrira à la ferme de "La Bruyére" située au nord de la commune. Le cultivateur assiste à cette scène tragique et s’empresse d’aider l’américain. Le parachute est rapidement dissimulé en arrière des bâtiments. Tout va très vite. Il faut cacher le pilote. Dans la ferme ce n’est pas souhaitable car l'ennemi ne va pas tarder. Un chemin creux, loin de la ferme est rapidement trouvé. Les Allemands se déchaînent et multiplient les patrouilles. Une heure après ils investiront la ferme. Il ne trouverons rien et repartirons deux heures après. Le B-17 n’a plus à son bord que le valeureux pilote, l’avion décrit toujours une grande courbe. Des bruits se font entendre venant de l’appareil en flammes, "Budd" comme ses amis l’appelaient, saute. Il est beaucoup trop bas. Son corps est retrouvé en bordure de route dans un endroit planté de pins au village "D’Avaleuc" en Plémy. Son parachute n’avait pas eut le temps de s’ouvrir. Il sera inhumé au cimetière de l’Ouest à Saint Brieuc puis après guerre sera rapatrié en Californie près des siens.

 

M. Cadoux, montre l'endroit où fut trouvé le corps du Lieutenant Otto Buddenbaum. GOVoir son témoignage

 

Il est vraisemblable que le pilote avait mis le pilote automatique pour que l’avion s’écrase sur le même endroit ou étaient tombées les bombes. Dans ses derniers instants le bombardier survole "Le Saut Thébaut" en Langast, puis une grande vallée pour venir s’écraser dans un bruit d’enfer sur un pré pentu à quelques dizaines de mètres de la ferme du "Cas Rouge" et des premières maisons de "La ville Hellio", l’incendie de l’appareil fait rage laissant échapper de hautes flammes et une fumée noire intense qui s’élève très haut dans le ciel et qui est visible de très loin. Les balles restées à bord crépitent pendant une demi heure. L’avion se consume tout doucement. Trois moteurs dans cette fournaise ce sont détachés et on roulé en flammes dans la pente ne s’arrêtant que bloqués par un talus. Le B-17 est tombé peu avant l’endroit où le pilote l’avait souhaité. Un drame à été évité de justesse car les maisons étaient très proches, entraînant les habitants dans une grande frayeur. Une dame décédée depuis habitait un peu plus loin et se trouvait à sa fenêtre à ce moment là. Ne craignant rien vu la distance qui la séparait de l’avion, elle assista a ce drame. Il était 14 heures 15. Les 53 autres bombardiers accomplirent leur mission, la gare de triage de Rennes fût bien détruite mais hélas aussi plusieurs bombes tombèrent sur les quartiers proches de cette gare. Le magasin "L’Économique" fût particulièrement touché avec une cinquantaine d’ouvrières tuées et aussi le "Champ de Mars" où la fête foraine battait son plein en ces vacances des Gras. Il y eut 300 victimes civiles. Sur la route du retour un autre B-17, le 41-24588 fût attaqué par la chasse allemande au dessus de la Manche au large des Côtes Normandes. Il sombra corps et biens. 

 

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Rennes cimetière de l'Est, monument à la mémoire des tués du magasin L’Économique

 

 

Jean Michel Martin. ABSA 39-45, le 21 avril 2011.

GOVoir les témoignages de M. Defin & de M. Morin.

 

Rennes après le bombardement, actualités filmées diffusées le 19 mars 1943.  

Une visite dans l’histoire contemporaine régionale, à travers les images de la télévision, proposée par l’Ina.

 

 

ANNEXE

 

Les rapports de mission des quatre Bomber Group dispatchés sur Rennes sont à peu près tous identiques, tonnage en bombes employés, défense antiaérienne ennemie etc. Sauf comme bien souvent les revendications ennemies exagérées.

Exemple d'un compte rendu de mission, pour le 303rd BG. Cible : la gare de triage ferroviaire, Rennes, France. 19 B-17 dispatchés sur la cible. Durée de la mission: 4 heures et 12 minutes.

Tonnage en bombe : 10 de 500 livres. Bombes M43. Altitude du bombardement 20.800 ft (6.33984 m).

Revendications en avions ennemis : 4 détruits, 3 probables, 1 endommagé.

Les douze avions se sont dirigés vers Rennes et ont bombardé la cible primaire avec leurs bombes de 500 lb. H.E. Bombes M43, dans de bonnes conditions sans couverture nuageuse, pas de brume et de dix miles de visibilité. Les photographies prises par le Groupe à une altitude de 20.800 pieds ont montré de bons résultats, avec une bonne concentration près de la zone ciblé et de 10 à 12 impacts dans la zone de triage. La Flak sur Rennes était légère et inexacte, étant généralement signalée comme étant faible. Toutes les salves étaient noires, mais un seul équipage a signalé trois salves grises élevé. La Flak a été légère et inexacte du coté de Grandcamp, Saint-Brieuc, et Avranches. Un équipage nous a signalé une très légère salve blanche à Saint-Marcouf, un autre nous la rapporte modérée et blanche et absente à Guernesey.

Les Spitfires du 4th Fighter Group, et les Squadrons de la RAF, ont été une excellente escorte de Guernesey à la côte française et à nouveau de Saint-Lô à la côte anglaise.

L'opposition aérienne ennemie était de modérée à intense, avec environ 35 chasseurs signalés. Des Fw 190 et des Me 109 ont été observés de la côte française jusqu'à la cible et à l'arrière à environ dix miles au large. Pendant ce temps, il y a eu des attaques avec des avions ennemis dans toutes les directions, mais surtout, venant de 11 heures à une heure, par le dessus ou légèrement au-dessous. Les couleurs des Fw 190 attaquants variaient, mais il y avait surtout des nez jaune avec le ventre gris-argent qui prédominaient.

 

Les revendications plausibles des équipages de B-17

 

306th BG / 309th BS. Vers 14h20, près de Saint Brieuc, attaque d'un Fw 190 à 6000 m à 3 h par le dessous. Le Sgt Adams Robert, mitrailleur de sabord droit, a tiré 3 salves, le moteur, et la queue ont été touchés, le cockpit a explosé sous mes balles, le moteur a prit feu avec d'intenses flammes. Cette revendication est tout a fait légitime, je suis certain de l'avoir détruit.

306th BG / 423th BS. Vers 14h30, au nord-est de Rennes, à 6000 m, juste après avoir bombardé la cible et tourné pour prendre le chemin du retour, nous avons été attaqué de l'arrière par un Fw 190, le squadron a ouvert le feu (De 2 B-17), de nombreux impacts ont touché l'avion, nous l'avons vu se désintégrer en vol à une distance de 400 yards (365 m). Revendiqué par le Sgt Gibson au poste de tail gunner et du Sgt Rogers, ball turet.

306th BG / 423th BS. Vers 14h35, auprès de Rennes, vers 7000 m. Attaque d'un Fw 190 venant de 4 heures par le haut, j'ai tiré une salve d'environ 600 yards (550 m) de distance, à environ 400 yards, le Fw 190 s'est enveloppé d'intenses flammes, s'est retourné et est allé s'écraser au sol. T/Sgt W.A McGregor. Top turet.

306th BG / 423th BS. Vers 14h40, près d'Antrain, à une altitude de 23.000 ft (7000 m), un Fw 190 venant de 6 h par le dessous, le tail gunner a tiré, des impacts ont été vus, l'avion a réalisé un retournement complet, aile gauche en feu. Rapport du S/Sgt B.H Lamb, tail gunner.

306th BG / 307th BS. Vers 14h40, quelques temps après la cible, attaque d'un Fw 190 à 6000 m, a attaqué la formation de front par la droite, puis par la gauche et par le dessous, le S/Sgt Zabawa, bombardier a tiré avec la mitrailleuse de nez, après 40 coups environ, le pilote Harwood a vu mes coups faire mouche sur l'avion ennemi. Pilote possible mort, pas vu de fumé.

 

Bilan des pertes du coté allemand. Les pertes connues pour le Jagdgeschwader 2, sont de deux Bf 109 G-4, un qui s'écrase à Bosville et le second au décollage sur alerte, moteur en feu à l'ouest de Dieppe. Ce qui ne correspond pas aux revendications des équipages pour la mission de Rennes, mais pour les autres bomber group dispatchés sur Sotteville-lès-Rouen.

Il est tout a fait possible d'avoir une perte légitime avec la revendication le Fw 190 par le Sgt Adams Robert, pour la région de St Brieuc, toutes les pertes du JG 2 ne sont pas forcément comptabilisées, notament les pertes matérielles, à partir du moment ou le pilote ne se trouve pas blessé ou tué au combat.

Les deux revendications du 306th BG / 423th BS. Vers 14h35 & 14h35, correspondent à la perte du Fw-190 A-4 (WNr. 57184) un "Blanc H". 4./SKG 10. Le Fw. Hinz Hans est porté disparu dans les environs de Rennes lors d'une attaque sur des B-17 ce 8 mars 1943.

En 2005 lors de l'exposition au Rheu pour Harti Schmiedel, nous avons recueilli un témoignage, selon un témoin de l'époque, récit de ce monsieur, le 8 mars 1943, le jour du terrible bombardement de L’Économique, j'étais dehors (Le Rheu/Chavagne ?) quand j'ai vu un avion allemand qui venait de décoller du terrain de Rennes/St Jacques attaquer des bombardiers, presque aussitôt j'ai vu l'avion exploser en vol et tomber. (Pas de précisions sur le point de chute, lieu du crash toujours inconnu à ce jour).

Tiré de l'ouvrage Le Focke Wulf 190. Collection Docavia, de Jean-Yves Lorant et Jean-Bernard Frappé. Ce court historique de la SKG 10 à Rennes nous permet mieux comprendre les événements avec deux dates bien précises, celle du 26 février 1943 (Voir biographie) et celle du 8 mars 1943, malgré que nous trouvons pas dans cet extrait les informations liées à la disparition du Fw. Hinz Hans.

Historique du II./SKG 10. Début février 1943, ayant suivit l'exemple de ceux du III./ZG 2, 25 pilotes étaient opérationnels à la fois pour la chasse et pour le bombardement. Le 10 de ce même mois, 12 d'entre eux furent choisis pour former le noyau du nouveau II./SKG 10 et, sous le commandement de l'Hptm Helmut Viedebrandt ils gagnèrent la base de Rennes où ils constituèrent la 7 Staffel du groupe. Ils ne tardèrent pas à être suivis par d'autres pilotes qui formèrent à leur tour les 5 et 6 Staffel.

Le I./SKG 10 étant également en formation à St André de l'Eure et le III./ZG 2 ayant été rebaptisé depuis la mi-décembre 1942 en III.SKG 10, l'escadre placée sous les ordres du Major Günter Tonne fut vite prête à opérer.

Ce fut à partir de Rennes que les premières sorties eurent lieu, et le baptême de feu fut assez inattendu. Pendant leur stage à Cognac, les pilotes avaient reçu une instruction de chasseur pour le cas où ils auraient à faire face à d'éventuels attaquants, aussi lors de leur installation sur leur nouveau terrain, une procédure d'alerte assise fut mise en place et chaque escadrille dut à son tour dépêcher deux Schwärmen (Groupe de 2 rotten 4 appareils), à cette fin. Le 26 février était le jour de la 5 Staffel, quand le signal de l'approche d'avions alliés fut donné. La patrouille d'alerte décolla aussitôt, suivie peu après par deux ou trois autres appareils de l'escadrille et engagea une formation de "Mosquito" au-dessus de Rennes. La 6 Staffel, qui rentrait d'un vol d'entraînement surgit à ce moment aux premiers et bientôt 15 chasseurs du II.SKG 10 affrontèrent les Anglais. Au cours du combat, deux Mosquito furent abattus tandis que les pertes du groupe se montaient à un seul appareil dont le pilote avait pu sauter en parachute à temps. (Les deux Mosquito tombés ce jour là sont entrés en collision et non abattus par la chasse ennemie. Il y a une possibilité que un des Mosquito revendiqué par la 6 Staffel soit l'équipage du Mosquito DZ481, porté disparu ce 26 février).

Le 8 mars, la 7 Staffel quitta Rennes pour Brest, tandis que la 5 et 6 Staffel s'envolaient peu après pour Amiens. Ce même jour, le groupe subit sa première perte au combat, l'Uffz Jonas devant évacuer son Fw 190 A-5 (WNr. 1079) au-dessus de St-Lô après un engagement contre des appareils britanniques.

 

Dahiot Daniel ABSA 39-45


 

Bibliographies

Emblèmes : 306th Bombardment Group -368th Bombardment Squadron

Le Focke Wulf 190. Collection Docavia, de Jean-Yves Lorant et Jean-Bernard Frappé

Jagdgeschwader 2 - (Voir en annexe le plan éclaté d'un B-17)

 

Remerciements : M. Morin Albert, M. et Mme Morin Pierre, M. Messager, M. et Mme Loncle, Mme Loncle (mère), M. Defin, Mme Prigent, Mme le Guevel.

Robert Mahé, Pierre Mahé

 

 GO

 

 Lt. Otto A. Buddenbaum. (BURIED AT: SECTION C SITE 658 GOLDEN GATE NATIONAL CEMETERY 1300 SNEATH LANE SAN BRUNO, CA 94066)

Réalisation du profil en couleur. Jean Marie Guillou

 

Le lundi 8 mars 1943

 

Photographie prise d'un des bombardiers de l'US Bomber Command, au moment où les premières bombes s'écrasent sur la ville.

 

II fait un temps printanier magnifique, et les rues de la ville présentent un aspect joyeux et inhabituel. C'est le Lundi Gras, beaucoup de magasins ont baissé leurs volets de fer, et tout le monde se retrouve sur le Champ-de-Mars où la fête foraine

a planté ses stands et manèges. C'est au milieu des cris de joie et des flonflons, qu'à 14 h 30, les premières explosions creusent des fossés sanglants dans la foule massée sur l'esplanade. En moins d'une demi-heure, et sans que les sirènes aient eu le temps de lancer leurs 'sinistres cris, le Champ-de-Mars n'est plus qu'un champ de Morts. C'est au milieu d'un chaos indescriptible que les premiers sauveteurs, accourus en hâte de tous les coins de la ville, s'acharnent sur les manèges déchi­quetés, soulèvent les stands effondrés, dégageant avec beaucoup de précaution les rares survivants. Ce sont surtout des enfants en vacances, pour ce Lundi Gras, que les sauveteurs aligneront dans la chapelle ardente dressée dans une baraque en bordure du Champ-de-Mars. Le reste de la ville n'a malheureusement pas été épargné. Le nceud ferroviaire de la gare de triage étant, semble-t-il, l'objectif attribué aux forteresses volantes de l'U.S. Bomber Command (commandement américain de l'aviation de bombardement), le quartier de la Gare et la rue Saint-Hélier ont été particulièrement éprouvés. Au bout de la rue Saint-Hélier encombrée de débris, la Société Économique dresse la silhouette carrée de ses entrepôts, rue Monseigneur­-Duchesne. C'est dans les caves de ces entrepôts, qui jouxtent la voie ferrée, que les 71 employés périront, prisonniers dans leur abri incendié. Des centaines de corps meurtris, brûlés, déchiquetés, s'entassent à présent dans les principaux hôpitaux de la ville. L'Hôtel-Dieu est vite débordé par cet afflux continuel de blessés et bien que ce drame ait dépassé en horreur et soudaineté tout ce que les sauveteurs pouvaient imaginer, les secours s'organisent très rapidement.

Les quartiers épargnés envoient leurs équipes de D.P. ; des bénévoles fouillent méthodiquement (au moyen de tiges de fer) les décombres des maisons effondrées, le personnel des hôpitaux, les sapeurs-pompiers, sous les ordres du commandant Dubois, la Croix-Rouge, organisent une évacuation rapide. La ville entière participe au sauvetage et à l'hébergement de ses victimes. Outre le quartier de la gare, les quartiers du Cimetière de l'Est, rue de Châteaugiron, et boulevard Villebois-Mareuil d'une part et les rues Ange-Blaise, Ginguené, le quartier de la T.S.F. établi rue de l'Alma d'autre part, sont le théâtre des mêmes scènes de désolation. Seuls dégâts aux installations militaires allemandes, le parc d'artillerie de la caserne de Guines et la caserne du Colombier ont été touchés. La propagande allemande et vichyste sauront exploiter au mieux ces fatales erreurs de l'aviation alliée.

  

 

Les bombes n'ont pas épargné la fête foraine sur le Champ-de-Mars

 

 

Place de la Gare, quelques minutes après la fin de l'alerte. A droite, l'avenue Louis-Barthou, en face l'esplanade du Champ-de-Mars. Au fond, on distingue l'immeuble de la rue d'lsly

 

  

 L'avenue Janvier et la gare 

  

 

La rue Saint-Hélier qui sera l'un des quartiers les plus touchés par les bombardements pendant toute la guerre

 

Le carrefour de la rue St-Hélier, à gauche le bd Laënnec, au centre, au fond les bâtiments de l'Economique et à droite la rue L.-Decombe

 

L'Economique, rue Monseigneur-Duchesne, les bâtiments ont brûlés entraînant dans la mort, les 71 employés

 

 

 Bd Solférino, l'imprimerie Simon est dévastée, et la brasserie Graff à l'angle des rues Pierre-Martin et St-Hélier n'a pas été épargnée

 

 

Le Berlinquin et les tombes dévastées 

  

Les obsèques des victimes ont lieu le 11 mars. Vue générale de la cérémonie. Le ministre d'Etat, Cathala, prononce le discours funèbre en présence des autorités françaises et allemandes

 

 

 Place St-Pierre, à la sortie de l'office funèbre

 

 

 

Ce sont les volontaires de la D.P. et les scouts qui sont chargés de la difficile tâche d'identification. Le nombre total des corps se monte à plus de 300 dont beaucoup ne seront jamais identifiés. Finalement, Rennes vient de subir son premier mais très dur bombardement. La soudaineté de l'attaque, la destruction d'objectifs sans intérêt stratégique, le massacre de centaines d'innocents laissent au coeur des Rennais un sentiment de colère indignée mêlé à de l'inquiétude. Durant les deux mois qui vont suivre, les alertes vont être pratiquement quotidiennes et la descente à l'abri devient chose courante pour une population maintenant réaliste et disciplinée. 

 

 

Tract distribué à Rennes à la suite du bombardement du 8 mars.

 

 

 

Document de l'U.S.A.A.F montrant les dégâts occasionnés lors du bombardement du 8 mars

 

 

 

1. Les voies longeant le bd du Colombier et passant sous le pont de Alma.

SC La gare ces voyageurs et 1 place.

3. Les ateliers, délimités au nord par la voie ferrée et au sud par la rue Pierre-Martin.

4. Les entrepôts et la gare des marchandises,

5. L'économique, rue Mgr-Duchene.

6. et 7 Les noeuds d'aiguillage, objectif principal des alliés.

8. Les entrepôts de la gare de triage.

9. Les trains stationnés en attente.Rennes sous l'occupation

Auteur : François Bertin

Editions Ouest France 1979

 

Dossier de Vincent Sévellec - ABSA - septembre 2004